Saint-Jean / Saint-Nicolas (05) - 5 avril 2008
AG ADELHA - Rapport moral du président Gérard Davanceau



L’année qui vient de s’écouler a été marquée par des élections majeures dans notre pays.

Le Conseil d’Administration d’ADELHA n’a pas souhaité que la fédération réponde aux sollicitations partisanes, parfois surprenantes, de certains candidats. Nous les avons toutefois interpellés sur nos valeurs républicaines et laïques. Mouvement d’éducation populaire, nous avons ensuite tenté de comprendre l’évolution du paysage politique à travers ces élections afin d’adapter notre travail d’éducation à la citoyenneté.

Le constat que nous faisons aujourd’hui est assez mitigé. Si nous nous félicitons de la forte participation aux élections nationales et du recul du parti de la haine et du négationnisme, nous restons interloqués par la peopolisation des hommes politiques et par le message confus qui a suivi cette élection et qui risque à nouveau de démobiliser les citoyens.

Le taux d’abstention record lors des dernières élections locales en est peut-être déjà une manifestation.

Message confus sur la politique, vidée de son sens et réduite à une affaire comptable entre les mains de quelques soit disant experts, message embrouillé par une omniprésente communication s’attachant d’avantage à la forme qu’au fond, message rendu ambigu par la tactique d’ouverture qui se voudrait être la preuve du consensus.

Nous nous devons donc toujours, et peut-être plus que jamais, de poursuivre notre mission d’éducation populaire pour redonner du sens à la vie de la cité, en évitant que la politique ne soit perçue que comme un empilage d’egos ou comme l’affaire de quelques uns et non l’affaire de tous, et pour contribuer à faire que le citoyen de demain soit averti, vigilant et engagé dans la vie de la cité.

Engagé peut-être aussi, je l’espère, dans notre projet de société plus juste et plus solidaire. Une société qui pour évoluer s’appuiera sur son histoire, toute son histoire et non pas sur des morceaux choisis. Je citerai ici volontiers Marx qui nous mettait en garde sur une société qui oublierait son histoire et donc se condamnerait à la revivre.

Une société juste et solidaire dont le socle est l’éducation et le savoir partagé.

Nous devons, là encore, continuer notre combat pour remettre notre projet pour refonder l’école pour qu’elle soit celle de tous, si éloigné de ce que l’on nous propose aujourd’hui, au cœur des débats.

Pour épauler les enseignants dont la mission éducative n’est pas facilitée par les débordements de celui qui a pourtant accepté d’être un exemple.

Apprendre le savoir être et la politesse à un élève qui vous répondra "je n’ai pas dit de gros mots, j’ai cité le Président de la République", ne va pas être simple.

Une société juste et solidaire et enfin débarrassé de ses préjugés xénophobes.

L’autre grand combat qui nous attend aujourd’hui est celui pour la défense de la laïcité.

Car si la politique n’est pas un empilage d’égo, la laïcité n’est pas un empilage des communautarismes dont on connaît les dangers.

Henri Peña Ruiz écrivain, maître de conférences, philosophe, définit la laïcité comme étant le respect de toutes les options spirituelles c’est à dire aussi bien l’humanisme athée que l’agnosticisme ou les croyances religieuses.

Suite au discours récent de Nicolas Sarkozy au Vatican, Henri Peña Ruiz dénonce dans un texte de réflexion paru dans le Figaro les cinq fautes du Président :

- La faute morale quand il réduit la spiritualité à la religion, déniant ainsi l’humanisme athée,

- La faute politique consistant à confondre conviction personnelle relevant de la sphère privée et de ce qui lui est permis de dire publiquement dans l’exercice de ses fonctions,

- La faute juridique car dans un état de droit il n’appartient pas aux politiques de hiérarchiser les options spirituelles,

- La faute historique consistant à passer sous silence les terribles réalités historiques du christianisme,

- La faute culturelle enfin prenant le risque par cette valorisation d’une religion dominante de déboucher sur un choc de civilisation.

La question qui se pose quand Nicolas Sarkozy oppose l’instituteur au curé est bien de savoir s’il ne cherche pas à relancer la concurrence entre l’école de la république et les écoles confessionnelles ?

L’autre dossier sur lequel ADELHA est engagé est celui du développement durable.

Depuis un an la fédération a lancé une démarche d’agenda 21 auprès des associations qui le désirent. Nous mesurons aujourd’hui tout le chemin qu’il reste à parcourir pour mobiliser plus largement.

La ville de Gap et le Conseil Général tout récemment ont eux aussi entamé cette démarche. Nous ne pouvons que nous en féliciter.

Mais là encore nous devons rester attentifs et nous imposer comme force de propositions. La seule sensibilisation ne suffit plus.

C’est aux hommes politiques de prendre leurs responsabilités pour mener le combat face aux réticences et c’est à nous de leur rappeler leurs engagements.

Peut-on parler de développement durable à Gap et laisser dans un même temps un urbanisme anarchique s’installer aux portes de la ville, peut on encore accepter quand on sait l’urgence de la situation que les Bâtiments de France, au nom, non pas de l’histoire mais d’une certaine manifestation du passé, refusent de voir installer des panneaux solaires dans certaines communes, là où par ailleurs fleurissent les paraboles.

Edgar Morin, à qui certains tentent d’emprunter en la vidant de son sens sa théorie de la nouvelle civilisation, a déclaré récemment être un opti-pessimiste.

Pessimiste aux vues du comportement individualiste voire du repli identitaire de l’homme du 21ème siècle provoqués par des décennies de référence à la propriété et à la réussite individuelles, optimiste car pense-t-il, l’instinct de survie sera le plus fort et évitera à l’humanité de faire le pas de trop qui la ferai tomber au fond du gouffre qu'elle a elle-même creusé.

Notre énergie doit maintenant être mobilisée afin de détourner la civilisation de cette direction suicidaire.

Ce sera pour les années à venir l’engagement d’ADELHA, le mien et je l’espère celui de toutes les associations affiliées à ce grand mouvement d’éducation populaire qui fédère 30 000 associations représentant près de 2 millions d’adhérents qu’est la Ligue de l’Enseignement.


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