C'est donc à Châteauroux les Alpes, le vendredi 17 avril 2009, que l'association Rions de soleil, affiliée à la fédération de la Ligue de l'enseignement des Hautes-Alpes, organisait une rencontre-conférence avec Eric Favey, Secrétaire national de la Ligue de l'enseignement, responsable et militant de nombreuses associations notamment dans les domaines de l'action culturelle, éducative et de défense des libertés

Le thème choisi pour cette soirée était :

  • "L'avenir d'une utopie : politique culturelle ou culture politique".


Compte-rendu succinct de la soirée...

Au cours de son intervention introductive, Eric Favey à rappelé que l'une des qualités de l'éducation populaire était d'essayer de décloisonner les approches par un travail de la culture

Pour lui, "un homme ou une femme cultivé, c'est quelqu'un qui arrive à se situer, qui est capable de faire de ce capital le meilleur usage citoyen et civique". Ainsi, "articuler la culture et le politique, ce n'est pas être dans le contemplatif, mais faire en sorte d'améliorer le quotidien".

L'intervention a permis de rappeler quelques éléments structurants de l'histoire de l'Education Populaire : "L'éducation populaire n'appartient à personne... En se cultivant, on comprend mieux la situation dans laquelle on est : c'est un moyen de s'émanciper...".

L'Education Populaire n'est pas une idée nouvelle...

Parmi ses "concepteurs" on peut rappeler les noms de Platon, Montaigne, Erasme, Comenius, et bien d'autres. Sans omettre bien évidemment l'incontournable Condorcet qui, en 1792, écrivait : "Il n'y a aucun âge de la vie où il ne fut pas possible et utile d'apprendre".

Eric Favey a ensuite détaillé les 3 principaux courants qui portent cette Education Populaire :


  • le courant "laïque" (l'école doit être accompagnée et prolongée)
  • le courant humaniste, et ses rapports avec la doctrine sociale de l'église
  • le courant ouvrier, exprimant ses craintes de l'école et la nécessité de développer le mouvement ouvrier. C'est un courant peu représenté en France actuellement mais encore très présent dans les pays du Nord et en Allemagne.

Ainsi, le débat contemporain est né du rapprochement des deux premiers courants. Ce qui les distinguait au départ s'est progressivement estompé. Ils se retrouvent maintenant autour de causes nouvelles qui les rapprochent.

C'est l'Education Populaire, au sein de ses courants et de la diversité de ses pratiques, qui a fait que la France s'est dotée, historiquement, d'une politique publique audacieuse.

Elle est très souvent à la source de l'anticipation d'actions et d'expérimentations qui sont ensuite reprises dans les politiques publiques de l'Etat ou des collectivités territoriales : pratiques théâtrales amateurs, ciné-club, bibliothèque centrale de prêt... Sans aucun doute, les associations d'Education Populaire sont des laboratoires !

Pour Eric Favey, la contradiction qui permet de faire émerger des idées nouvelles est importante. C'est aussi de cela qu'est née la loi 1901.

Tout cela conduit à dire qu'il n'existe pas "une" définition de l'Education Populaire, mais à indiquer qu'elle peut se définir par trois caractéristiques imbriquées :

  • un accès à la culture et aux biens communs garanti pour tous,
  • que chacun trouve sa place, puisse s'insérer
  • que chacun puisse exercer sa citoyenneté, faire un usage de son droit à faire partie de la vie de la cité et du pouvoir politique.

L'Education Populaire "travaille sur le mariage entre la culture que l'on a et l'usage qu'on en fait."

Le discours réactionnaire souvent en vigueur...

Dans un second temps, le conférencier s'est attardé à décrypter le discours réactionnaire souvent en vigueur

Parmi les questions qui sont souvent posées : "le progrès social, scientifique, politique vont-ils vraiment de pair ?"

L'Education Populaire considère qu'une société "qui est mue par l'idée de progrès est plus dynamique que celle qui craint le progrès... Lorsque le progrès n'est plus certain, mais devient seulement possible, il y a difficulté à s'engager."

On sait qu'une société cultivée, un pays démocratique ne peuvent empêcher la barbarie (cf l'histoire récente et contemporaine). Et pourtant, comme le dis Eric Favey "il n'existe pas d'autres solutions que de continuer à se cultiver, sinon, il y a risque de disqualification de la culture. Il faut faire évoluer simultanément et les lieux et les moyens de l'action."

Les défis de l'époque...

Selon Eric Favey, "la France envisage ses actions de manière trop étanche : un travail qui relève de tous est de desserrer cet étau."

Il faut s'interroger sur ce que l'on entend par "action publique" ? Qu'est-ce quelle permet comme accès au bien commun ? Comment gérer les services publics ? Peut-on transférer aux habitants une partie de l'action publique ?

"Actuellement, au mieux on délègue, mais avec des cahiers des charges qui interdisent l'innovation, l'expérimentation... La véritable évaluation porte sur la prise de valeur, et non de savoir si on a répondu aux attentes... La notion de projet est dévoyée."

Un exemple est fourni par ce qui fait, actuellement, la culture d'un jeune : c'est autant l'école que la sphère du multimédia (même temps passé). Et pourtant il n'y a pas de politique culturelle d'ensemble sur cet aspect.

La réaction existante est celle d'un contre-feu. Mais ce n'est pas suffisant : "il faut inventer autre chose. Il faut inventer des industries de l'esprit pour contrecarrer les industries médiatiques. Des univers et des actes à bâtir avec des références très novatrices, pour contrecarrer la part des industries médiatiques qui vendent du temps de cerveau disponible aux publicitaires et font de nos enfants des cœurs de cible".

Et Eric Favey d'insister, et de rappeler les positions de la Ligue de l'enseignement : "Les politiques publiques les plus audacieuses ne viennent pas d'un seul individu. Il faut que ce soit une politique d'ensemble. Il faut faire naître la demande : comment mettre en relation ce qui existe avec ce que l'on voudrait voir exister ?".

Pour répondre à ces interrogations, il nous faut "mieux réfléchir à la circulation des univers culturels pour éviter la ghettoïsation et le recentrage affinitaire"

"La philosophie de l'Education Populaire, c'est une philosophie politique qui n'attend pas que la société soit mieux organisée pour agir, mais qui agit pour faire progresser l'émancipation de toutes et tous, la justice sociale et la démocratie"

La soirée s'est poursuivie par un échange avec les participants...

Parmi les thèmes abordés pendant la discussion, on relève :

  • la culture peut-elle être restrictive ?
  • l'instrumentalisation des associations
  • l'agrément Education Populaire
  • les dispositifs européens
  • la question de la compétition entre associations
  • la notion de consumérisme
  • la nécessité de conserver des rapports de force


Après le débat, les échanges se sont poursuivis de façon conviviale autour de verre de l'amitié.

Contacts / En savoir plus...

Association Rions de soleil

ADELHA

Ligue de l'enseignement des Hautes-Alpes

Ligue de l'enseignement


Crédits :

  • Compte-rendu et photographies : Brigitte Lebioda
  • Ligue de l'enseignement 05 - Adelha



Quelques photos de la soirée...