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Comment réduire les inégalités Nord-Sud ?

De l’aide à la solidarité

L’aide au développement a été critiquée de bien des façons. On a dénoncé les visées stratégiques qu’elle dissimulait, l’arrogance drapée dans la générosité, l’économisme aveugle dont elle était le porte-drapeau. On a pointé à maintes reprises ses dérives : la dépendance, la corruption, les choix désastreux auxquels elle menait.

Toutes ces critiques méritent d’être entendues. Pour autant, on ne saurait se résoudre à l’indifférence. Non pas au nom d’un devoir moral teinté de culpabilité, pas non plus pour l’amour de l’humanité, mais tout simplement parce qu’il s’agit de notre monde. D’un monde de plus en plus marqué par l’interdépendance, où les problèmes des uns sont aussi ceux des autres.

C’est évident dans le cas du réchauffement climatique : les solutions seront mondiales ou ne seront pas. Mais il faut dès à présent se préoccuper des conséquences de politiques d’échanges de quotas qui pourraient confiner les pays les plus pauvres dans des rentes de situation grâce à la vente de leurs crédits carbone.

Mais nous avons bien autre chose en commun que l’air que nous respirons. Dans une économie mondialisée, les tensions qui déchirent les sociétés des pays en développement n’épargnent pas les nôtres. La pauvreté est plus répandue aujourd’hui dans les pays à revenus intermédiaires. L’explosion des inégalités est un phénomène global, et un défi commun.

C’est la vraie leçon portée par les acteurs de la solidarité internationale, qui raisonnent aujourd’hui en termes d’échange mutuel, d’apprentissage réciproque, de coresponsabilité. Il existe des questions communes, et des intérêts communs. Non pas seulement parce que les pays du Nord craignent à tort ou à raison les flux migratoires liés aux problèmes économiques du Sud. Mais bien plus profondément parce que le modèle de développement du Nord trouve au Sud son point critique. Autrefois, c’était surtout la pauvreté, les enfants exploités pour fabriquer nos chaussures de sport et les jolis meubles à bon marché proposés dans nos centres commerciaux. Aujourd’hui, c’est aussi la réussite des pays émergents et l’accès d’une part croissante de leur population au consumérisme insouciant des Occidentaux.

L’idée de développement mérite ainsi d’être remise en question, et avec elle une vision de la croissance centrée sur la production et la consommation de biens matériels. Le bien-être des populations et des individus n’a pas grand-chose à voir avec cette croissance. Plus qu’à la richesse ou à la pauvreté, le bien-être est associé à la cohérence sociale, au sentiment de justice, à la confiance en l’avenir.

Le Nord industriel a longtemps cru tenir la formule, avec l’État-providence, l’émergence des classes moyennes et la consommation de masse. Mais pour de multiples raisons, parmi lesquelles la migration de larges pans de la production vers des pays jadis « sous-développés », son modèle est entré en crise. La question se pose donc aujourd’hui de tracer la voie d’un autre avenir. Cela ne se fera pas en un jour. Une chose est sûre cependant : nous ne sommes pas forcément les mieux armés, au Nord, pour l’imaginer. Faire dialoguer les sociétés est alors essentiel. Nous sommes parties prenantes de notre avenir commun.

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