Tous Laïques ?

  • Par Bernard Criner, vice-président de la Ligue de l'enseignement.


Ceux qui, comme nous à la Ligue de l’enseignement, vivent la laïcité en partage depuis cent cinquante ans, ne devraient ils pas se réjouir que cette éthique du vivre ensemble qui nous est chère, soit devenue, un siècle après la loi de séparation des églises et de l’Etat, une référence quasi unanime pour tous ceux qui analysent, pensent, expriment et influencent (ou essaient de le faire) la société française ? Elle semble ainsi érigée au rang de valeur –républicaine ?- de l’extrême droite à la gauche radicale.

Nos idées auraient-elles donc fait « école » jusqu’à s’imposer à tous ? Les « Versaillais » de 1984, refusant l’unification du service public laïque d’éducation proposé par le gouvernement d’alors auraient ils reconnu leur erreur ? Les ultras de tout poil auraient ils définitivement renoncé au saint héritage promis à la « fille aînée de l’Eglise », et aussi renoncé à faire de la « préférence nationale » un outil de ségrégation entre les hommes et les femmes vivant dans notre pays?

On aurait pu le croire ces dernières semaines en entendant tous ces actes de foi –télévisés bien entendu- en une laïcité universelle, vecteur incontournable du « faire société » à la française. Hélas, ce n’était qu’illusion !

Pour bien interprétée qu’elle soit, la fable de ces laïques « intermittents » ne saurait nous tromper, et leurs silences de ces derniers jours retentissent comme autant d’aveux !

Prolixes pour dénoncer pêle-mêle la burqua, les minarets et les prières dans la rue dont la prolifération galopante exigeait sans nul doute de les élever dans l’urgence au rang de « nuisances nationales »,voici les mêmes, aujourd’hui, conciliants et muets lorsque le pays qui préside l’Union Européenne adopte une constitution qui se réfère expressément aux « valeurs du christianisme » et dont certains membres du gouvernement tiennent des propos ouvertement racistes voire négationnistes!

Tout aussi conciliants et muets lorsque le Premier Ministre de la République française (le Président ayant finalement renoncé) se rend, es qualité, à la cérémonie de béatification du précédent pape. Là, silence dans les rangs ! La laïcité constitutionnelle n’en serait, à les en croire, même pas égratignée!

Pourtant, à n’appeler certaines valeurs que pour soutenir d’injustes causes, on les affaiblit et on se discrédite. Aussi sommes nous de ceux qui soutiennent qu’une laïcité partagée, à la fois tolérante et intégratrice, ne peut ni se découper en rondelles, ni s’accommoder d’une géométrie variable !