Le football, caisse de résonnance d'une société qui se délite...

Selon une enquête du site Mediapart, plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale (DTN) de la Fédération française de football (FFF) ont approuvé le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation de la fédération.

D’après le verbatim d’une réunion qui s’est tenue dans le plus grand secret fin 2010, les dirigeants des hautes instances du football ont évoqué un objectif de limiter, en les triant dès l’âge de 12-13 ans, le nombre de joueurs français de type africain ou nord-africain. Pour justifier cette forme de discrimination, la DTN a évoqué la situation des "binationaux" qui s’en iraient jouer sous un autre drapeau une fois adulte, mais aussi et c’est digne des pires clichés racistes, la morphologie des joueurs "blacks", grands et athlétiques, trop nombreux.

Ces propos, s’ils se confirmaient, sont absolument scandaleux ; les arguments utilisés, fallacieux. Ils devront bien entendu faire appel à des sanctions.

Il est vrai que depuis 2004, le règlement de la FIFA autorise un joueur ayant une double nationalité à être sélectionné dans l'un de ses deux pays (après une seule sélection en équipe A, le joueur ne peut pas changer de pays). Une décision prise pour des raisons financières puisque ceux sélectionnés dans l’équipe de France "espoirs" (moins de 18 ans), par exemple, peuvent choisir une fois majeurs l’équipe nationale de leur "autre pays", gagnant ainsi largement en valeur marchande lors d’éventuels futurs transferts en clubs.

...et qu'on divise

Faire de la binationalité un "problème" n’est pas crédible. Les footballeurs qui jouent dans les équipes de leur pays d’origine (et, pour la plupart, dans le pays d’origine de leur parent ou d’un de leur parent) n’ont jamais été sélectionnés dans l’équipe de France A. Ils choisissent tout simplement de jouer une Coupe du monde, la compétition internationale par excellence dans la carrière d’un sportif. Il est donc honteux de les présenter comme de futurs "traitres" à la Nation.

De plus, la DTN n’aurait pas parlé de nationalité en particulier – les franco-italiens, brésiliens par exemple – mais elle se serait focalisée sur les "blacks" et les "beurs", décrits parfois comme des "étrangers" alors qu'ils sont Français.

Cette affaire n’est malheureusement que le reflet du climat délétère qui règne en France. Dans le milieu du football comme ailleurs, la parole xénophobe se libère, les clichés racistes prolifèrent (le "black" est grand et court vite comme le musulman prie dans les rues et est un terroriste en puissance). Que le football ne soit pas épargné par cette vague dangereuse n’est pas surprenant. Cela déçoit et complique un peu plus le travail de nombreux éducateurs sportifs.

Aujourd’hui, si l’équipe de France de football reste encore un exemple de mixité et d’intégration, l’image d’une France "black, blanc, beur", multiculturelle et fraternelle, est sérieusement écornée.

Les dirigeants de l’actuelle majorité présidentielle en distinguant les "vrais" des "faux" Français, en parlant de Français d’origine étrangère, ouvrent grand les portes aux multiples dérives ségrégationnistes et au racisme décomplexé.





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