Les Cahiers Pédagogiques

"Décrocheurs, décrochés"

  • N°496 - Mars 2012
  • N° Coordonné par Sandrine Benasé-Rebeyrol et Julien Servois


Qu’est-ce qui se joue et se noue pour l’enfant, qui peut aboutir à un refus de l’école et de ses apprentissages ?

Comment repérer les premiers signes de la désaffection scolaire ?

Que peut la pédagogie pour l’éviter ?

Quelles actions, quelles initiatives, quels bricolages à l’échelle des établissements et des équipes pour anticiper et gérer les processus de décrochage ?

Avant-Propos - Présentation du numéro

Le « décrochage » est à la mode dans le monde éducatif. Les recherches se sont multipliées ; un volume de la collection « Que sais-je ? », rédigé par Pierre-Yves Bernard, lui est consacré ; le vocable même s’est diffusé dans l’opinion publique ; la reconnaissance institutionnelle arrive en 2009 avec l’inscription du concept dans le Code de l’éducation.

Enfin, le ministère de l’Éducation nationale s’est récemment félicité d’avoir stabilisé et rendu opérationnelle la définition du décrochage scolaire : le SIEI (Système interministériel d’échanges des informations) mis en place en 2010 pour repérer les décrocheurs, cible ainsi « les jeunes de plus de 16 ans, scolarisés l’année précédente, qui ont quitté une formation de niveau IV ou V sans avoir obtenu le diplôme correspondant ». Le décrochage cesserait donc d’être un concept flottant ; il concerne désormais un ensemble d’individus dénombrables et repérables, pour lesquels des plateformes de suivi vont apporter des solutions.

Cependant, cette définition n’est pas neutre. Elle provient des critères européens définissant l’abandon scolaire lui-même lié à une certaine conception du rôle de l’école. Sont ainsi visés les jeunes mineurs non soumis à l’obligation scolaire et non diplômés, auxquels on offre l’accès à une formation professionnelle ou à l’emploi. La priorité n’est donc pas la formation initiale.

Ce nouveau dossier des Cahiers pédagogiques, six ans après celui dirigé par Marie-Cécile Bloch et Bernard Gerdre, de l’association La Bouture, « Décrocheurs, comment raccrocher ? », voudrait montrer la complexité du phénomène. D’abord à l’échelle des adolescents concernés : le décrochage ne peut être analysé comme un état, une situation dans laquelle se trouvent certains individus en vertu de critères objectivables. C’est un processus qui peut s’étaler sur l’ensemble de la scolarité avec des moments clés que sont l’entrée à l’école, au collège ou au lycée, la période de l’adolescence.

Un processus qui conjugue une pluralité de causes : personnelles, familiales, sociales et scolaires. C’est un enchevêtrement de responsabilités, qu’il faut analyser globalement comme dans chaque situation particulière. C’est un révélateur de dysfonctionnements de l’école, de problèmes sociaux, portés à leur paroxysme dans le cas de jeunes plus fragiles que d’autres, pour des raisons structurelles ou conjoncturelles.

D’où, nécessairement, une pluralité des réponses à envisager. Les acteurs de terrain, qu’ils soient hors l’école (collectivités territoriales, associations, etc.) ou dans l’école inventent et proposent toute une palette de dispositifs de lutte contre ce décrochage. Mais, malgré les bonnes volontés, les bilans restent finalement très mitigés et les succès rares : prendre en charge le décrochage et ces multiples facteurs, parfois hors scolaires, ne doit pas faire oublier tout ce qui se joue dans la classe et dans la relation pédagogique.

Décrocher de l’école est souvent, du point de vue du premier concerné, une façon de se protéger, de se soustraire à une situation devenue insupportable. L’amener à renouer avec les apprentissages ne pourra se faire qu’en adaptant soigneusement le cadre proposé, quelle que soit la structure d’accueil. Ce n’est pas qu’une question d’insertion socioprofessionnelle de jeunes sans diplôme, c’est notre conception de l’éducation et de la formation qui est en jeu.

Le titre de ce dossier est inspiré de celui du n° 162 de La revue Foéven, paru en février 2012, « Décrochés ou décrocheurs ». Nous en remercions nos amis de la Foéven, et en profitons pour recommander la lecture de leur dossier en complément du nôtre.

Sandrine Benasé-Rebeyrol et Julien Servois

Au sommaire

Dossier - Décrocheurs, décrochés

Avant-propos

Trajectoires

  • Toronner pour raccrocher Philippe Goëmé
  • Quand on se cogne à l’école Damien Favresse
  • Les vagabonds de l’école - 1 Pierre Chalier
  • De quoi l’école est-elle responsable ? Rémy David
  • Le vide d’école Danièle Toubert-Duffort
  • Qui décroche ? Stéphane Thorent


Dans la relation pédagogique

  • En sécurité affective Michèle Bannay, Anne Bordage
  • L’école émoi Odile Tifoen
  • Flairer le danger pour agir Florence Castincaud
  • Être attentif au quotidien Françoise Colsaët
  • Un nouveau métier Robert Déprés
  • Les vagabonds de l’école - 2 Pierre Chalier
  • Les poly-exclus Ouahiba Sid Lakhdar
  • Une option sur mesure Céline Walkowiak, Francis Blanquart


Entrées par les savoirs

  • La philosophie pour prendre la parole Rémy David, Emmanuelle Rozier
  • La culture, espace de liberté Marie-Christine Vieille-Grisard
  • Les vagabonds de l’école - 3 Pierre Chalier
  • Faire son cinéma Marie-Laure Gache, Florence Lhomme
  • Les SES, entre école et société Audrey Maurin


Agir hors de l’école

  • Approches croisées Jean-Pierre Bourreau, Michèle Sanchez
  • «  Chez Rym, ils veulent tous y aller  » Elisabeth Bourgain
  • Les décrochés Dominique Sénore
  • Les vertus d’une initiative : le Bafa lycéen Vincent Helmer


Politique du décrochage

  • Quel est le problème ? Sandrine Benasé-Rebeyrol, Julien Servois
  • Un nouveau contexte ? Philippe Goëmé
  • Les orientations des politiques publiques Catherine Blaya
  • Une politique sans ambition Éric de Saint-Denis
  • Les vagabonds de l’école - 4 Pierre Chalier
  • Des bricolages locaux Muriel Epstein


Les articles à lire en ligne

  • Voir et comprendre les premiers signes Anne Berlioz
  • Les avatars du désir de savoirAlain Dibon
  • Plus ou moins présents, plus ou moins visibles Abdelmajid Arbouche
  • Pour que l’exclusion ne soit que temporaire Marc Imbert
  • Soutenir les projets des équipes dans les établissements Marie-Anne Hugon
  • Y a une place pour toi ! Pierre Chalier
  • La MGI, une structure de seconde chance Pierre-Yves Bernard


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