La Ligue de l'enseignement communique :

Grand débat national : défendre une conception exigeante de la participation

Si le mouvement des gilets jaunes, initié en octobre 2018, est la manifestation d’une crise sociale, il est aussi l’expression d’une crise de confiance dans la démocratie représentative dont les signes avant-coureurs ont été constatés par de multiples enquêtes antérieures.

À certains égards, l’élection d’Emmanuel Macron elle-même peut être considérée comme l’un des symptômes de la perte de confiance dans les «  politiciens professionnels » du passé et contre les « vieilles méthodes  ».

Mais cette crise de confiance ne concerne pas que les élus, les partis et les institutions politiques, elle touche aussi les corps intermédiaires, comme en témoigne le refus de toute participation syndicale et l’extrême méfiance à l’égard de toute forme de délégation de la part des gilets jaunes.

La radicalité avec laquelle s’exprime aujourd’hui le rejet de tout mécanisme de représentation, mais aussi de délégation, risque d’alimenter encore davantage la démagogie populiste.

La course à celui ou à celle qui saura le mieux flatter le peuple est plus que jamais ouverte, alimentée aussi par la perspective des élections européennes en juin prochain.

Face à cette crise ouverte et à ce risque d’escalade, le gouvernement a proposé l’organisation d’un Grand débat national.

Nous ne sommes pas naïfs : c’est un débat très imparfait, qui se fait dans la précipitation et est orchestré — suite au retrait de la Commission nationale du débat public  — par le gouvernement lui-même, omniprésent médiatiquement.

Mais le Grand débat national n’en reste pas moins un exercice de participation citoyenne et de démocratie d’une ampleur inédite dans notre pays.

Il peut encore constituer une opportunité unique de sortir par le haut à la fois de cette « crise des gilets jaunes », mais aussi, pour les citoyens, de construire une réponse à la profonde crise démocratique que nous connaissons.

La participation de la Ligue de l’enseignement dans le Grand débat national doit permettre au plus grand nombre de s’organiser pour s’exprimer, s’informer, confronter ses points de vue, se politiser.

C’est, en effet, par une participation massive et exigeante que la population réussira à endiguer le risque majeur de ce Grand débat : son travestissement en une consultation grossière, dont les résultats viendraient justifier des décisions gouvernementales déjà prises.


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