Education à l'environnement

    « Eau et développement durable : quelles approches, quelles actions, quelle éducation ? »
> Compte-rendu de la journée d'échange "Eau et développement durable" - Gap - 6 juin 2003


« L’eau est nécessaire à tous les aspects de la vie. L’objectif général est de veiller à ce que l’ensemble de la population de la planète dispose en permanence d’approvisionnements suffisants en eau de bonne qualité tout en préservant les fonctions hydrologiques, biologiques et chimiques des écosystèmes, en adaptant les activités humaines à la capacité limite de la nature et en luttant contre les vecteurs des maladies liées à l’eau. » (Agenda 21 – chapitre 18)


> Propos introductifs à la journée

Depuis le Sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio de Janeiro au Brésil, l’éducation à l’environnement a pris une ampleur qu’elle n’avait jamais connue ! Les contraintes infligées à notre planète et les conditions de vie qui y règnent font que la notion d’éducation à l’environnement est fréquemment accompagnée de la notion de développement durable.

Le dernier sommet international sur ce thème a eu lieu du 26 août au 04 septembre 2002 à Johannesburg, en Afrique du Sud.

La notion de développement durable est de plus en plus souvent intégrée dans les discours et les préoccupations des hommes et des femmes qui se sentent responsables et solidaires de l’avenir de la planète et de leurs concitoyens : développement durable et lien social sont étroitement liés ; pour autant, le développement économique ne doit pas être oublié.

Mais on peut craindre aussi que par soucis de communication, de « marketing », ce qui a fait le fondement des prises de position d’il y a quelques années, ne devienne une mode pour certains, à mi chemin entre le regard condescendant envers l’humanitaire et l’utopie du protectionnisme environnemental à outrance.

Le développement durable devient le « nouveau chantier du socialement correct », comme le titre le Bilan du Monde.

À cet égard, l’analyse faite dans ce même document du vocabulaire utilisé par les responsables des grosses entreprises est révélateur (enquête CSP) : le développement durable est associé à un devoir (moral), une possibilité (en capacité de faire), jamais à une conviction ni à une volonté. Leur vision du développement durable est par ailleurs essentiellement écologique et l’intérêt, s’il existe, toujours envisagé pour le bien de l’entreprise, pas pour le public.

L’éducation au développement durable doit bien entendu être considérée comme un tout et ne pas se limiter à l’éducation à l’environnement (mais aussi : commerce équitable, droit à la santé, droits des femmes, des enfants et de l’homme, démocratie, paix…), ni à une entrée thématique particulière.

Cependant, l’eau nous offre une entrée concrète à cette notion complexe. Constituant un maillon de particulière importance pour notre région, elle nous permet d’étudier les enjeux de sa préservation et de son utilisation à l’extérieur de nos frontières et dans un temps plus ou moins proche. Elle nous donne l’opportunité d’aborder la globalité du système – naturel, économique et humain – à partir du local.

 

> Quelles approches ?

De part les origines socio-professionnelles très diversifiées des participants, les approches ont été particulièrement variées.

 Sphère socio-professionnelle  Approche particulière
Collectivité locale > Alimentation en eau des communes de montagne
> Problématique des lois de protection des ressources en eau
> Conciliation des différents usages de l’eau
> Approvisionnement en eau de communauté urbaine sans ressources propres
Association d’éducation à l’environnement / Mouvement d’éducation populaire > Rôle des structures d’éducation à l’environnement et au développement
> Adéquation entre labellisations et actions
> Problématique de la notion de « durabilité » auprès des plus jeunes
> Rôle de mise en relation, de médiateur, entre les acteurs
Milieu enseignant > Ne pas faire de l’éducation au développement durable une matière à part entière, intégrer les actions dans un programme global
> Avoir les moyens (financiers / compétences) pour mettre en œuvre les programmes existants (les premiers textes remontent à 1958)
> Nécessité de connaître –et faire connaître– les potentialités existantes, les actions déjà menées
Milieu agricole > Prise en compte de l’évolution du milieu (usages, démographie…)
> Étude des synergies possibles entre les différents acteurs
Société de distribution d’eau et d’assainissement > Être à l’écoute des besoins (des collectivités locales, mais aussi des associations) et y répondre

 


> Quelles actions ?

Il nous faut aborder de façon concrète les enjeux d’un développement durable, parce qu’au delà des commissions, comités et conseils mis en place par le gouvernement et les pouvoirs publics, le développement durable est aussi et avant tout un engagement politique (au premier sens du terme) du citoyen. Et cet engagement n’a rien d’altruiste car nous sommes tous, que nous le voulions ou non, que nous l’acceptions ou non, solidaires –au sens de dépendance– de cet univers dans lequel nous vivons.

L’action locale permet généralement de mesurer l’impact dans un laps de temps relativement court. Si elle ne suffit pas, elle est utile et même indispensable, car c’est elle qui, parce qu’elle est concrète, peut mobiliser… durablement !

L’approvisionnement en eau des Hautes-Alpes a de tout temps été une préoccupation de ses habitants, été comme hiver.

Bien que l’eau y soit abondante dans l’absolu, sa répartition est loin d’être équitable sur l’ensemble du territoire et selon les saisons. Il suffit pour s’en convaincre de consulter les archives des XVe et XVIIe siècles. Les grands canaux destinés à l’irrigation remontent eux-mêmes au début du XVIIIe siècle.

Il y a donc eu historiquement une implication importante de la population en tant qu’acteur de son territoire.

L’importance prise par la gestion administrative de ce secteur a fait peu à peu oublier l’aspect social de cette implication.

Quelque soit l’axe d’entrée dans la problématique par les participants, en fonction de leurs priorités professionnelles, il ressort trois points principaux, valables pour tous :

  • Réaffirmer le principe de solidarité tant au niveau des individus que des catégories socio-professionnelles et des collectivités… (rendre les habitants acteurs et solidaires) ;
  • Responsabiliser l’acte de consommation (coûts de gestion, implications en aval…) ;
  • Renforcer la communication et la concertation entre les différents usagers et acteurs (agriculteurs, élus, population permanente et saisonnière…).

> Quelle éducation ?

Le Forum Planet’ere II (deuxième forum francophone de l’éducation à l’environnement – novembre 2001) insistait sur le fait qu’il nous faut « réfléchir sur l’éducation à l’environnement que nous voulons promouvoir pour un développement durable dans un monde solidaire, équitable et responsable » et que cette même réflexion devait « permettre aux acteurs d’élaborer des stratégies communes dans une perspective de transformation sociale ».

Être citoyen aujourd’hui est plus compliqué qu’hier : les responsabilités sont plus grandes, les systèmes plus complexes, les interactions et interdépendances spatiales et temporelles plus fortes.

L’éducation au développement durable doit être à la fois formelle et pratique, elle se construit tout au long de la vie et s’adresse à tout être humain, quelque soit sa position sociale ou professionnelle.

En région de montagne, les conflits d’intérêts liés à l’eau sont encore plus importants qu’ailleurs. Les usages et les intérêts sont multiples et parfois contradictoires : les problématiques économiques, sociales et culturelles se heurtent de front : périmètre de protection, gestion des risques, potentiel énergétique, dérogations attribuées aux stations saisonnières, capacité d’accueil, réponses aux attentes touristiques, conservation du paysage, traditions…

Là encore trois points sur lesquels s’accordent les participants à cette journée :

  • Les structures d’éducation à l’environnement et au développement durable ne doivent pas se limiter aux actions en direction du public scolaire ;
  • La réflexion menée doit sortir d’une vision « urbaine » de la gestion de l’environnement comprise comme une reproduction idéalisée de la nature ; par ailleurs l’éducation au développement durable ne peut traiter de l’axe Nord-Sud sans s’intéresser au local ;
  • Une ouverture vers « l’autre » est indispensable : chacun travaille dans le même sens, sans toujours savoir ce qui se fait à côté, sans pouvoir unir ses moyens à ceux des autres ni mutualiser les efforts fournis.

Une telle éducation passe par une information croisée sur :

  • le rôle des professionnels (monde agricole, tourisme, parcs naturels, entreprises de distribution) ;
  • le rôle des élus et de l’État ;
  • le rôle des citoyens (associations, habitants permanents, touristes, jeunes…) ;

et ce à tous les niveaux :

  • population permanente et saisonnière (jeunes et adultes) ;
  • professionnels du milieu agricole ;
  • milieu enseignant (primaire et secondaire, général et professionnel, y compris agricole) ;
  • milieu associatif ;
  • professionnels du tourisme ;


Il s’agit donc d’aider à la (re)découverte des éléments marquants – positifs ou négatifs – de l’eau dans le département en travaillant avec les habitants et les professionnels concernés pour surmonter les préjugés.

 


> Les thèmes abordés au cours des ateliers

 atelier  éléments étudiés
Ressources locales > Canal de Gap / Canal de Ventavon
Les attendus lors de la construction des canaux et les particularités actuelles ; les conflits d’usage
> Commune de Baratier
Problématique d’une station touristique confrontée à une ressource en propre de faible importance ; les conflits d’usage
> Commune de Gap
Cas particulier d’une communauté urbaine sans ressources propres
> CGE
La gestion des ressources en eau d’un département touristique
Outils pédagogiques > Mallette « La Rivière m’a dit »
Ajouter une approche sur l’aspect social (non prévue dans l’outil de départ) ; rendre l’enfant ou le jeune responsable et acteur
> Maquette animée d’alimentation d’un canal d’irrigation
Notion du cycle de l’eau, préservation et distribution ; notion amont/aval ; approche des usages
> Poster « L’eau dans les Hautes-Alpes »
Approche des usages ; notion des risques ; notion amont/aval
 Actions

> Espace « eau » à Gap Foire-Expo (mai 2003) : action conjointe et concertée de différents acteurs du département (coordination Chambre d’Agriculture 05 et Adelha : canaux de Gap et de Venta-von, ville de Gap, DDAF, associations d’éducation à l’environnement, association d’irrigants) 
Approches diverses des ressources en eau à l’échelle du département
Table-ronde sur « Une eau de qualité à partager équitablement et de façon durable : un enjeu fondamental dans les Hautes-Alpes pour aujourd’hui et pour demain »

> « Des glaciers à la Méditerranée » : action conjointe des 6 CPIE de la région PACA : analyse des conflits d’usage
Implication locale des acteurs qui, par le biais d’un fil conducteur entre les différents CPIE permette une approche de la dimension globale

> Charte environnement de la ville de Gap
Impliquer collectivité et citoyens dans une même démarche

> Label CED-Citoyenneté-Environnement-Développement  (labellisation Ligue de l’Enseignement)
Mise en pratique et au quotidien d’une démarche associant éducation à l’environnement et éducation au développement (exemple du centre d’accueil de La Fontaine de l’Ours –Auzet, 04)

> Prix CGE (sur 06 et 83)
Projets primés dans le domaine des actions relatives à l’environnement

Apports du développement durable dans l’éducation à l’environnement  Cette réflexion n’a pas fait l’objet d’un débat spécifique mais plutôt d’une réflexion transversale dans les ateliers « outils pédagogiques » et « actions »

> Pistes pour une intégration du développement durable au quotidien

L’avancement des débats de la journée nous a amené à considérer que l’élaboration de fiches pratiques à destination d’enseignants ou animateurs était prématurée : les attentes et points de vue sont encore trop divergents pour s’atteler dès à présent à une telle tâche.

D’autre part, il apparaît certain, pour la majorité des participants, que la proposition de mise à disposition d’outils « clés en main » n’est pas souhaitable, du fait de la diversité des situations sur la région.

Préférence est donnée à des outils qui permettent à chacun l’appropriation de la réflexion au niveau local ; pourquoi pas une liste de questions à poser –ou à se poser– ou d’éléments types à prendre en compte –et à compléter en fonction des particularités locales– dans une optique développement durable ?

Par contre un support concernant les principaux éléments et enjeux des ressources en eau à l’échelle planétaire et du territoire est en cours de réalisation.

 

> Perspectives

Il est certain que cette journée n’a pas permis d’aborder avec suffisamment de profondeur l’ensemble des questions soulevées, mais plusieurs souhaits et pistes d’actions ont été exprimés :

  • Organisation d’autres temps de rencontre autour de l’alimentation en eau et de l’eau potable ;
  • Mise en place d’animations et d’informations auprès de la population permanente et saisonnière en liaison avec les collectivités locales ;
  • Élaboration de programmes de visites et d’interventions en milieu scolaire sur des projets de classe à l’année et auprès de centres sociaux, CLSH… ;
  • Réalisation d’un diaporama sur les enjeux planétaires liés au partage équitable de l’eau (en cours) ;
  • Parution d’un numéro hors-série d’« Associatifs » (lettre d’information des fédérations des Alpes du sud de la Ligue de l’Enseignement) (sortie automne 2003) ;
  • Intervention dans le cadre du Festival de l’eau de l’Embrunais-Serre-Ponçon sur les enjeux de l’eau au niveau planétaire (colloque du 24 juin 2003).



 

> EN SAVOIR PLUS :


 

www.laligue-alpesdusud.org
Edition Fol 04 / Adelha 05 - Tous droits reservés - Hébergement R@S