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> Gap - 22 mars 2007
"Accompagnement éducatif à la scolarité
et Parentalité"
Conférence de Ridha Ferjani
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> Présentation
Dans le cadre de ses diverses
initiatives en matière d'accompagnement à la
scolarité, la Ligue de l'enseignement des Hautes-Alpes, en
partenariat avec la ville de Gap, a reçu M. Ridha Ferjani,
psychologue - clinicien, pour deux conférences
débat, le 22 mars 2007 à Gap.
La seconde de ces rencontres se déroulait en fin de
journée, sous forme de conférence - débat ouverte
au public, et avait pour titre :
"Accompagnement éducatif à la scolarité et Parentalité :
Quels enjeux ? Quelles articulations ? Quelle place pour les parents ?"...

> Compte-rendu...
- Conférence - débat
- Gap - 22 mars 2007 - 18 h/20 h
"Accompagnement éducatif à la scolarité et Parentalité :
Quels enjeux ? Quelles articulations ? Quelle place pour les parents ?"
par M.FERJANI Ridha - Psychologue-clinicien
Parce que la famille est le premier lieu de transmissions, de
socialisation et de construction des repères, parce
qu’elle est irremplaçable, parce que la fonction des
parents n’est pas toujours facile surtout dans une
société où l’autorité a besoin
d’être constamment légitimée, qu’il est
de plus en plus urgent de reconnaître et valoriser -voire
revaloriser- la compétence des parents.
En effet, face aux mutations sociales actuelles qui ont
bouleversé ces repères fondateurs, il est de plus en plus
malaisé de parler d’un modèle de famille et par
conséquent d’un modèle de la fonction
parentale.
Dans ce contexte existentiel fragilisant, les parents – et
particulièrement ceux de milieux populaires- finissent par
douter de leurs capacités de participation et
d’affirmation personnelle et culturelle et ne
s’autorisent pas ou plus à assumer leurs rôles de
parents .
En effet , dans le cadre de la réflexion sur les processus de
réussite ou d'échec scolaire des enfants issus de milieux
populaires; il semble que la société ne se soit jamais
autant préoccupée de la place et du rôle de leurs
familles par rapport aux apprentissages et à l'institution
scolaire.
Pourtant ces familles, en dépit de leurs conditions de vie et de
leurs trajectoires scolaires ont le sentiment de s'intéresser,
certes à leur manière et selon leurs moyens, à la
scolarité de leurs enfants.
Aujourd'hui, le changement du contexte socio-éducatif, les
exigences de réussite et l'uniformisation du modèle
d'intégration scolaire et sociale, pénalisent certaines
familles de milieux populaires qui finissent par douter de leurs
capacités de participation et d'affirmation personnelle et
culturelle.
En dépit de bonnes intentions, le discours social et
psychologique actuel, concernant le rôle et la fonction des
familles en matière de scolarisation et de socialisation des
enfants, stigmatise et fragilise ces parents qui finissent par
intérioriser des sentiments d'incapacité à
penser,à agir et à être de "bons partenaires"
vis-à-vis de l'école.
Donc , il est de plus en plus difficile, voire impossible, pour ces
parents de s'autoriser (et probablement d'être autorisés)
à prendre une place dans un système scolaire qui leur
parait de plus en plus complexe.
En même temps, il faut noter que la question de la
réussite scolaire des enfants de familles populaires pose un
réel problème à l'école française
qui souvent ne sait ni comment ni que faire avec ces enfants et leurs
parents.
Car , toutes les familles ne sont pas égales devant l’école.
Bien que conscients des difficultés de communication avec
l'institution scolaire, déçus (voire culpabilisés)
par l'échec de leurs enfants, engloutis dans des
problèmes économiques et sociaux, enfin confrontés
à l'exclusion, ces mêmes parents gardent l'espoir que
l'école aide leurs enfants à réussir.
En effet , contrairement à ce qu'on entend ici et là,
beaucoup de parents de milieux populaires continuent à croire
à l'école et aux savoirs et compétences des
enseignants et ont beaucoup de « projets scolaires et de vie
» pour leurs enfants .
Rappelons par ailleurs , qu’en général on
parle de la famille surtout quand l’enfant ne va pas
bien et/ou dérange par ses comportements. C’est à
ce moment que les parents sont « convoqués » (et non
invités) et rapidement culpabilisés, jugés et
tenus pour responsables des débordements de leurs
enfants.
Or, un adulte n’est pas uniquement un père ou une
mère, c’est aussi une personne qui a besoin d’avoir
la possibilité de parler de lui, de ses joies et
difficultés pour pouvoir se ressourcer, et retrouver un minimum
d’aisance dans sa vie. D’où
l’intérêt de ne pas réduire le parent
uniquement à ce qu’il fait (sa fonction) mais de le
reconnaître dans ce qu’il est ( comme personne ).
C’est pour toutes ces raisons , qu’il nous paraît important voire nécessaire :
- d’aider les parents ( particulièrement ceux qui sont en difficultés )
- de les écouter et de les ressourcer .
- et
éventuellement les inviter à venir dans les lieux de
paroles pour échanger avec d’autres, pour mettre des mots
sur leurs maux , pour reconstruire du lien et du sens afin
de retrouver une appétence à rejouer leur
rôle auprès de leurs enfants afin de prévenir
l’émergence des conduites d’échec et/ou
à risques (échec scolaire, désocialisation ,
délinquance…etc)
L’ensemble
des actions d’appui à la Parentalité mises en place
, ici et là , s’étayent sur des objectifs
relativement convergents : soutien , redynamisation , réconfort
, écoute…
L’accompagnement éducatif à la scolarité :
Définition :
Selon la Charte Nationale de l’accompagnement à la
scolarité c’est : « l’ensemble des actions
visant à offrir , aux côtés de
l’école, l’appui et les ressources dont les enfants
ont besoin pour réussir à l’école, appui
qu’ils ne trouvent pas toujours dans leur environnement familial
et social ».
Dans la dénomination : « accompagnement
éducatif à la scolarité » il s’agit
bel et bien de dispenser des actions d’appui et d’aide
d’ordre « éducatif » visant à faciliter
chez l’enfant « la disponibilité et la motivation
vers la scolarité » pour pouvoir apprendre et investir
l’école et les savoirs.
Les finalités de l’action consistent à aider certes
prioritairement les enfants mais aussi de conforter et de
ressourcer les parents .
Nous pensons que
l'accompagnement éducatif à la scolarité ne peut
être efficace et significatif sans :
- 1 - Un projet global : éducatif et scolaire
- 2 - Une connaissance suffisante de l'enfant, de ses besoins et de son environnement ( familial , social, culturel…)
- 3 - Une reconnaissance et une valorisation des cultures et des différences
- 4 - Une prise en compte réelle et active des familles
De l’aide à la Parentalité à l’Accompagnement à la scolarité :
L’enjeu est de taille car on peut émettre le postulat (
voire la certitude ) que lorsqu’un parent se sent
reconnu, valorisé ( ou revalorisé ), soutenu,
ressourcé , réhabilité dans ses besoins de
reconnaissance et légitimé dans sa différence et
dans sa fonction parentale, celui-ci peut restaurer
l’estime et la valeur de soi et par conséquent
retrouver l’appétence à rejouer son rôle en
« partenariat » avec nous , et ceci dans
l’intérêt de l’enfant .
En effet, en appuyant les parents dans leurs postures et fonctions
parentales, on favorise indirectement leur remobilisation et leur
intérêt pour la réussite scolaire de leurs enfants.
Donc , dans ce contexte , les enjeux sont multiples :
- Pour les parents :
c’est une question de reprise de responsabilité, de
restauration narcissique de l’image et de la qualité de
Soi et enfin d’une ré-appropriation de leurs rôles.
- En ce qui concerne les relations familles - école : c’est
une question de clarification des rôles , de délimitation
des prérogatives , de reconnaissance des cultures et des
fonctions de chacun ( et pas uniquement de leurs statuts ) , enfin , un
évitement de la confusion entre la «
co-éducation » et la « co-scolarisation »
- Pour les accompagnateurs : c’est
une question de « médiation », de mise en lien,
d’appui et de ressourcement des parents sans que tout cela
aboutisse à la création de nouvelles dépendances.
En s’adressant
aux enseignants, Claude LAMBERT, Recteur honoraire, a dit : «
Prendre en charge l'élève dans sa globalité »
« L’élève est presque toujours seul face au
système éducatif qui l’accueille. Il est
confronté à un langage multiple, parfois discordant, et
à des informations disparates, en provenance du chef
d’établissement, des professeurs, des conseillers
d’orientation psychologues, des parents, de la presse, y compris
spécialisée, du politique enfin. Comment peut-il trier
ces informations, toutes justes au demeurant, mais
d’inégale importance ?
(…) L’élève pour apprendre, doit être
disponible, donc libéré du stress de sa vie personnelle
extérieure à l’établissement. C’est
à l’établissement d’y veiller par une bonne
prise en charge de l’adolescent dans sa globalité.
(…) L’accompagnement des élèves doit avoir
pour objectif de donner du sens à leur présence dans
l’établissement, du sens aux apprentissages.
(…) Vous accueillez, accompagnez, sécurisez, respectez
vos élèves, il ne vous reste plus qu’a leur offrir
des raisons de participer à votre projet
d’établissement. »
Quelle place pour les parents :
Les familles de milieux populaires sont de plus en plus
sollicitées et interrogées (voire remises en question)
sur leurs capacités à transmettre et à communiquer
leur savoir-faire et leur savoir-être.
Or, il est admis que la cohérence, la reconnaissance et la
complémentarité entre tous les « éducateurs
» de l'enfant sont des conditions nécessaires pour
favoriser l'épanouissement personnel et scolaire de celui-ci.
Cependant, nous savons que la volonté d'améliorer les
relations entre les familles et les intervenants extérieurs
(animateurs , enseignants…) nécessite un vrai dialogue
afin que les attentes et les rôles respectifs de chacun soient
précisés et qu'ils soient clarifiés pour les
enfants.
Toutefois,il parait évident que les familles de milieux
populaires s'autoriseraient à prendre une place auprès
des différents intervenants, si elles se sentaient
reconnues, valorisées dans leurs savoirs et cultures, mises en
confiance, introduites dans un relation égalitaire, sans
être infantilisées ni
dénigrées.
Le fait que les parents et les intervenants fassent la démarche
de se connaître et de valoriser leurs apports respectifs, sans
jugements ni a-priori, évite à l'enfant d'être
amené à choisir entre la culture parentale et la culture
scolaire.
En fait, le caractère plus aigu du problème, les
inquiétudes qu'il suscite chez l'enfant et sa famille,
l'exclusion qu'il engendre...tiennent au fait que ceux qui
échouent à l'école rencontrent plus de
difficultés, que par le passé, à s'intégrer
sur le plan social et professionnel.
Seulement aujourd'hui, le changement du contexte socio-éducatif,
les exigences de réussite et l'uniformisation du modèle
d'intégration scolaire et sociale, pénalisent certaines
familles de milieux populaires qui finissent par douter de leurs
capacités de participation et d'affirmation personnelle et
culturelle.
Ces familles nous interrogent et aimeraient être éclairées sur:
- Le rôle et la place qu'elles peuvent prendre
- Les conditions nécessaires pour favoriser un véritable partenariat
- Les attentes des intervenants (enseignants, accompagnateurs …) à leur égard
- Le sens que revêt leur participation à la scolarité de leurs enfants
- La prise en compte et la valorisation de leur culture;
- L'impact de leur participation sur les résultats et les comportements scolaires de leurs enfants.
Rôles des accompagnateurs :
L’intervenant doit :
- Soutenir, informer , écouter les parents
- Les aider à faire dédramatiser
- Valoriser leurs compétences
- Reconnaître leurs différences et leurs savoir-faire
- Etablir ( ou rétablir ) des liens égalitaires
- Les re-dynamiser pour ce qu’ils reprennent confiance en eux-mêmes
- Les
aider à comprendre l’intérêt et
l’importance de leur implication dans le suivi scolaire de leurs
enfants
- Les
aider «à relever la tête » et à
repenser qu’ils sont capables de faire valoir leur savoir-faire
et à rejouer leur rôle auprès de leurs enfants dans
le but de prévenir - les conduites à risques (
échec scolaire, troubles du comportement …
Les lieux d’appui à la Parentalité apportent une double aide aux parents :
- Une aide dans l’accomplissement de leur fonction parentale
- Et
un ressourcement au plan narcissique et personnel , car un adulte
n’est pas uniquement un père ou une mère,
c’est aussi une personne qui a besoin par moments d’avoir
la possibilité de parler de lui, de ses joies et
difficultés pour pouvoir se ressourcer, et retrouver un minimum
d’aisance dans sa vie.
Il serait important que le parent ne soit pas réduit uniquement
à ce qu’il fait mais pris en compte dans ce qu’il
est.
Cette distinction entre l’être et le faire semble
difficilement réalisable dans un monde de paraître et
d’image, dans lequel, malheureusement, les personnes sont
reconnues et identifiées à travers ce qu’elles font
et pas suffisamment à travers ce qu’elles sont .
EN SOMME, l’accompagnement éducatif à la
scolarité, en tant que démarche de prévention des
conduites d’échec (scolaire et social), doit constamment
rappeler l’importance, au plan de la construction psychologique,
narcissique et identitaire du jeune, de valoriser les transmissions et
les ancrages dans l’histoire et dans la (ou les) culture (s) afin
de se suffire à Soi, de se sentir rassuré pour faire la
place à l’Autre et enfin d’être disponible
pour investir les apprentissages.
Enfin, ce qui me semble déterminant dans l’accompagnement
éducatif à la scolarité, ce n’est pas
uniquement le temps passé à faire les devoirs et à
vérifier le cahier de texte, ce sont aussi les attitudes
éducatives qui, à l’occasion de chaque
évènement de la vie quotidienne, mettent l’enfant
en situation de réfléchir et non d’agir, de
s’interroger et non d’exécuter sans comprendre
M.FERJANI Ridha - Psychologue-clinicien

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