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Saint-Crépin - 26 novembre
2005
> Assemblée
Générale d'ADELHA - Ligue de l'enseignement des
Hautes-Alpes : Rapport moral,
par Gérard Davanceau, Président
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RAPPORT MORAL
> "L'urgence de l'essentiel"
par Gérard Davanceau,
Président
Chers amis,
Nous voilà réunis comme chaque année en
assemblée générale afin de nous prononcer sur les
rapports d’activité et financier, de déterminer nos
perspectives, qui vous le verrez seront très dépendantes
de l’actualité politique, mais également de dresser
un constat non exhaustif des évènements qui ont
marqué cette année militante.
J’ai eu avant d’écrire ce rapport moral, et en
relisant celui de l’année passée, la crainte de la
redondance et à l’instant de le rédiger je me suis
aperçu que ma principale préoccupation était de ne
pas succomber à la surenchère.
Pour commencer, je
voudrais évoquer deux évènements tirés de
façon très subjective de la vie politique, et qui ne sont
pas sans rapport avec nos valeurs de citoyenneté et de
laïcité.
Tout d’abord le référendum sur la constitution
européenne, qui au delà du résultat, a
été la redécouverte de la fracture sociale et
aussi le constat de l’impuissance des politiques qui ont dû
faire face à une vague citoyenne qui s’est emparée
du débat, constituant ainsi la bonne nouvelle du printemps. Ces
citoyens ont finalement refusé une Europe élitiste qui se
serait construite sans eux.
La mort du Pape Jean-Paul II ensuite, qui si vous me permettez de
l’évoquer un instant devant cette assemblée
laïque, a permis une fois de plus de constater les contradictions
de notre Président qui donne consigne aux Préfets, Maires
et Chefs d’établissement de mettre le drapeau national en
berne à cette occasion, et affirme par ailleurs que la
laïcité est un principe intangible de notre
République, en se félicitant de l’application
d’une loi, dont je rappelle au passage qu’elle nous
apparaît comme discriminante, interdisant le port de signe
religieux dans les écoles.
Ce fait, pas si
anodin qu’il n’y paraît, m’amène
à vous parler tout naturellement de laïcité.
Cette laïcité, à laquelle nous sommes
attachés et qui a permis entre autre de mettre
l’enseignement public et gratuit à la portée de
tous. Cette laïcité qui en ces temps de fort replis
communautaires est constamment remise en cause.
Parfois avec violence comme aux Etats Unis où Georges Busch,
adepte du créativisme, à ne pas totalement confondre avec
le crétinisme, a déclaré début août
que les théories de l’évolution selon la bible
avaient toutes leurs places dans l’enseignement au même
titre que le darwinisme.
Parfois d’une façon à peine plus sournoise au
cœur même de notre République à travers les
déclarations et les écrits de celui qui se signe en
public dans l’exercice de ses fonctions ministérielles,
reçoit les représentants de l’église de
scientologie et essaye, en usant du réflexe de peur, de faire
basculer le pays et son propre parti dans une politique à droite
de la droite, alors que c’est son programme qui devrait faire
peur.
Tout à l’heure, Hugues Guillory reviendra certainement sur
notre contribution à faire mieux connaître la loi de 1905
et notamment à l’occasion de la venue à Gap le 02
décembre prochain d'Henri Pena Ruiz.
Au delà
de l’événement que représente la
commémoration du Centenaire de cette loi nous devons
réaffirmer au quotidien notre attachement à la
laïcité qui fonde une école plus juste, plus
démocratique et qui contribue à porter haut les valeurs
de liberté et d’égalité chères
à notre République.
* *
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Parmi nos grands
sujets de préoccupation, doux euphémismes à la vue
des attaques violentes dont la vie associative est victime, le premier
que je veux évoquer est l’avenir de La Ligue de
l’enseignement.
Jamais depuis la collaboration Pétainiste La Ligue n’a
été aussi menacée.
Si je fais le rapprochement avec cette triste période,
c’est que la disparition de 75% des aides de Jeunesse et Sport,
la suppression de postes FONJEP, la forte diminution de la subvention
de l'Education Nationale, les gels et surgels budgétaires qui
sont appliqués de façon systématique, les
crédits alloués à la formation des
bénévoles qui malgré l’instruction du CDVA
portant sur 19 millions d’euros de demande sont ramenés
sans explication à 2,7 millions par Jean-François Lamour,
sont le résultat d’un raidissement idéologique et
non pas d’une politique économique d’épicier,
comme certaines mauvaises langues voudraient nous faire croire.
Raidissement idéologique, car d’autres, plus proches des
idées de nos gouvernants, sont servis. Pour preuve
l’agrément jeunesse et éducation populaire
accordé par le ministère Jeunesse et Sport à la
très intégriste organisation des Scouts
d’Europe. Et je pèse mes mots. Rappelez-vous
l’Abbé Cottard et les circonstances du décès
des 4 jeunes à Perros-Guirrec, ou encore ces dizaines de jeunes
filles hospitalisées après avoir été
obligé de prier sans bouger par 40°C, en plein soleil.
Indéniablement c’est une nouvelle approche de
l’éducation populaire !
La Ligue de
l’enseignement, ainsi que toutes les associations
agréées complémentaires de l’école,
quand à elles, ne font que participer et de façon
irréprochable à l’accession à la
citoyenneté, mission essentielle de l’école
publique.
Elles sont donc aujourd’hui mises en danger par le projet
annoncé de suppression de 800 postes d’enseignant mis
à disposition.
Pour faire passer cette amère pilule arsenicale, le
Gouvernement annonce vouloir débloquer une subvention afin de
pourvoir à la charge financière qui découlera du
passage de la mise à disposition en détachement de
personnel. En 1987, René Monory avait déjà pris
cette voie. En 18 ans la subvention a diminuée de 50%.
Au delà des Fédérations et des Réseaux,
c’est la vie associative dans son ensemble, avec ses 1 million
d’associations, ses 1,6 millions emplois, représentant 5%
de l’emploi en France (2 fois plus que l’hôtellerie
et la restauration, 30% de plus que la construction) qui est
menacée de disparition.
Ces coups
portés à la vie associative auront des
conséquences que leurs concepteurs commencent à peine
à mesurer.
Depuis 2002 la baisse continue des aides de l’état aux
associations n’a fait qu’aggraver la situation dans les
banlieues.
Les évènements qui s’y sont déroulés
sont révélateurs de la crise sociale qui s’y est
développée avec pour noms chômage, pauvreté,
précarité et ne sont pas dus comme on essaye de nous le
faire croire dernièrement à la polygamie, à la
démission des parents, et tout récemment aux chanteurs de
rap.
Permettez moi ici
d’exprimer mon ras le bol de cette société qui
s’évertue à vouloir s’attaquer aux
conséquences en délaissant les causes.
Notez bien, ce ne sont pas les paroles de certaines chansons que
l’on condamne, à tord ou à raison, non ce sont les
rappeurs. Attention pas tous les rappeurs, nous précise-t-on.
Cela me rappelle un peu trop ces propos nauséabonds de
café du commerce sur les arabes voleurs, mais attention pas tous
les arabes.
Le lien social comme mission première ne doit plus être
une expression toute faite pour enrichir le discours des politiques
lors de l’apéritif annuel donné en l’honneur
des associations.
La lutte contre la pauvreté, la précarité et les
discriminations, le combat pour une société plus juste
doivent impérativement passer par des moyens nécessaires,
massifs et urgents donnés dans le domaine de
l’éducation scolaire et périscolaire par la
ré attribution des crédits du FASILD par exemple.
Localement le milieu
associatif reçoit un écho plutôt favorable de la
part de nos partenaires institutionnels.
Le Conseil Régional a conscience du travail effectué sur
le terrain par les associations sociales, culturelles, sportives et
éducatives et s’engage à leur côté.
Il a, dès lors que le projet associatif bénéficie
au plus grand nombre, toujours respecté ses engagements.
Pour mémoire, je vous rappelle qu’ADELHA est signataire de
la Charte Régionale de la Vie Associative, dans laquelle les
associations sont qualifiées d’éducatives,
émancipatrices, créatrices, innovatrices,
médiatrices, réparatrices, intégratrices,
humanistes, parfois dérangeantes et contestataires. Vous en
conviendrez, tout notre portrait !
Le Conseil Général, malgré des difficultés
à travailler sereinement, a mis en place un "Service Vie
Associative" qui, s’il n'en est encore qu’à ses
balbutiements, remisera on l’espère très vite au
registre du passé les politiques clientélistes
d’hier.
* *
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Je souhaiterais évoquer maintenant
en quelques mots notre fédération, ses missions, ses
combats, sa vie statutaire.
Durant les 7 Conseils d’Administration de cette année nous
avons réfléchi, travaillé sur des sujets aussi
différents que le projet associatif de la
Fédération que nous voulons, la laïcité, la
refondation de l’école, la lutte contre les
discriminations, l’avenir des associations.
Nous avons répondu tout au long de cette année aux
sollicitations de nos partenaires de l’Education Nationale
et la Jeunesse et des Sports, nous avons participé aux
réunions de la
PFCA (Plate-Forme de Coordination des Associations du 05), nous avons
tenu notre place dans la réflexion qui a
été engagée autour de la construction des futures
Maisons de l’Emploi, nous nous sommes comme chaque année
rendu à l’Assemblée Générale de La
Ligue durant laquelle, fait exceptionnel, nous avons approuvé
sans réserve le rapport moral de son Secrétaire
Général, enfin nous avons, dès que nous en avons
eu la possibilité, épauler nos salariés dans le
cadre du Centre de Ressources à la Vie Associative.
Je voudrais profiter de l’occasion pour remercier
sincèrement Hugues Guillory, Gilles Brochier, Brigitte Lebioda,
Christine Fach, Sylvie Vernet et Denis
Lebioda pour leur travail et, au-delà, pour leur engagement
militant.
* *
*
Après ce tableau au couteau de la situation sociale et
associative, nous sommes en droit de nous inquiéter pour demain.
Notre futur a-t-il un avenir ?
Lors de la dernière réunion de la PFCA
l’inquiétude et l’abattement a fait dire à
l’un d’entre nous qu’il ne voyait hélas que 2
alternatives : se laisser mourir ou faire la révolution.
Je ne sais pas aujourd’hui si j’en arriverai à
cette dernière extrémité, même si je ne
l’écarte pas, mais ceux qui me connaisse bien savent que
je ne baisserai jamais les bras devant les attaques auxquelles nous
sommes confrontés et que, bien au contraire, celles-ci me
renforcent dans mes convictions.
Entre autres
priorités, celles qu’il me semble
nécessaire de développer tout au long de cette nouvelle
année concernent une plus grande lisibilité de nos
valeurs et une plus grande fermeté quant à leur
défense.
Nous nous sommes toujours attachés à mettre de l’éthique
dans nos actions, il faut maintenant mieux le
faire savoir.
Chaque réflexion, chaque décision que nous
prenons doit être marqué par notre volonté
d’œuvrer pour une économie sociale et solidaire,
pour
un développement durable et pour une société plus
juste dans laquelle on trouvera l’individu au centre des
préoccupations et non plus le profit.
Il faut également s’employer à redonner du sens aux
mots : l’éducation
populaire, on l’a vu
précédemment, est une notion quel que peut
galvaudée
ces derniers temps.
Née du constat qu’une démocratie n’est rien
sans l’accès au savoir et à
l’éducation pour tous, sans la formation et
l’information du citoyen, elle doit être dans cette
société menacée par les inégalités,
le vecteur de la promotion sociale. Nous devons lui redonner toute sa
place.
Je voudrai conclure enfin, en citant le sociologue Edgar Morin dont la
formule a été reprise par le Secrétaire
Général de la Ligue à Lorient : « A force de
repousser l’essentiel au nom de l’urgence…on en
oublie l’urgence de l’essentiel ».
Saint-Crépin,
le 26 novembre 2005
Gérard
Davanceau,
Président
d'Adelha

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