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  Automne 2005 : La vie associative en danger

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"Avis de tempête sur la vie associative",

par Jean-Marc Roirant, Secrétaire général de la Ligue de l'enseignement



Editorial du numéro d'octobre du mensuel "Les Idées en Mouvement"
publié par la Ligue de l'enseignement

Le ciel de la vie associative n’a cessé de s’obscurcir au cours des derniers mois, fragilisant toujours plus ses acteurs. Réductions financières drastiques, suppressions de crédits, réorganisations structurelles handicapantes affectent ceux qui se demandent où sont passées les promesses…

Des centaines de milliers de bénévoles, plusieurs milliers de salariés, au sein de 30 000 associations locales affiliées aux 102 fédérations départementales de la Ligue de l’enseignement œuvrent quotidiennement sur les terrains de l’Éducation, des pratiques artistiques et culturelles, des activités sportives, des vacances et des loisirs, de la formation professionnelle, de l’intervention sociale, de la solidarité et du développement durable. Ces acteurs dynamiques d’un des réseaux d’éducation populaire les plus importants traduisent depuis des dizaines d’années des volontés communes de lutter contre toutes les formes d’exclusion et de discrimination et déclinent inlassablement des valeurs, des principes qui favorisent un « vivre-ensemble » plus harmonieux.

Vie associative en danger

Ces 30 000 associations, par les fonctions civiques, sociales et éducatives qu’elles assument, jouent un rôle indispensable dans une société qui doute, qui se décompose même, parfois. En ces temps de crise du collectif, les associations sont les seuls corps intermédiaires qui peuvent encore remettre en appétit civique nos concitoyens. L’utilité sociale et l’intérêt sociétal qu’incarnent la vie associative et les réseaux d’éducation populaire, comme celui de la Ligue de l’enseignement, ne sont pas aujourd’hui, à l’évidence, la préoccupation de ce gouvernement.

Pire, tout se passe comme si la remise en cause du fait associatif et la casse de certains de ses secteurs étaient brutalement et délibérément engagées.

Au cœur de cette entreprise de démolition, le ministre des Sports, et il faut bien le regretter, accessoirement en charge de la Jeunesse et de la Vie associative, avait pourtant annoncé initialement des axes programmatiques et des projets très attendus : un statut sur le volontariat, une conférence annuelle pour le développement de la vie associative, un train de mesures pour favoriser l’engagement des bénévoles, la reconnaissance de la place des associations dans le dialogue civil…

Derrière cette attitude faussement facilitatrice et des déclarations hypocritement bienveillantes destinées à anesthésier les responsables associatifs, se cachait en fait un plan concerté de liquidation de pans entiers de la vie associative.

Ces derniers mois, les mauvaises nouvelles se sont accumulées : banalisation de l’intervention associative en milieu rural par le recours systématique aux appels d’offres par le ministère de l’Agriculture, remise en cause par plusieurs ministères des conventions pluriannuelles d’objectifs (CPO) qui sécurisaient le fonctionnement associatif dans un cadre contractuel, suppression plus que probable de postes Fonjep (postes d’animation aidés par l’État), réductions drastiques des financements publics pour la mise en œuvre des missions d’intérêt général, nouvelle réorganisation du Fasild qui a déjà mis au tapis des centaines d’associations œuvrant pour la politique de la ville…

Tout le monde n’est évidemment pas logé à la même enseigne. Les raidissements idéologiques et les choix politiques, voire politiciens, se mesurent à l’aune des soutiens financiers sélectifs. Les agréments récemment accordés aux scouts d’Europe par exemple, contre l’avis unanime de la commission paritaire ad hoc par le ministre de la Jeunesse, ou à la Fédération des familles de France par le ministre de l’Éducation nationale contre l’avis unanime de la commission nationale concernée, en sont des révélateurs incontestables.

Les annonces officielles de suppression de moyens, de réductions de subvention, ou d’arrêt de financements publics sont tombées en catimini au cœur de l’été.

Les montants varient d’un ministère à l’autre, d’une administration à une autre, des diminutions de crédits fluctuent au gré des humeurs et des fantaisies partisanes ici ou là.

Pour la Ligue de l’enseignement : suppression totale des subventions de l’agriculture, 75 % de financement en moins à Jeunesse et Sports alors que nous proposons des animations largement conformes aux priorités ministérielles, 1 million d’euros en moins du ministère de l’Éducation nationale pour toutes les fédérations départementales…

Ces trois dernières années, nous avons découvert une exception culturelle française : le « gel » républicain, en fait une mesure de rétention de crédit par le ministère des Finances, décidée unilatéralement, malgré le vote du budget de la Nation par le Parlement. Nous en avons attendu désespérément le « dégel ». En revanche, nous avons appris le « surgel » d’autres financements qui sont bloqués ou annulés.

Le réseau de la Ligue de l’enseignement est gravement fragilisé par ces mesures. Nous devons, avant la fin de l’année, tirer à tous les niveaux les conséquences économiques de ces décisions gouvernementales. De nombreuses manifestations et plusieurs initiatives seront annulées ou différées.

Au-delà de la Ligue de l’enseignement, cessations d’activités et mises en redressement judiciaire sont programmées pour de nombreuses associations, des disparitions totales de structures associatives envisagées avec leurs cortèges de plans sociaux et de licenciements de personnels qui les accompagnent.

Notre réseau étudiant partenaire Anima’fac a été contraint d’annuler son rassemblement annuel de responsables associatifs « Campus en été ». Le Réseau national des Juniors associations, qui regroupe plus de 1 000 associations et 6 000 jeunes, va peut-être devoir mettre un terme à une aventure plus que prometteuse pour 80 000 euros de financement public qui disparaissent. Dans le même temps, l’État verse sans sourciller des millions d’euros depuis les années Balladur à la société qui gère le stade de France en attendant qu’elle veuille bien accueillir une grande équipe en résidence qui prendrait le relais financier.

Ce ne sont pas seulement les fédérations nationales et les têtes de réseau associatif qui sont touchées, mais c’est toute la vie associative locale qui va souffrir de ces choix politiques au travers des baisses significatives des soutiens à la formation des bénévoles associatifs, par exemple. Les promesses faites de favoriser l’engagement bénévole sont singulièrement contrariées par l’annonce, fin septembre, de l’attribution de seulement 2,7 millions d’euros pour leurs formations alors que la loi de finances en prévoyait 7 millions et que les besoins s’élèvent à 16 millions pour l’année.

Combat idéologique

Enfin, la suppression de la délégation interministérielle à l’économie sociale, sans aucune concertation, est aussi révélatrice de la démarche idéologique qui guide nos gouvernants actuels. La disparition symbolique de l’expression « économie sociale » signe le mépris dans lequel sont tenus des milliers de femmes et d’hommes qui s’engagent au quotidien avec énergie et courage dans des formes entrepreunariales alternatives où le respect de la personne est primordial.

Comment oser dans ce contexte solliciter les associations pour qu’elles s’investissent dans le plan national de lutte contre le chômage ? Alors que la plupart des familles associatives sont plongées dans des difficultés incontournables et vont elles-mêmes procéder à des licenciements, comment imaginer qu’elles puissent dans le même temps recruter du personnel? Comment qualifier ce comportement : cynisme, provocation, incohérence, incompétence…?

Au moment où la mobilisation générale devrait être décrétée pour lutter contre la désaffection civique et l’exclusion sociale, et où tout le monde s’accorde à reconnaître le rôle indispensable du tissu associatif dans le combat contre ces fléaux de notre société, les mauvais coups portés à son endroit, et plus particulièrement à des réseaux comme le nôtre auront des conséquences que leurs concepteurs n’ont pas mesurées.
De vives réactions sont envisagées. Diverses initiatives sont prises dans l’unité associative, notamment auprès des parlementaires qui devront répondre, chacun dans leur circonscription, des attitudes et de l’efficacité dont ils sauront faire preuve.

Jean-Marc Roirant,
Secrétaire général de la Ligue de l'enseignement


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