|
Rubrique "Dossiers"
ECOLE
&
EDUCATION
|
-
-
-
-
-
|
|
|
|
|
> Ligue de
l’enseignement : "Refonder l'école pour
qu'elle soit celle de tous" (Texte
voté à l'Assemblée
générale de Lorient - 12 Juin 2005) |
Il y a près de 140 ans, la Ligue de l’enseignement a
été fondée pour la généralisation de
l’instruction et la création d’une École
publique laïque, gratuite et obligatoire : une École comme
creuset de la République.
Depuis, comme mouvement d’éducation populaire qui
accompagne et prolonge l’éducation et la formation
initiales, la Ligue de l’enseignement inscrit cet engagement dans
son combat permanent pour une république démocratique,
laïque et sociale par l’éducation, la culture, la
solidarité et l’engagement civique. La
laïcité, valeur de civilisation et principe de droit
figurant dans notre Constitution, implique une lutte constante contre
les injustices et pour la dignité de chaque individu.
Aujourd’hui, la Ligue de l’enseignement se mobilise contre
les inégalités et les discriminations qui sapent le
projet démocratique et social de la République. Elle agit
pour la transformation et la démocratisation de
l’École afin qu’elle soit bien «
l’École de tous », pour de futurs adultes qui auront
à se former tout au long de leur vie et à décider
et à agir en citoyens pour un
monde solidaire.
Des mutations profondes, inédites, rapides et incessantes
affectent toutes les dimensions de la condition humaine :
connaissances, techniques, vivant, relations sociales,
identités, morale, économie, communication… Ces
mutations créent des situations incertaines, contradictoires,
paradoxales et interdépendantes. Elles engagent de nouveaux
champs de responsabilités pour tous les humains.
de plus, devant la montée des injustice et le délitement
social, l'Ecole s'efforce de maintenir ses valeurs, d'utiliser les
marges de manoevres dont elle dispose encore, de mobiliser ses
ressources pour assurer sa mission.
Cependant, dans une société où les repères
se brouillent, les peurs s’insinuent, l’avenir est opaque,
l’emploi change de nature, le repli sur soi s’accentue, les
inégalités se creusent, l'éducation et l'Ecole
subissent de plein fouet leseffets de cette crise. La production de
richesses, le progrès des sciences, la multiplication des
informations… ne semblent plus des promesses
d’émancipation, faute d’un partage plus
équitable.
Si l'Ecole remplit encore, malgré les bouleversments sociaux et,
de plus en plus difficilement, la plus grande part de ses fonctions,
elle n'en est pas moins à un tournant, bousculée par les
ghettoïsations territoriales, l’extension de la
pauvreté, des inégalités et des injustices, les
souffrances des populations marginalisées ou exclues, les inquiétudes et les
interrogations des parents, le mal-être d’un nombre
croissant d’élèves, le malaise d’une partie
des personnels.
Sous l'effet des incertitudes, face au développement des
inégalités, l'Ecole est victime d'une perte de sens. Elle
est mise en question par une marchandisation rampante, y compris
interne, par la concurrence d’officines parascolaires qui se
nourrissent de l’angoisse et de l’échec, par les
attentes multiples des parents, les exigences contradictoires qui lui
sont assignées, la ségrégation interne qui se
renforce.
L’École,
en trop d’endroits, est menacée de disqualification,
d’implosion ou d’explosion. La Ligue de
l’enseignement, comme d’autres organisations sociales et
éducatives, ne s’y résigne pas.
Le temps est venu de bousculer l’existant
d’aujourd’hui pour un futur de fraternité, de
justice sociale, de diversité culturelle combinées
à la recherche de l’unité,
d’égalité effective des droits et de
libertés.
La Ligue de
l’enseignement réaffirme que l’École est une institution de la
République. Ce n’est pas un service public ordinaire.
L’École, dont le temps est le plus souvent mal
organisé et mal réparti dans la journée, la
semaine et l’année, représente 10 % du temps de vie
des enfants et des jeunes : ils apprennent aussi devant les
écrans de toute nature, dans la rue, seuls ou avec
d’autres, en famille ou en groupe…
Si elle
doit être singulière et remarquable, l’École
ne peut plus être sanctuaire. Elle ne peut se renfermer sur un
espace isolé de la réalité sociale et culturelle.
Elle doit offrir aux enfants et adolescents un espace protecteur où ils
apprennent collectivement à se respecter, à se comprendre
et à comprendre le monde où ils vivent : où ils
apprennent, ensemble, à vivre ensemble.
L’École doit retrouver et réaffirmer sa mission d’émancipation, par
l’acquisition des savoirs intellectuels et pratiques dans un lieu
de formation et non de conformation, distinguant
l’obéissance de la soumission, et par la construction
d’une pensée critique et réflexive.
L’École doit résolument devenir un lieu d’apprentissage de la
démocratie, ce qui suppose un fonctionnement où
les droits individuels et collectifs (des personnels, des
élèves, des parents) sont reconnus.
Face à la nostalgie comme au conservatisme, face au
découragement comme aux tentatives de privatisation, la Ligue de
l’enseignement appelle à retrouver
confiance et espoir en une École, de la maternelle à
l’enseignement supérieur, pour qu’elle-même
donne confiance et espoir.
Pour cela, il est urgent et indispensable de lui redonner sens, par sa transformation et sa refondation, en :
- précisant
ses missions dans les domaines de l’apprentissage des
connaissances et du vivre ensemble,
- modifiant
profondément les approches pédagogiques et les relations
entre adultes et jeunes pour faire vivre les valeurs qu’elle a
pour mission de transmettre et faire partager,
- redéfinissant
ses fonctions dans le respect des rôles respectifs de
l’État (impulsion, orientation, évaluation et
régulation), de l’établissement scolaire (projet,
initiatives, actions, organisation), des collectivités locales
(partenariat, relations avec les services et activités), des
parents (co-éducation, participation) et des associations, en
particulier des associations laïques d’éducation
populaire reconnues comme « associations éducatives
complémentaires de l’enseignement public ».
- valorisant
les pratiques de celles et ceux qui, dans l'Ecole aujourd'hui,
inventent celle de demain.
LES MISSIONS DE
L’ÉCOLE DE LA RÉPUBLIQUE POUR AFFRONTER INCERTITUDES ET
COMPLEXITÉ
Assurer
l’acquisition et la maîtrise des savoirs, des connaissances
et compétences indispensables à chacun, tant au
plan personnel que social, culturel et économique et par l’appropriation de tout le savoir
constitutif d’une base commune,
d’un socle fondamental commun, véritable boîte
à outils pour une orientation choisie et un accès
à l’éducation tout au long de la vie, à la
formation permanente.
Donner à
chacun la capacité de s’insérer et de se situer
dans la société, de débattre et
d’agir sur tout ce qui concerne la vie individuelle et
collective, d’exercer ses responsabilités par l’apprentissage de la
citoyenneté, de la laïcité et de l’engagement
dans la cité, l’éducation aux règles
de la civilité dans le respect de la mixité sociale, de
l’égalité filles/garçons et de la
diversité des cultures.
S’impliquer
activement dans le développement économique, social et
culturel local, et dans les politiques éducatives
territoriales afin de permettre à chacun, par
l’éducation au développement durable et à
l’environnement, d’être acteur conscient de ce
développement.
C’est ce qui,
aujourd’hui, permet de qualifier la personne autonome et
solidaire.
Ces
missions correspondent à la prise en compte :
- de la complexité des besoins
culturels, sociaux et économiques des personnes, des citoyens,
de la société et des enjeux de la maîtrise des
savoirs (appréhension, compréhension, combinaison),
- des découvertes scientifiques
et technologiques, des recherches sur les processus
d’apprentissage et de l’ancrage dans l’environnement
local, dans le respect des impulsions, des orientations et des cadres
d’action définis aux plans national et européen,
- de la
nécessité d’approfondir, d’élargir et
d’actualiser les grands textes fondateurs : les lois de 1882,
1936, 1989 et le Plan Langevin-Wallon.
Pour
remplir ces missions, les établissements publics de
l’Éducation nationale :
- assurent
la formation initiale commune de tous les enfants et adolescents dans
le cadre d’objectifs, de contenus et de diplômes
fixés nationalement, et facilitent l’insertion sociale et
professionnelle avec les partenaires institutionnels, associatifs et
économiques dans le respect des rôles de chacun, tout en
étant partie prenante d’une politique culturelle et
sociale de jeunesse,
- accueillent
tous les jeunes, aux différents niveaux de la scolarité,
sur l’ensemble du territoire national sans condition
d’âge ou de parcours (éducation récurrente),
- participent
à la formation tout au long de la vie, dans les domaines de la
formation générale, de la recherche, de
l’enseignement supérieur et des enseigne-ments
professionnels et technologiques, en coopération avec les
organismes publics et associatifs habilités, sur des
critères de laïcité et de service public,
- sont
parties prenantes du développement local, sous la
responsabilité conjointe de l’État et des
collectivités territoriales, dans le cadre de projets
éducatifs territoriaux et de projets locaux de
développement social, culturel et économique.
Ces
missions exigent…
- la définition, l’assurance et
le contrôle des objectifs de formation et de la validation
des acquis par l’État,
- la présence, assurée et
contrôlée par l’État en tout lieu du
territoire, d’un service public d’éducation,
avec le concours des collectivités et indépendamment de
toute confession ou prosélytisme commercial et non soumis aux
pressions ou aux impératifs marchands,
- l’accès à une formation
qualifiante débouchant sur l’obtention d’une
certification ou validation,
- l’apport des outils et de
l’accompagnement nécessaires à une insertion
sociale et professionnelle comme à la maîtrise de
l’autonomie dans sa vie personnelle,
- la mise en place de parcours
différenciés, individualisés et adaptés, permettant
à chacun d’atteindre les objectifs communs nationaux et
une formation reconnue dans le secteur professionnel qu’il
choisit,
- le renforcement du contrôle de
l’obligation scolaire (loi du 18 décembre 1998),
dans le respect de la laïcité, afin que le droit à
l’éducation soit exercé pour tous les enfants et
adolescents.
Ces
missions font obligation à l’École de ne
négliger aucun élève
Dans le respect des principes d'éducabilité de chacun,
tous les jeunes devront atteindre à court terme, de
manière différenciée, les objectifs fixés
par la Nation :
- 100 %
d’une classe d’âge disposant d’une formation et
d’une qualification de niveau V (CAP/BEP),
- 80 %
d’une classe d’âge atteignant le niveau IV
(Baccalauréats),
- 50 %
d’une classe d’âge accédant aux qualifications
de niveaux III et II.
Cela
suppose :
- le suivi
individualisé et l’accompagnement du travail personnel
dans le temps scolaire et en relation avec l’accompagnement
à la scolarité;
- la prise
en compte des besoins spécifiques des enfants du voyage et des
élèves nouvellement arrivés en France;
- la
mise en place de dispositifs d’accueil, d’appui,
d’aide pour les jeunes
ayant dû interrompre leur scolarité sans avoir
achevé leur formation
initiale ;
- l’accompagnement
des familles qui rencontrent des difficultés dans la
scolarisation de leurs enfants;
- le
renforcement et l’harmonisation des politiques de
l’adaptation et de l’intégration scolaires (AIS)
pour les enfants et les jeunes ayant des besoins particuliers
(handicaps, maladies, difficultés profondes), en
coopération avec les personnels des services et
établisse-ments de santé et sociaux ;
Outre la formation initiale, les procédures de valorisation de
l’expérience professionnelle et sociale, de validation des
acquis de l’expérience (VAE), d’éducation
récurrente, inscrites dans l’éducation tout au long
de la vie, seront encouragées et impulsées ; de
même, les établissements scolaires auront à mettre
en place tous les dispositifs adaptés à la prise en
charge et au suivi et au positionnement des jeunes qui, pour des
raisons de difficultés particulières, ne peuvent obtenir
le niveau V.
UNE
SCOLARITÉ ORGANISÉE POUR GARANTIR LE SAVOIR POUR TOUS
La formation et
l’éducation doivent être des objectifs
partagés et concertés à tous les niveaux :
- le droit
à l’éducation, ces missions et ces objectifs
répondent aux impératifs politiques, sociaux, culturels
et économiques des sociétés contemporaines de plus
en plus complexes, technicisées et planétarisées ;
- l’éducation
et la formation doivent, pour être efficaces et
cohérentes, être partagées et concertées
entre tous les acteurs et toutes les institutions concernés,
notamment aux plans régionaux et locaux, dans le respect des
prérogatives de chacun, en particulier de l’École,
et des orientations fixées nationalement ;
- l’éducation
et la formation doivent être pensées, impulsées et
coordonnées en articulant les politiques publiques nationales de
l’École, de la Culture, de la Jeunesse, de la
Santé, du Sport, de l’Information, de la Communication, du
Travail, de l'Emploi, de la Formation Professionnelle, de
l'Agriculture…
Le rôle
essentiel de l’École est celui de l’acquisition et
de l’intégration du savoir et de la culture commune par
tous et non de sa seule présentation ou transmission.
Cela nécessite de développer le plaisir et de susciter de
désir
d’apprendre, ce qui pose la question des méthodes :
celles-ci ne sont jamais innocentes et elles induisent les
comportements futurs devant tout nouvel apprentissage, devant toute
nouveauté. C’est pourquoi, outre le travail
d’équipe qui sera encouragé, les méthodes
actives et coopératives seront privilégiées et
soutenues, ce qui n’exclut aucunement les séances dites
magistrales, mais privilégie le travail d’entraide, de
recherche, d’échanges. Face à l’explosion des
savoirs comme au foisonnement et à la dispersion des
informations, l’acquisition de méthodes et
l’apprentissage de la recherche s’imposent plutôt
qu’une accumulation de connaissances sans liens entre elles et
vite obsolètes. Le rôle de l’École devient
irremplaçable pour organiser et structurer les informations
multiples, les connaissances glanées.
La scolarité
obligatoire est repensée et redéfinie dans ses contenus
et ses formes pour assurer l’ensemble des missions
éducatives :
- les
programmes normatifs, détaillés et
encyclopédiques, sont remplacés par des
référentiels nationaux de compétences inter et
pluridisciplinaires,
- les
relations de partenariat entre tous les acteurs en charge de
l’éducation (personnels, animateurs associatifs,
collectivités, professionnels des institutions
socioéducatives, familles…) sont renouvelées et
fondées sur la coopération et/ou les démarches
contractuelles,
- l’histoire,
les pratiques et l’enracinement des mouvements laïques
d’éducation populaire font de ces derniers des acteurs
privilégiés d’une approche éducative globale.
La formation
initiale pensée dans le cadre de
l’éducation permanente tout au long de la vie et donc
tient compte ne se concevoit plus en vase clos et donc
tient compte :
- de
l’environnement technologique et de la multiplicité des
sources d’information (plurimédiatiques), pour que chacun
puisse acquérir regard critique et distanciation
- des
espaces numériques de travail à
généraliser, tant pour les enseignants formateurs que
pour les élèves et les familles, pour en permettre la
compréhension du rôle et la maîtrise de l’usage
- de toutes
les ressources éducatives, culturelles, sociales,
économiques, humaines et naturelles présentes dans
l’environnement et les lieux de vie.
La scolarité
commune exige :
*
Un noyau commun de connaissances et de culture pour tous défini
par :
- des compétences transversales
indispensables, appuyées sur les connaissances
spécialisées mises en résonance et interrelations,
- une
organisation autour d’une démarche fondée sur les
dimensions étroitement liées du savoir et des
compétences - être/faire/penser.
Ce socle de base, la culture
commune de référence distingue trois parties obligatoires :
- les savoirs et compétences fondamentaux
(le noyau dur, les fondamentaux exigibles, définis en termes de
référentiels de contenus),
- les savoirs et compétences optionnels
(approfondissements au choix de l’élève, dans tel
ou tel domaine, en fonction de ses aspirations et
intérêts),
- les savoirs et compétences
appliqués et intégrés (thèmes
fédérateurs, pratiques ou pluridisciplinaires,
productions et réalisations, culture technique,
itinéraires de découverte – IDD –, travaux
personnels encadrés – TPE –, projets
pluridisciplinaires à caractère professionnel –
PPCP –).
Ce socle constitue l’ossature de la scolarité obligatoire
dans la continuité des cycles. Il est progressivement, dans le
cursus de l’élève, complété et
enrichi par des options, des approfondissements, des
spécialisations, au collège puis au lycée.
*
Des contenus proposés en :
- quatre
grands ensembles de connaissances ou domaines pluridisciplinaires
mettant en cohérence les différentes catégories du
savoir et intégrant les méthodologies et contenus "noyaux
disciplinaires"
- humanités
classiques
- humanités
modernes
- humanités
technologiques
- humanités
créatrices
- ces
ensembles incorporent et relient les aspects spécifiques des
champs disciplinaires
- maîtrise
des langues, des langages et de la communication : français,
langues anciennes, langues vivantes étrangères et/ou
régionales, EPS, arts, technologie de l'information…
- compréhension
de la société : philosophie, histoire des idées,
histoire, géographie, éducation civique, droit,
économie, santé, sexualité…
- ouverture
et maîtrise des sciences : mathématiques, physique,
chimie, mécanique, électricité, sciences
naturelles et du vivant...
*
Des acquis régulièrement appréciés par des
évaluations formatives avec la participation des
élèves dans des conditions qui assurent une réelle
équité de traitement.
*
Des modalités de validation des connaissances et
compétences et d’obtention des diplômes
associant contrôle continu, contrôle terminal,
unités capitalisables… À ce titre, il convient,
notamment, de prendre appui sur les pratiques mises en œuvre dans
ce domaine par les établissements d’enseignement agricole
et les lycées professionnels.
* Les membres de la communauté
éducative éclairent et accompagnent les choix
d'orientation des élèves en relation étroite avec
les Centres d'Information et d'Orientation (CIO).
* Un service public
accueillant et ouvert à tous :
- l’offre
d’une scolarité nouvelle pour tous n’a de sens
qu’organisée et appuyée sur un service public
assurant la gratuité et l’accessibilité à
tous les enfants et adolescents qui vivent sur le territoire national,
sans aucune distinction ni discrimination dans leur diversité
intellectuelle et physique, dans leur origine sociale, culturelle,
géographique,
- la
scolarité allant, de fait, au-delà de 16 ans pour une
grande majorité de jeunes, la Nation doit développer
l’égalité des moyens et des possibilités
pour la mission d’éducation et de formation initiales.
Dans le souci d’assurer à chacun la qualification qui lui
est nécessaire et la reconnaissance de la diversité des
parcours, l’École s’appuiera sur l’ouverture
d’un droit
d’éducation et de formation initiales pour tous, de 2
à 18 ans, la scolarité
obligatoire allant jusqu’à 16 ans, avec un
objectif commun par des voies, des structures et des dispositifs
diversifiés : c’est la définition que nous donnons
aujourd’hui de la scolarité obligatoire, obligation faite
à la Nation d’assurer l’éducation et la
formation initiales de tous les jeunes du pays; à cet effet, un
appui financier, souple et de niveau convenable (allocations, bourses,
crédits) permettrait aux jeunes de poursuivre leurs
études dans des conditions satisfaisantes au-delà de la
scolarité obligatoire.
- le budget
de la Nation doit marquer ces engagements par une préoccupation
constante de faire de l’éducation une réelle
priorité des investissements et de la lutte contre les
inégalités, par le contrôle de
péréquations, l’équité dans la
répartition des moyens humains et matériels, en relation
avec les obligations des collectivités. Le contrôle de
l’utilisation des moyens d’investissement et de
fonctionnement sera effectué annuellement en relation avec les
projets et les programmes d’action.
*
Un développement d’une politique de la petite enfance
permettant l'accueil des plus jeuens dans le service public :
- Les
collectivités veilleront à la mise en œuvre de
formes variées d’accueil : crèches,
haltes-garderies, aides maternelles, maisons de la petite
enfance… ; l’École maternelle doit être
renforcée et articulée avec ces dispositifs, permettant
en particulier la prise en charge adaptée des deux ans, au mieux
de l’intérêt des enfants.
L’éducation
est une mission partagée entre des acteurs, des professionnels,
et qui se vit en des lieux et à des moments différents :
- les
diverses fonctions éducatives, comme les métiers qui les
accompagnent, doivent être aujourd’hui
réidentifiées et repensées, en particulier en ce
qui concerne les apprentissages ;
- cette
redéfinition des fonctions et de leurs interrelations conduit
à recomposer les formes et contenus de l'exercice des
métiers de l'éducation ;
- la
transmission, le croisement, l’échange des savoirs
nécessitent un décloisonnement des structures et des
pratiques de l’École ;
- en
conservant ses finalités et ses spécificités
propres d’enseignement, l’École est ouverte et
intégrée dans son environnement, en relation avec les
activités locales.
Le temps scolaire
tient compte à la fois des rythmes d’apprentissage, des
rythmes de vie, des rythmes sociaux et des activités
d’enseignement par
*
une scolarité organisée en cycles cohérents :
- un cycle
1 (2/5 ans), où le partenariat entre Maternelles, PMI,
crèches et garderies est indispensable pour
l’échange des pratiques et l’adaptation aux enfants,
notamment pour les 2-3 ans,
- un cycle
2 (5/8 ans) et un cycle 3 (8/11ans) consacrés aux apprentissages
fondamentaux et élargis du socle commun,
- un cycle
4 (11/14 ans) consacré à la consolidation et à la
diversification du socle et à l’éducation aux
choix, complété par une année d’orientation
(14/15 ans) débouchant sur une formation choisie,
- un cycle
5 (15/18 ans) terminal différencié, où le
partenariat entre établissements comme avec
l’environnement économique, social, culturel et
professionnel est indispensable.
Cette organisation permet, par sa souplesse, la mise en oeuvre d'une
réelle personnalisation des apprentissages et la mise en place
de groupes de besoin en fonction des savoirs à renforcer ou
construire et des compétences acquises, visées et
à acquérir.
*
un temps scolaire modulable et compatible avec le rythme des enfants et
adolescents ; c’est le temps « adapté » pour
permettre, au sein des établissements et des écoles :
- aux
enseignants, la mise en œuvre d’une pédagogie
coopérative pluri et transdisciplinaire, un échange
régulier des pratiques et d’assurer l’ensemble de
leurs tâches qui ne se limitent pas aux heures de cours,
- aux
élèves de conduire des projets autonomes dans un cadre
collectif et/ou associatif au sein de l’établissement et
de l’école, les préparant ainsi à être
des citoyens responsables,
- aux
enseignants, aux élèves, aux partenaires, dans le cadre
de l’interdisciplinarité, de mettre en place des projets
communs.
L’espace dans lequel se
déroule le temps scolaire est réaménagé
pour que l’architecture facilite :
- la
régulation de la vie dans l’établissement, la
rencontre de l’ensemble des élèves avec
l’ensemble des personnels de l’établissement et la
coopération des divers professionnels,
- le
travail dans un cadre associatif, coopératif ou
individualisé des élèves en dehors du seul moment
« classe », et l’apprentissage de la
responsabilité,
- les
relations enseignants-parents dans le cadre de la co-éducation.
L’espace scolaire doit être conçu
ou aménagé selon une approche ergonomique et
esthétique, pour devenir un lieu de travail ET de vie, un espace
de tranquilli-té et de réflexion, afin de :
- permettre
les circulations, les regroupements, les diverses activités, les
échanges, offrir des espaces modulables, des bureaux, des salles
de réunion, faciliter le travail personnel des enseignants comme
des élèves,
- comporter
certains équipements, certaines salles
(médiathèques, bibliothèques-centres documentaires
– BCD – ou Centres de documentation et d’information
– CDI –, informatique, multimédia, ateliers de
pratique, auditoriums, galeries, gymnases, salles de
restauration…) agencés de manière à
être également accessibles de l’extérieur
(quartier, professionnels, associations…), dans le cadr de
conventions strictes,
- anticiper
les évolutions et être articulé, sans se
mélanger, aux espaces sociaux et de vie des enfants et
adolescents comme, par exemple, avec les centres de loisirs
associés à l’école.
Les
établissements s’inscriront ainsi dans une politique de
développement durable et intégreront dans leur
construction et leur fonctionnement des obligations environnementales.
Des lieux et espaces
d’éducation en cohérence pour permettre la mise en
œuvre de véritables projets éducatifs territoriaux :
- le projet
éducatif territorial, qui intègre les projets
d’écoles et d’établissements scolaires,
d’autant plus indispensable dans le cadre de
l’éducation prioritaire, concerne l’ensemble du
domaine éducatif sur un territoire donné (enseignement,
santé, jeunesse, culture, sports…) ; l’ensemble des
acteurs, individuels ou collectifs (enseignants, élus,
professionnels, usagers, habitants, institutions, associations, jeunes,
parents…), doit participer à son élaboration
(valeurs, diagnostic, objectifs) et se mettre d’accord sur sa
conduite (pilotage, évaluation, régulation) ;
- il vise
à :
- fixer les
priorités éducatives données pour les enfants et
les jeunes dans la perspective d'atteindre des objectifs nationaux,
- mettre en
cohérence les lieux, les moments et les acteurs,
- mettre en
harmonie et relation les différents projets, dont les projets
d’établissements, ainsi que les différentes
activités éducatives,
- assurer
les coordinations, coopérations et
complémentarités en renforçant, développant
et organisant les partenariats nécessaires ;
- il est
mis en œuvre, par contractualisations, sous la
responsabilité partagée de la collectivité
territoriale et de l’État ;
- la
coopération de l’École avec ses partenaires
institutionnels et associatifs, dans le cadre d’une politique
éducative globale, vise à faire reconnaître les
missions spécifiques de l’enseignement, définir les
objectifs communs et à imposer une cohérence face aux
pressions diverses – groupes de pression, mercantilisme,
subventions – que l’environnement peut exercer
vis-à-vis des jeunes comme de l’École
elle-même.
APPROFONDIR
LA
DÉMOCRATIE PAR L’ORGANISATION FONCTIONNELLE DE
L’INSTITUTION
Une gestion en
cohérence avec les missions de
l’École et organisée démocratiquement
L’ensemble de l’institution doit fonder sa dynamique sur
des politiques de projet
(diagnostic partagé, contractualisation, réforme des
procédures et simplification des organes de
délibération, de concertation,
d’évaluation), l’affirmation des instances de
régulation et de contrôle, le développement de
l’autonomie.
Cette dynamique suppose :
- une
éthique laïque et démocratique, une
déontologie professionnelles
réaffirmées et partagées par l’ensemble des
personnels ;
- une
impulsion et une relance, à tous les niveaux, de la dynamique
des projets en structurant et diversifiant les méthodes
et en
clarifiant les objectifs, moyens et finalités, notamment
concernant les politiques d’éducation prioritaire (ZEP,
REP) s’appliquant à des territoires identifiés ;
- un
pilotage rénové du système, partagé
ou
concerté, par ses acteurs, à tous les niveaux, ne se
réduisant pas à
l’application de la norme et au contrôle de
conformité. Ce pilotage repose sur un encadrement administratif
et pédagogique, formé en commun à une culture de
la participation, qui articule décentralisation et
déconcentration ;
- un
développement de la coopération, de la négociation
et de la contractualisation, notamment au sein de bassins
d’éducation ou de formation, devenant espaces et
instances
de coordination de l’offre éducative, dans le cadre
d’un pilotage partagé avec les niveaux académiques
de l’institution et de coopération avec les
collectivités ;
- une carte
scolaire et une carte des formations réaménagées
par bassin, afin d’assurer la diversité sociale des
établissements en relation avec la mixité des quartiers
ou zones géographiques et une offre de formation adaptée
et complémentaire. Celles-ci sont établies et
révisées, par concertation entre autorités
académiques et collectivités (loi du 13 août 2004),
après négociations avec les éta-blissements et
consultation des instances paritaires académiques, tous les
trois ans ;
- une
réflexion sur les inégalités territoriales et les
façons de rééquilibrer les ressources en
redéfinissant les rôles, compétences et obligations
respectives des collectivités et de l’État.
Des
établissements dotés d’une autonomie
véritable
Tout
établissement du premier et du second degré doit
être doté de la personnalité morale et de
l’autonomie financière par un statut public.
- Pour les
écoles du Premier degré (maternelles et
élémentaires), ce statut prendra en compte
prioritairement des critères démographiques et
géographiques dans le respect d’un cadre national de
référence.
- Dans ce
cadre, seront explorées des possibilités diverses, dont
la mise en place des établissements
à taille humaine regroupant école primaire et
collège.
- Pour les
établissements publics locaux d’enseignement (EPLE), leurs
missions et objectifs d’éducation et de formation sont
redéfinis et leur autonomie pédagogique, administrative
et financière est effective.
- Le
Conseil d’administration (CA) sera élu pour deux ou trois
ans afin d’assurer la continuité et le suivi de la
politique de l’établissement et de la mise en œuvre
de son projet ; sa composition sera revue et ses compétences
élargies.
- Des
modalités de direction, d'animation et de gestion, comme la
distinction des rôles respectifs de la présidence et du
représentant de l’État pourront être
envisagés.
- Le chef
d’établissement pourrait représenter
l’État et
assumer les fonctions d’exécutif du CA, selon le
modèle des établissements agricoles ou des IUT où
la présidence est assurée par une personnalité
membre du CA.
L’autonomie
des établissements permet et facilite l'action pour lutter
contre les inégalités.
Le projet
d’établissement, pierre angulaire de la réalisation
des missions de l’École :
- Il a pour
ambition d’assurer la réussite scolaire et
personnelle de tous et de mieux insérer
l’établissement
dans son environnement par les complémentarités, les
relations et les interactions avec les autres secteurs de la vie
sociale, culturelle et économique.
- Il
constitue le cadre de la politique de l’établissement,
décline les ambitions, les objectifs poursuivis, les axes
d’action compte tenu de son environnement géographique,
social et culturel.
- Il
prévoit et organise sa propre évaluation.
- Il est
élaboré par l’ensemble de la communauté
éducative composée des personnels, des
élèves, des parents, des associations, des élus,
selon des
modalités décidées par le CA et validé par
celui-ci.
- Il sert
de référence pour la contractualisation, pour trois ou
cinq ans, des objectifs et
des programmes d’action.
- Il a pour
effet de donner sens et cohérence aux projets
pédagogiques, éducatifs et culturels.
- Il
fournit la base des négociations ou du dialogue :
- internes
à l’Éducation nationale pour l’attribution
des différents moyens (humains et matériels) sur des
contrats d’objectifs,
- avec les
collectivités et partenaires sur des objectifs définis en
commun dans le cadre, entre autres, des Contrats éducatifs
locaux (CEL),
- avec
d’autres établissements du bassin pour comprendre, dans un
souci d’ouverture et de travail en commun, des actions
pédagogiques et éducatives mutualisées.
Une École de
la démocratie et de l’équité
nécessite :
- d’encourager
l’innovation pédagogique, d’impulser à tous
les niveaux des pratiques coopératives et associatives, en
reconnaissant notamment aux personnels le droit à
l’innovation et à l’expérimentation, selon
des cahiers de charges établis en concertation, et de
développer les travaux de recherche-action,
- de
renforcer, élargir et identifier les droits des
élèves en distinguant les domaines sur lesquels ils sont
consultés (aménagement des horaires des
élèves délégués pour leur permettre
d’exercer leur mandat, organisation pédagogique, vie de
l’établissement) de ceux qui leur permettent
d’exercer des responsabilités et de décider
démocratiquement (associations d’écoles, foyers
socio-éducatifs, maisons des lycéens, heures de vie de
classe, projets…),
- de donner
tout son sens à la co-éducation en faisant des parents
collectivement de véritables partenaires de
l’École, non pas seulement admis ou tolérés,
mais co-participants de la vie éducative et en améliorant
les relations avec les familles, dans le cadre d’une charte,
partie intégrante du projet,
- de donner
plus, mieux et autrement de manière inégalitaire face aux
difficultés de ceux qui ont moins et moins bien, combattre les
inégalités afin d’assurer une véritable
équité des parcours et des possibilités de
réalisation personnelle,
- d’élargir
les modalités d’accès à l’enseignement
supérieur par une réflexion sur sa place dans la
formation tout au long de la vie, ses objectifs, ses méthodes,
ses certifications, le contenu de la formation en lien avec les
modalités de recrutement de la pluralité des
élites, son organisation.
Une École en
voie de transformation exige que la formation des enseignants et
éducateurs soit unifiée, repensée,
rénovée et diversifiée par :
Une formation
initiale comportant trois composantes :
- une
composante commune à tous les personnels en charge de
l’éducation, de l’animation et du social
(éducateurs, enseignants,
collectivités, santé,
justice…), pour se connaître et posséder une
culture commune sur les questions d’éducation, ainsi que
sur le fonctionnement juridique de leurs institutions respectives,
- une
composante commune à tous les métiers de
l’enseignement (PE, PLC, PLP, CPE, encadrement,
personnels
techniques…) pour aborder ensemble les caractéristiques
du système scolaire et des fonctions de chacun,
- une
composante spécifique selon les « niveaux »,
les
lieux, les disciplines et les types de fonctions qui seront
exercés ; pour les
personnels de l’Éducation
nationale, conçue sur 4 ou 5 ans, et organisée en
alternance centres de formation/pratiques en responsabilité
accompagnée, incluant la connaissance, voire l'expérience
des systèmes de formation des pays de l'Union européenne
et la connaissance d'une pluralité de théories de
l'apprentissage (recherche et mouvements pédagogiques);
Une formation
continue alternant les mêmes phases que la
formation initiale à partir d’une offre fondée sur
l’expression des besoins, du choix individuel face à cette
offre et sur l’obligation d’y participer.
Cette formation doit permettre aux éducateurs
- d’acquérir
et de renforcer une réelle connaissance des publics auxquels ils
vont s’adresser ou s’adressent lors de leur vie
professionnelle et une capacité à construire des
dynamiques partenariales et de projet ;
- de
concevoir divers projets professionnels au sein de la fonction publique
d'Etat et/ou dans d'autres secteurs (changement de fonctions,
année sabbatique…).
>
La Ligue engage le débat pour refonder et transformer
l'école
La Ligue de l’enseignement, dans toutes
ses composantes et dans l’héritage de la pétition
de 1866 et de sa création par Jean Macé,
préalables aux grandes lois sur l’École publique,
s’engage à impulser, soutenir et mettre en œuvre
cette éducation partagée et cette « École de
tous » dont chacun a besoin.
Elle le fera en
recherchant dialogue, mutualisation, convergence avec tous les acteurs
de l'Ecole : organisations syndicales, associations de parents
d'élèves, mouvements pédagogiques, associations
d'éducation populaire, mouvements de jeunes et de
lycéens, associations d'élus et personnels des
collectivités territoriales...
Elle le fera par
l'action, en renforçant et développant ses projets
pour l'Ecole.
Elle le fera en appelant toutes celles et ceux, individus et
organisations, qui partagent cette volonté de refonder et
transformer l'Ecole, à unir
leurs volontés pour une Ecole plus juste.
C’est ainsi, et seulement ainsi, que l’École
retrouvera et redonnera confiance :
- confiance
de la société, des familles et des élèves
dans son engagement et ses capacités à assurer la
maîtrise des compétences, des apprentissages et
l’épanouissement des jeunes par le dialogue, le respect
et l’ouverture,
- confiance
dans les possibilités et potentialités des jeunes par la
valorisation de leurs intelligences, initiatives et capacités,
- confiance
en elle-même, dans ses propres capacités
d’évolution et d’adaptation fondées sur
l’initiative, l’inventivité et la
créativité des personnels, la coopération au sein
de la communauté éducative et avec les partenaires sur
des objectifs partagés, affichés et transparents pour
être évalués.

|
|
|
|