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7 Janvier 2006
> PETITION : "ECOLE : Non au
renoncement !" Une
pétition dont la Ligue de l'ensegnement est signataire, et que
chacun est invité à signer individuellement en ligne...
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> Le
texte de la pétition
La « crise des banlieues »
qu’a connue notre pays durant le mois de novembre a
été l’occasion, ou le prétexte, pour le
gouvernement d’annoncer la fin de la scolarisation obligatoire
jusqu’à 16 ans, avec la possibilité d’aller
en apprentissage sous contrat de travail dès 14 ou 15 ans, ainsi
qu’une nouvelle réforme des zones d’éducation
prioritaires (ZEP) qui renie toute ambition de transformation
progressiste véritable de notre système éducatif.
Certes, il est plus que jamais nécessaire de débattre des
difficultés, des modalités et des conditions de la
démocratisation de notre système éducatif et de
l’accès aux savoirs, ainsi que d’opérer un
bilan critique des politiques menées depuis trente ans. Mais ce
qui nous est proposé aujourd’hui n’a rien à
voir avec cela et relève au contraire du renoncement historique
à cette ambition.
Une part de l’opinion publique et du monde enseignant est sans
doute favorable à la possibilité pour des adolescents, en
difficulté au collège, de quitter celui-ci dès 14
ans pour aller en apprentissage. Mais s’est-on demandé
quels jeunes seront concernés en priorité par une telle
mesure ? Les fils de ministres, d’avocats, de médecins ou
d’enseignants montreront-ils la voie en ce domaine ? Une telle
mesure est bien plutôt un moyen de délester le service
public d’éducation des questions que lui posent la
difficulté et la relégation scolaires et sociales, tout
en brandissant l’argument du réalisme et de la prise en
considération de la situation difficile qui est effectivement
celle de trop nombreux jeunes d’origine populaire
aujourd’hui au collège.
Mais ce réalisme est un réalisme illusoire, et il y a
pour le moins une énorme hypocrisie à présenter
l’apprentissage précoce comme solution pour les jeunes des
quartiers les plus paupérisés et les plus
stigmatisés : comment peut-on croire ou laisser croire que ces
jeunes, qui sont déjà les premières victimes de la
discrimination à l’embauche ou pour trouver un stage
lorsqu’ils sont élèves de l’enseignement
professionnel, ne le seraient plus dès lors qu’ils
auraient deux ans de moins ? C’est, en réalité, un
réalisme du renoncement, au nom de l’adaptation à
une situation urbaine, sociale, économique, culturelle et
scolaire engendrée par une politique libérale qui
organise la concurrence systématique entre les individus,
accroît les écarts et « externalise » les
exclus.
Chacun sait que l’apprentissage à 14 ans, ce sera
l’orientation encore plus précoce vers des classes
où l’on parquera, en attendant, ceux qui sont les
premières victimes du fonctionnement élitiste et
socialement inégalitaire de notre système
éducatif, ceux qu’il faudrait, non pas chercher à
séduire par des promesses illusoires, mais au contraire
réconcilier avec l’étude, le travail et la culture
scolaires. Chacun sait que cette mesure est aux antipodes d’une
véritable formation, générale et professionnelle,
et qu’elle témoigne d’un mépris
détestable pour les métiers dits « manuels »
qu’elle réduit à de simples tâches
d’exécution, ne nécessitant qu’une formation
scolaire au rabais.
Chacun sait que le vrai courage politique ne consiste pas à
« traiter » les problèmes par l’exclusion,
mais à s’attaquer, le plus tôt possible, et donc
dès les premières classes, à la genèse de
l’échec et de la ségrégation scolaires. Non,
l’issue n’est pas dans la politique du renoncement mais
dans une politique qui rompe avec la gestion sociale de
l’inégalité et de la ségrégation
sociales et scolaires, qu’est devenue, au fil du temps, la
politique « en faveur des plus démunis ». Non il
n’est plus possible d’accepter que, dans ce domaine comme
dans tant d’autres la protection sociale et l’emploi en
particulier , les hommes politiques qui nous gouvernent
s’évertuent à transformer les victimes en
coupables, à envoyer en permanence aux vaincus du
libéralisme des signaux leur disant : « C’est de
votre faute ! Vous n’aviez qu’à être du
côté des vainqueurs ! » Cette pensée qui
bafoue l’idéal d’une république sociale est
à l’inverse de ce qui permettrait à notre peuple de
redresser la tête et de prendre sa place dans un monde solidaire.
Faut-il rappeler, une nouvelle fois, qu’« une chaîne
ne vaut que ce que vaut son maillon le plus faible » ?
Les mesures annoncées par le gouvernement concernant les ZEP
participent ainsi, elles aussi, d’une détestable politique
du renoncement. C’est tout d’abord l’annonce selon
laquelle cette nouvelle « relance » des ZEP devra se faire
à moyens constants, alors que tous les analystes de cette
politique insistent sur la faiblesse des moyens qui lui ont
été accordés. Annonce renforcée, quelques
jours plus tard, au beau milieu des vacances scolaires, par celle
d’une diminution de plus de 30 % des postes mis au concours en
2006. C’est ensuite la concentration quasi exclusive des mesures
annoncées sur les collèges qui, d’une part,
pourrait laisser croire qu’il n’y aurait pas de
problème en amont, à l’école maternelle et
élémentaire et, d’autre part, qu’il
n’est pas nécessaire de s’attaquer aux processus de
ségrégation sociale, urbaine et scolaire qui produisent
la paupérisation et la précarisation croissantes
d’une part de plus en plus grande de la population habitant ou
fréquentant les quartiers et les établissements scolaires
« de banlieue ». C’est encore la possibilité
donnée aux meilleurs élèves de ZEP de
s’inscrire dans l’établissement de leur choix qui
affiche, en creux, le peu d’ambition que l’on a pour les
établissements qui concentrent déjà
aujourd’hui, et concentreront encore plus demain, les
élèves les plus « défavorisés »
et, en particulier, évidemment, les lycées de banlieue
qui vont se trouver de plus en plus ghettoïsés, bloquant
plus que jamais l’ascenseur social qu’on prétend
faire redémarrer.
C’est enfin l’accent exclusif mis sur
l’individualisation des mesures et sur la volonté,
affirmée aussi bien par Gilles de Robien que par Nicolas
Sarkozy, de ne plus donner la priorité aux « zones »
mais aux élèves. A ce moment encore, derrière une
question qui mérite débat (faut-il privilégier une
approche en termes de territoires, ou en termes de rapports entre le
système éducatif et certaines catégories de
population ?), se dissimule bien mal une volonté de renoncement
à la transformation nécessaire de l’Ecole et de
lutte contre toutes les formes de « fracture sociale ». On
voudrait nous laisser croire, en privilégiant une logique de
traitement individuel, qu’il suffirait de mieux « adapter
» les enfants de milieux populaires (à grands renforts de
soutien, de rattrapage, de parrainage, voire de culpabilisation ou de
pénalisation de leurs parents) à un système
éducatif dont le fonctionnement élitiste pourrait
demeurer inchangé. Mais les enfants des « banlieues
», ceux des milieux populaires posent au contraire, à
notre société comme à notre Ecole, le
problème de leur nécessaire transformation ; ils nous
obligent à mieux penser et à mettre en oeuvre les
conditions, sociales, économiques et scolaires de la
démocratisation de l’accès au savoir et à
l’exercice de la pensée critique. Perspective à
laquelle tourne obstinément le dos ce gouvernement autiste,
enfermé dans une logique du renoncement qui lui fait brader
toute ambition pour l’Ecole et qui le conduit à promettre
une scolarité au rabais à ceux qui auraient au contraire
besoin, non seulement de plus mais de mieux d’Ecole.
Quand cette politique s’accompagne d’une multitude
d’autres renoncements plus ponctuels mais tout aussi
significatifs : abandon, en terminale, des travaux personnels
encadrés qui permettaient la formation au travail de groupe et
à la recherche documentaire exigeants, imposition aux
professeurs d’école de la méthode syllabique au
détriment d’un apprentissage progressif et critique de la
lecture tout au long de la scolarité, présence dans les
établissements de forces de police pour faire régner
l’ordre alors qu’on refuse à ces mêmes
établissements les moyens en conseillers principaux
d’éducation et en cadres éducatifs, enseignement
des « bienfaits » de la colonisation, réduction de
l’éducation civique à l’apprentissage de la
Marseillaise, etc., alors il n’est plus temps de
s’inquiéter, il est urgent de chercher, par tous les
moyens, à résister.

> Les
premiers signataires
Chantal Amade-Escot, Université Paul Sabatier Toulouse ;
Jean-Pierre Astolfi, Université de Rouen ; Anne Barrère,
Université Lille III ; Élisabeth Bautier,
Université Paris VIII ; Stéphane Bonnéry,
Université Paris VIII ; Marc Bru, Université
Toulouse-le-Mirail ; Yves Chevallard, IUFM d’Aix-Marseille ;
François Dubet, Université Bordeaux II ; Marie
Duru-Bellat, Université de Bourgogne ; Sylvia Faure,
Université Lyon II ; Jacques Fijalkow, Université
Toulouse-le-Mirail ; Dominique Glasman, Université de Savoie ;
Roland Goigoux, IUFM d’Auvergne ; Jean Houssaye,
Université de Rouen ; Samuel Johsua, Université de
Provence ; Bernard Lahire, ENS Lyon ; Alain Legardez, IUFM
d’Aix-Marseille ; Claude Lelièvre, Université Paris
V ; Gérard Mauger, CSU-CNRS ; Philippe Meirieu,
Université Lyon II ; Mathias Millet, IUFM de Poitiers ; Jacques
Pain, Université Paris X ; Patrick Rayou, IUFM de Créteil
; Jean-Yves Rochex, Université Paris VIII ; Françoise
Ropé, Université d’Amiens ; Gérard Sensevy,
IUFM de Bretagne ; Daniel Thin, Université Lyon II

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