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  DOSSIER "ENVIRONNEMENT"


Forum Eau - Gap - 30/11/2005
 

Conseil Général des Hautes-Alpes / Gap - 30 novembre 2005
"Forum départemental de l'Eau"

> "Les canaux d’irrigation : enjeux de territoire et de société" - Intervention de Brigitte Lebioda


Le Conseil Général des Hautes-Alpes a organisé le 30 novembre 2005 à Gap un "Forum départemental de l'eau". La Ligue de l'enseignement des Hautes-Alpes / ADELHA était présente lors de cette manifestation. Brigitte Lebioda, chargée de mission "Education à l'environnement et au développement durable" est intervenue dans le cadre d'une table-ronde sur les canaux.

> "Les canaux d’irrigation : enjeux de territoire et de société"

Les canaux constituent un patrimoine à sauvegarder, voire à restaurer, pour aider à la compréhension de l’environnement actuel.

Leur intérêt patrimonial ne réside pas que dans l’acceptation restreinte des ouvrages hydrauliques : les éléments d’ordre immatériel (normes, valeurs…) sont tout aussi importants que les éléments matériels (les structures par elles-mêmes).

Canal de Malcros

- 1 -  Canal de Malcros

Leur existence et leur gestion sont l’expression de rapports sociaux et culturels (entre autorité / représentants / utilisateurs, et entre utilisateurs eux-mêmes), qui ont défini certains privilèges d’utilisation résultant d’accords reposant sur des règles plus ou moins explicites. Ils sont une illustration des relations de pouvoir dans la gestion de la ressource, de la confrontation entre la ressource (forcément limitée) et les usages qui en sont fait (ce qui va être notamment le sujet des interventions de cette table ronde).


> De l’origine des canaux et de leurs usages

Dans nos territoires ruraux et montagnards des Hautes-Alpes, l'homme n'aurait pu s'installer et vivre durablement s'il n'avait appris à gérer les ressources en eau.

Les premiers documents connus, confirmant l'existence des canaux d'irrigation sur le département datent du Moyen-Age. Sans doute les premières constructions étaient-elles encore plus anciennes.

Alors qu’auparavant l’homme recherchait la proximité des points d’eau, la dérivation et la maîtrise de l’eau lui ont permis de s’en éloigner et d’élargir son périmètre d’actions.

Canal Meale

- 2 - Canal du Meale à Crévoux

Une gestion de la ressource qui a amené à une gestion des espaces : un « aménagement du territoire » et une prise en compte de la notion de « développement durable » avant la lettre…

Dans le sud-est de la France, les travaux liés à la construction des canaux d'irrigation sont historiquement et majoritairement le fait d'organisations collectives : les investissements et infrastructures sont trop lourds à gérer par des individus.

Galeries, tunnels, ponts, siphons ..., nécessaires à l'acheminement de l'eau sur de longues distances, obligent à une vision plus globale du territoire, à un partage négocié de l'élément convoité.

Une telle mutualisation des moyens engendre une appropriation sociale de l'objet eau, liée par ailleurs à une approche spatiale et temporelle des besoins.

Si l’un des premiers rôles historiques des canaux est bien l’irrigation, ils sont également directement liés à la régulation des débits des cours d’eau : sécurisation des zones à risques, stockage temporaire des masses d’eau.
Rapidement, l’homme a utilisé la force motrice de l’eau pour alimenter des moulins (production de farine, fonctionnement de scierie, de batteuse…) ou, plus tard, produire de l’électricité. L’alimentation des populations en eau potable constitue un des autres rôles essentiels des canaux.

L’eau est alors considérée comme une « ressource », utilisée à des fins de production ou des besoins physiques.

Canal des Herbeys

- 3 - Canal des Herbeys

Les années 1980 voient s’ajouter des considérations environnementales et de qualité du cadre de vie, renforcées par la loi sur l’eau de 1992.

L’eau devient un élément structurant du milieu de vie ; les canaux, supports de développement touristique.

Une certaine distance sociale s’établit à l’égard des canaux qui ne sont plus considérés comme « outils de travail » par une large partie de la population.
D’une approche claire et uni-fonctionnelle, on est passé à une approche complexe et multifonctionnelle, basée sur d’autres critères et d’autres ensembles territoriaux.


> De la nécessité de l’irrigation et de la gestion de la ressource

Du fait des conditions géographiques et climatiques particulières, la région PACA est l’une des plus consommatrices en eau à usage agricole, d’où l’intérêt de gérer au mieux cette ressource face à une demande croissante des consommateurs.

Sur le territoire français, les 2/5 des surfaces irriguées sont gérées par des regroupements de propriétaires, principalement des ASA – Associations Syndicales Autorisées – qui sont des établissements publics à caractère administratif, sous tutelle du Préfet.

Irrigation par micro-jet

- 4 -  Irrigation par micro-jet - Secteur du Poët

Les ASA assurent l’entretien des ouvrages et la distribution de l’eau sur un périmètre défini à leur constitution.

Sur le département haut-alpin, sur 18 000 hectares irrigables, 13 000 le sont réellement, dont 10 000 par les ASA.

Sur les 535 canaux encore fonctionnement en 1935, près des 2/3 ne sont plus en service, du fait de la déprise agricole, des charges d’entretien, ou de la difficulté d’approvisionnement en eau pour certains.

Les canaux d’irrigation hauts-alpins ne sont pas que des éléments patrimoniaux à rattacher à l’histoire ancienne, sans lien avec le présent. Ils constituent un des fondements de l’histoire d’une société (de sociétés) dont le rayonnement géographique peut aller d’un territoire très restreint (une partie d’une commune par exemple) à un territoire départemental ou régional.

Ils sont nés de la nécessité de sécuriser l’accès et l’usage de la ressource hydrique. Pour ce faire, une coopération entre les acteurs et l’institution de règles (écrites ou non) sont indispensables, mais ces dernières doivent être suffisamment souples pour pouvoir être adaptées à la ressource et aux évolutions des besoins et des techniques.

Station de pompage de Monétier

- 5 - Canal de Ventavon - Station de pompage de Monétier Allemont

Ainsi, histoire sociale et histoire des techniques se rejoignent sur le terrain et nous proposent une approche globale de l’évolution de l’organisation de l’usage de la ressource.

Par ailleurs, l’eau est un fluide et son itinérance ne permet pas de la rattacher à un secteur géographique particulier et unique.

De là, l’émergence de la notion d’usage collectif et d’intérêt public. L’absence de garantie quant à la quantité d’eau disponible à un moment donné nécessite de définir les limites entre l’« appropriation » de la ressource et son partage. Le droit d’eau (ou droit à l’eau) et son usage est toujours un privilège qui doit être reconnu par la société, quelque soit la forme qu’il prenne et quelque soit le processus de reconnaissance dont il émane.

La distribution de l’eau résulte de compromis établis selon diverses contraintes : hydrauliques, économiques, agronomiques, sociales, et enfin (les dernières prises en compte) écologiques et environnementales. Toute la difficulté réside dans l’adoption de règles qui tiennent compte d’un contexte à un moment donné mais qui soient aussi adaptables aux évolutions futures. 

La dichotomie passé/avenir ou conservation/innovation ne date pas d’aujourd’hui et quelques recherches dans les archives ou la considération d’opérations très récentes sur certains canaux en activité reposent la nécessité de mettre en avant les notions de solidarité et de coopération plutôt que celles de rivalité et d’affrontement.

> Du maintien à la restauration : quelles actions ?

Toute action de réhabilitation suppose une réflexion de même type, à l’interdisciplinarité des sciences environnementales, économiques et sociales. L’aspect patrimonial – compris au sens « ancien » du terme – de certains ouvrages d’art et la volonté de les valoriser ne doivent pas occulter la réalité des systèmes en fonctionnement et des innovations actuelles qui sont parties intégrantes de ce patrimoine.

Les ASA sont confrontées aux exigences des pouvoirs publics (contrôle des eaux, subventions…), à la spécialisation des exploitations agricoles (effet du marché), aux extensions urbaines ou périurbaines et à la déprise agricole dans certains secteurs. Les aspects patrimoniaux, tout aussi intéressants qu’ils soient (et certaines s’y intéressent), ne sont pas toujours compatibles avec les réalités quotidiennes.

Il est un fait qu’à aller à la rencontre des canaux, on constate que nombre d’entre eux se prêteraient parfaitement à une mise en valeur patrimoniale, parfois sans grands investissements, et certains d’entre eux le sont déjà.

Maquette d'un réseau hydraulique

- 6 - Rencontres Franco-Italiennes : explications autour de la maquette réalisée par le Canal de Ventavon sur le fonctionnement d'un réseau d'irrigation.

Mais, les propositions de remise en eaux de canaux « oubliés » sont-elles compatibles avec une gestion rigoureuse de cette ressource rare en certaines périodes ? Une vocation « touristique » est-elle compatible avec les responsabilités actuelles des ASA ? La valorisation d’anciens canaux en sentier de promenade est-elle compatible avec le statut des terrains traversés ? L’accueil de groupes ou d’individus est-il compatible avec la gestion d’un outil de travail ?
Comment sensibiliser en dehors des sites d’implantation des canaux ? La sauvegarde « physique » des éléments est-elle la seule envisageable ?

Au-delà de ces considérations, quelles options possibles : « aménagements » sur sites, éclatés sur le territoire (circuit touristique, signalétique…) ; structure d’accueil polyvalente (type maison de l’eau et des canaux) ; organisation de visites spécifiques sur le terrain ; mise en place d’exposition et de support d’information ; recensement, base de données cartographique et photographique, collecte de la mémoire ?…

Les processus et les privilèges, dont nous parlions en tout début, s’ils sont en général bien connus au sein d’un groupe d’utilisateurs homogène, le sont rarement de la part d’autres utilisateurs qui, confrontés à des besoins autres, et sans connaissance des impératifs auxquels sont confrontées les ASA et leurs adhérents, ne voient bien souvent dans la gestion de la ressource qu’en font ceux-ci qu’une exclusion des autres utilisateurs, voire un déni de leurs besoins et de leurs attentes.

Comment faire face aux nouveaux enjeux (y compris la loi sur l’eau, la DCE-eau, l’ordonnance de juillet 2004, les tarifs de prélèvements…), si ce n’est par un travail d’éducation et de médiation qui permette de poser clairement les diverses problématiques, d’engager des négociations et d’établir de nouveaux consensus.
Il s’agit d’un travail de longue haleine, mais lui seul peut permettre de s’affranchir d’une gestion purement administrative et excentrée territorialement ou d’une privatisation qui, l’une comme l’autre, provoqueraient une perte des liens sociaux et de l’identification à la ressource. C’est aussi un travail qui ne peut pas être le fait que des seules structures gestionnaires des canaux et doit associer tous les partenaires et acteurs territoriaux, dans l’esprit d’une large participation citoyenne.

Le maintien des canaux et des rôles qui leur sont attribués, l’acceptation des usages multiples de la ressource hydrique, la complexité de sa gestion ne peuvent se faire sans une information auprès d’un large public, allant des utilisateurs réels ou potentiels (actuels et futurs), au grand public, en passant par les élus, les responsables de structures touristiques, les guides de pays…
Les questions posées doivent amener à une réflexion largement ouverte sur le rôle et les effets des pratiques d’irrigation et les « mutations » possibles de la gestion des canaux en relation avec la pratique de l’irrigation (objectif premier), les rôles secondaires (transport d’eaux pluviales, alimentation en eau potable, force motrice) et les vocations environnementale et touristique.

Canal de Gap

- 7 - Les circuits de promenades des "Balcons du Gapençais" empruntent une partie du tracé du Canal de Gap

Dans le cadre de son programme « Eau et territoire » mené avec divers partenaires, ADELHA, fédération de la Ligue de l’Enseignement attaché à l’éducation populaire, s’est attelé depuis quelques années à une réflexion et des actions de ce type.

L’intérêt manifeste du public, mais aussi de gestionnaires de canaux montrent bien que des milieux d’origines totalement différentes peuvent se retrouver sur des objectifs communs.

C’est ainsi que, sur la base de conventions et d’accords préalables, des visites de sites, des interventions autour de la maquette réalisée par le Canal de Ventavon, sont proposées à des groupes ; divers documents pédagogiques sont réalisés ou en cours de réalisation ; des sessions d’information sont programmées pour les mois à venir… par ailleurs, des repérages sur le terrain menés en parallèle avec des recherches dans les archives, devraient nous permettre de mieux appréhender la réalité des canaux (en fonctionnement ou non) et des potentialités offertes.


> EN SAVOIR PLUS

> Les actions d'ADELHA sur les canaux d'irrigation et les usages de l'eau sont menées dans le cadre d'un programme "Eau et Territoire", en partenariat avec : Chambre d'Agriculture des Hautes-Alpes, Canal de Ventavon, Canal de Gap, Direction Départementale de l'Agriculture et de la Forêt des Hautes-Alpes, Ville de Gap, Conseil général des Hautes-Alpes, Société Géologique et Minière du Briançonnais, FDSIGE, ADFPA 05....

> Diverses possibilités d'animations et d'interventions sont proposées, notamment en direction des scolaires et des groupes constitués de jeunes et d'adultes. Nous contacter.



 

 

 

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