"La Ligue
de lenseignement ne prendra pas part au vote car elle considère
que ce projet le loi nest pas la réponse appropriée
pour faire vivre la laïcité dans notre société.
La Ligue de
lenseignement na pas ici à démontrer
son attachement historique et profond à la laïcité
: nul ne peut penser quelle pourrait approuver le laxisme
face à des comportements prosélytes, discriminants,
sexistes, racistes ou intolérants. Depuis son origine,
elle a toujours accompagné les initiatives visant à
conforter les valeurs de notre République. Elle a toujours
agi pour que lEcole favorise lapprentissage de la
citoyenneté dans un esprit laïque pour une véritable
démocratie. Elle considère quil appartient
aux seuls représentants du peuple souverain de définir
le modèle de société. Et pourtant, aujourdhui,
nous napprouvons pas le projet de loi qui nous est soumis.
Après
tous les débats des derniers mois sur la laïcité,
faire adopter, dans lurgence, une loi ne concernant que
lEcole dénature limportance des questions
soulevées. En focalisant exclusivement sur les signes
et tenues qui manifestent ostensiblement une appartenance religieuse,
le projet de loi donne une importance excessive à un seul
aspect des difficultés rencontrées, passe sous
silence des problèmes beaucoup plus graves pour le respect
de la laïcité de notre République et occulte
lessentiel dune réflexion pertinente contenue
dans le rapport de la Commission présidée par Bernard
Stasi comme dans lintervention du Président de la
République.
Pour la Ligue,
il est préférable de réaffirmer larsenal
juridique, dont dispose notre République pour protéger
les citoyens des aliénations de toute nature, au lieu
de conforter lopinion publique dans la conviction que notre
société est sur la défensive, quelle
est faible et na dautre solution que de proposer
une loi nouvelle pour masquer ses carences dans lapplication
des lois existantes. Cet arsenal juridique réaffirmé,
encore faut-il lappliquer partout et pour tout le monde
: il ne saurait y avoir des zones de non droit dans notre République.
Mais, il sera dautant plus facile de lappliquer quil
sera connu, compris et accepté, aussi, si lon veut
faire partager les principes républicains, il faut parallèlement
sattaquer réellement aux injustices sociales et
aux discriminations dont sont victimes une partie de la population.
Sil est nécessaire de ne pas laisser penser que
notre société en général et lEcole
en particulier laissent au juge le soin de définir la
norme, une loi nouvelle nest pas indispensable. ¨Par
contre, il faut une affirmation politique forte pour montrer
à notre jeunesse en quoi notre République est porteuse
le liberté, dégalité et de fraternité
et lui proposer des formes dengagement afin quelle
contribue avec toutes les femmes et tous les hommes de ce pays
à construire, ensemble, un destin partagé dans
une République démocratique, laïque et sociale.
Une telle
ambition doit mobiliser lEcole, mais en proposant un projet
de loi qui ne concerne que lEcole on sous estime la dimension
sociale de la question et laisse à penser que lécole
est seule concernée par les atteintes à la laïcité.
La formulation
proposée du projet de loi, qui sera inévitablement
interprétée comme visant essentiellement une seule
religion : lislam, et un seul problème : le port
dun foulard par des jeunes filles, donnera une image brouillée
de la laïcité. Cette loi sera probablement perçue
plus dans sa dimension dinterdiction que dans celle de
protection, donnera des arguments aux prétentions intégristes,
favorisera des enfermements communautaires quon souhaite
combattre et fera des jeunes filles quon veut défendre
les principales victimes.
Par ailleurs,
le projet de loi dispense les Etablissements privés dune
disposition jugée si essentielle quelle nécessite
une loi. Il se place ainsi en contradiction avec la Loi Debré
qui justifie le financement public à des établissements
privés en raison de leur concours au service public déducation
dans le respect de ses règles.
Pour toutes
ces raisons, si nous napprouvons pas le projet de loi,
nous pensons nécessaire de sappuyer sur le débat
actuel sur lavenir de lEcole pour confirmer sa fonction
émancipatrice fondée sur le nécessaire partage
dune culture démocratique commune, la reconnaissance
de la diversité et lapprentissage du vivre ensemble.
Réaffirmer fortement les principes qui ont guidé
cette fonction est nécessaire. Développer lesprit
critique est indispensable. Soutenir les chefs détablissements,
les enseignants et lensemble du personnel éducatif
dans laccomplissement de cette mission est une obligation.
La célébration
de la loi de 1905, si les Services de lEtat, les organisations
associatives et syndicales savent se mobiliser pour faire mieux
connaître la loi, son esprit et son actualité, peut
largement contribuer à pérenniser en France un
modèle de vivre ensemble harmonieux dans le respect des
convictions et le faire mieux comprendre à nos partenaires
européens. Car, pour lutter contre les enfermements identitaires,
donner une image positive de la laïcité par le dialogue
et la pédagogie, lutter contre toutes les discriminations,
agir pour la justice sociale et légalité
sont plus efficaces quun interdit.
Il nous semble
important que le Conseil Supérieur de lEducation
Nationale consacre très prochainement une séance
à lexamen complet du rapport de la Commission Stasi
pour en dégager toutes les conséquences concernant
lEcole. Parallèlement, une réflexion sur
lensemble de la vie scolaire, pour que tous les Etablissements
aient la volonté et donnent les moyens de faire vivre
les Foyers socio-éducatifs ou les Maisons de lycéens,
développer la campagne « Envie dagir »
sont de nature à favoriser la compréhension de
la laïcité au travers de situations vécues.
De même, nous souhaitons un travail collectif sur les contenus
et les conditions délaboration des règlements
intérieurs pour quils soient plus explicites et
mieux compris parce quils auraient fait lobjet dun
vrai débat avec les élèves et leurs parents
afin de constituer des engagements de tous. De plus, il nous
semble nécessaire de revoir ensemble les conditions des
médiations possibles, des concours extérieurs aux
établissement souhaitables, des modalités de gestion,
au niveau de lEtablissement comme au niveau académique,
des éventuels conflits pour un meilleur soutien des Chefs
dEtablissement et de lensemble de la communauté
éducative.
Pour tout
cela, la Ligue de lenseignement continuera à donner
la priorité à une démarche éducative,
soucieuse de respecter les élèves, les jeunes filles
en particulier, de leur garantir un véritable droit à
léducation et demporter la conviction des
élèves et des familles que seule la laïcité
républicaine est à même de faire vivre la
diversité et la démocratie."