La Ligue de
l'enseignement regrette que le rapport présenté
par la Commission présidée par Bernard Stasi se
conclue par une proposition de loi sur la laïcité,
alors que l'ensemble du rapport constitue un utile travail sur
l'histoire et les principes de la laïcité, opère
un diagnostic pertinent et suggère des propositions de
nature à créer les conditions d'un " vivre
ensemble " plus harmonieux.
La Ligue de l'enseignement
se retrouve dans la plupart de ces propositions qui rappellent
les responsabilités de la République pour favoriser
la participation de tous, indépendamment des origines
ou des convictions, à la construction d'un destin partagé.
Pour autant,
elle s'étonne que le rapport ne fasse aucune proposition
concernant la place et le rôle des médias dans la
construction des représentations et des comportements
individuels et collectifs.
De même,
la valorisation de l'action des associations de jeunesse et d'éducation
populaire, à l'intérieur comme à l'extérieur
de l'Ecole, pour favoriser la diversité culturelle et
l'apprentissage de la citoyenneté, aurait dû être
plus explicite.
Elle déplore
que ce rapport renforce et déforme la notion du caractère
propre des établissements privés sous contrat qui,
bénéficiant de plus en plus de fonds publics pour
" concourir au service public d'éducation ",
devraient obligatoirement respecter les lois de la République.
Enfin, sur la
question des signes d'appartenance religieuse au sein de l'Ecole
publique, la Commission Stasi semble considérer que seuls
les signes importent, jamais leur sens.
En faisant référence
au caractère ostensible des signes, elle est en recul
par rapport à la référence que le Conseil
d'Etat fait au caractère ostentatoire du port d'un signe.
En ne mentionnant
pas la dimension prosélyte du comportement des porteurs
de signes, la commission se limite aux apparences.
On aurait pu
attendre l'expression d'une confiance plus évidente dans
la fonction émancipatrice de l'Ecole par le développement
de l'esprit critique car, comme l'indique le rapport, l'Ecole
publique n'est pas un sanctuaire au sein duquel ne pourraient
entrer que des élèves conformes à un modèle
pré-construit.
La Ligue de
l'Enseignement réaffirme que la République n'est
pas soumise aux injonctions des religions, en particulier, elle
ne saurait accepter la remise en cause de l'émancipation
féminine.
Mais, entre le
laxisme générant la démission et l'interdiction
par une loi supplémentaire, dont tout laisse à
penser qu'elle sera vécue comme stigmatisante par la communauté
musulmane, il y a une autre voie exigeante et responsable.
Cette voie
réside dans l'application des lois existantes et dans
la construction commune, par l'éducation, le dialogue
et la justice sociale, d'une société démocratique
faisant réellement vivre les principes laïques dans
l'Ecole comme dans la Cité.