DOSSIER "LAICITE"

Communiqué de la Ligue de l'enseignement
12 décembre 2003

> Commission Stasi :
Un bon rapport, une loi inutile

 

La Ligue de l'enseignement regrette que le rapport présenté par la Commission présidée par Bernard Stasi se conclue par une proposition de loi sur la laïcité, alors que l'ensemble du rapport constitue un utile travail sur l'histoire et les principes de la laïcité, opère un diagnostic pertinent et suggère des propositions de nature à créer les conditions d'un " vivre ensemble " plus harmonieux.

La Ligue de l'enseignement se retrouve dans la plupart de ces propositions qui rappellent les responsabilités de la République pour favoriser la participation de tous, indépendamment des origines ou des convictions, à la construction d'un destin partagé.

Pour autant, elle s'étonne que le rapport ne fasse aucune proposition concernant la place et le rôle des médias dans la construction des représentations et des comportements individuels et collectifs.

De même, la valorisation de l'action des associations de jeunesse et d'éducation populaire, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Ecole, pour favoriser la diversité culturelle et l'apprentissage de la citoyenneté, aurait dû être plus explicite.

Elle déplore que ce rapport renforce et déforme la notion du caractère propre des établissements privés sous contrat qui, bénéficiant de plus en plus de fonds publics pour " concourir au service public d'éducation ", devraient obligatoirement respecter les lois de la République.

Enfin, sur la question des signes d'appartenance religieuse au sein de l'Ecole publique, la Commission Stasi semble considérer que seuls les signes importent, jamais leur sens.

En faisant référence au caractère ostensible des signes, elle est en recul par rapport à la référence que le Conseil d'Etat fait au caractère ostentatoire du port d'un signe.

En ne mentionnant pas la dimension prosélyte du comportement des porteurs de signes, la commission se limite aux apparences.

On aurait pu attendre l'expression d'une confiance plus évidente dans la fonction émancipatrice de l'Ecole par le développement de l'esprit critique car, comme l'indique le rapport, l'Ecole publique n'est pas un sanctuaire au sein duquel ne pourraient entrer que des élèves conformes à un modèle pré-construit.

La Ligue de l'Enseignement réaffirme que la République n'est pas soumise aux injonctions des religions, en particulier, elle ne saurait accepter la remise en cause de l'émancipation féminine.

Mais, entre le laxisme générant la démission et l'interdiction par une loi supplémentaire, dont tout laisse à penser qu'elle sera vécue comme stigmatisante par la communauté musulmane, il y a une autre voie exigeante et responsable.

Cette voie réside dans l'application des lois existantes et dans la construction commune, par l'éducation, le dialogue et la justice sociale, d'une société démocratique faisant réellement vivre les principes laïques dans l'Ecole comme dans la Cité.

 

 

 

 

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