Associatifs n° 04 - Avril 2002

DECOUVERTE
La démocratie participative, chance ou risque pour la démocratie ?

A en croire les textes et discours qui accompagnent la création des Pays et l’intercommunalité, il s’agit de « promouvoir des politiques de développement local durable au sein des territoires » et d’accroître « la participation des acteurs aux choix d’aménagement et de développement ». Autant de bonnes intentions dont on se féliciterait volontiers si, dans le même temps, ne montait le douloureux sentiment de l’absence du citoyen dans la belle mécanique….

A bien des égards, l’intercommunalité constitue l’avenir de la vie communale. Pour autant, ce très certainement nécessaire changement d’échelle pour la gestion de la cité cantonne le citoyen à un rôle d’électeur désignant un Conseil municipal dépouillé de ses plus lourdes compétences, et l’éloigne encore plus des lieux réels de décision.

Jusqu’à aujourd’hui nous vivons dans un système démocratique presque totalement basé sur le principe d’une « démocratie représentative » : nous déposons à intervalle régulier un bulletin dans l’urne, et déléguons ainsi à « nos élus » l’entière responsabilité de la gestion du pouvoir, aussi bien local que national. La revendication montante de plus de « démocratie participative » traduit en quelque sorte la volonté du citoyen de - lui aussi - « mettre les mains dans le cambouis », de participer plus étroitement aux réflexions et décisions. Rapprocher le citoyen de « sa » démocratie, conduit à envisager des referendum intercommunaux, l’élection des élus intercommunaux au suffrage universel, des modalités clarifiées de désignation des membres des Conseils de développement… Mais cela n’est pas suffisant. C’est une participation en continu du citoyen qui doit être recherchée. En ce sens, diverses initiatives existent déjà : comités de quartiers, conseils communaux de concertation, Agenda 21 locaux… Autant d’avancées bien timides mais qui, adaptées à l’échelle intercommunale peuvent inspirer des démarches de création d’espaces de dialogue et de concertation, de lieux où la parole se prend, où les idées circulent, les projets se confrontent.

Une telle « révolution » appelle de la part de chacun l’invention et l’acceptation de nouvelles conceptions de l’action publique et de la gestion du « vivre-ensemble ». Elus locaux et techniciens des collectivités locales doivent apprendre à connaître, respecter et valoriser la compétence des usagers-citoyens, lesquels doivent se former, s’informer, afin d’avoir réellement prise sur des problématiques souvent complexes. C’est un long travail en commun, un apprentissage pragmatique, qui accepte les tâtonnements, les remises en questions.

Aucune loi ne pourra décréter la participation citoyenne : c’est une question de motivation, d’envie, et de possibilité de faire. Cela s’organise. Cela s’apprend. Il est de la responsabilité de tous ceux qui sont attachés à une démocratie bien vivante d’œuvrer ensemble pour créer et faire vivre ces capacités d’interpellations et ces forces de propositions sans lesquelles la citoyenneté perdrait beaucoup de sa vigueur et de son sens.

Voir aussi :
L'interview sur ce thème de Daniel Gilbert, président du Forum du Pays Briançonnais et de l'ADSCB


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