ASSOCIATIONS
De nouveaux mouvements sociaux ?
Ils sappellent Droit
au logement, SUD, ATTAC, Droits devant !!... Ils rassemblent
jeunes, chômeurs, écologistes, anti-mondialisation
Ils investissent lespace public et médiatique
Pour mieux comprendre ces « nouveaux »
mouvements, ADELHA a reçu pour une conférence-débat
Christian Maurel, professeur associé à lUniversité
dAix-Marseille et délégué régional
des MJC.
La riche intervention
de Christian Maurel, et le débat animé entre les
participants qui a suivi, apportent quelques éclairages
et interrogations. A commencer par le rappel que lengagement
social nest pas une nouveauté, et sa structuration
sous forme associative non plus : cest là le sens
même de la loi de 1901 ! De manière récurrente,
au fil du temps, émergent de « nouveaux »
mouvements. Pour en demeurer à lhistoire récente,
rappelons nous au cours des années 1970 : les cultures
alternatives, les radios libres, le planning familial
Puis
les années 1990, marquées par la montée
de la pauvreté, des exclusions, du chômage. Aujourdhui,
leffondrement du système communiste, la « victoire »
du capitalisme, le développement « incontrôlé »
du libéralisme et de la mondialisation ouvrent de nouveaux
champs de contestation, et à une échelle plus vaste,
internationale.
Les interrogations
suscitées sont multiples. Pour certains, linvestissement
de militants de plus en plus nombreux au sein de ces mouvements serait
la preuve irréfutable que politique et action syndicale
auraient perdu toute efficacité. Il conviendrait alors
dinventer dautres formes dactions. Cest
possible, mais peut-être un peu rapide. Ne doit-on pas
en parallèle sinterroger sur les conséquences
de ces crises de la représentation politique et syndicale ?
Et aussi sur les modalités daction de ces « nouveaux
mouvements » ? Est-ce suffisant, efficace, durable
que de prôner des structurations en collectifs à
géométrie variable, durant ce que dure laction ?
De refuser toute organisation centralisée et hiérarchisée ?
De chercher à mobiliser médias et célébrités
avec forces opérations plus ou moins légales (réquisition
de logements, démontage dun fast-food, arrachages
de plantes génétiquement modifiées
) ?
Quelles conceptions de la démocratie et de la citoyenneté
nourrissent ces pratiques quelquefois brutales ?
Le diagnostic
est incontestable : les injustices et exclusions sont dramatiques,
les écarts de richesses chaque jour plus insupportables.
Mais le plus fondamental réside sans doute dans la rupture
des liens sociaux et la montée des individualismes qui
en résultent. Dès lors, comme le souligne Christian
Maurel : « Si chaque homme, chaque tribu, détermine
sa propre règle, lhomme redevient un loup pour lhomme.
Quelle conception de lhomme et de la vie en société
est possible ? ».
Lanalyse
amène à penser que ces « nouveaux »
mouvements sont plus complémentaires que rivaux par rapport
aux « anciens ». Ainsi, nos chers « vieux »
mouvements déducation populaire se caractérisent
par une vocation de formation à lengagement, beaucoup
plus que dans lengagement lui-même. Ils sinscrivent
dans le temps de la réflexion, de la formation des citoyens,
de la nécessaire construction patiente et négociée
dun vivre-ensemble, librement approprié par chacun.
Diaboliser ou opposer « anciens » et « nouveaux »
mouvements serait donc une grave erreur. Lampleur des défis
qui sont devant nous requiert de travailler ensemble, dans des
logiques dalliances constructives. Nous avons - chacun
avec nos histoires, nos pratiques et nos compétences
- à participer à lenrichissement de lintelligence
collective, à rendre chaque individu toujours plus acteur
de la transformation sociale.