Associatifs n° 04 - Avril 2002

ASSOCIATIONS
De nouveaux mouvements sociaux ?

Ils s’appellent Droit au logement, SUD, ATTAC, Droits devant !!... Ils rassemblent jeunes, chômeurs, écologistes, anti-mondialisation… Ils investissent l’espace public et médiatique… Pour mieux comprendre ces « nouveaux » mouvements, ADELHA a reçu pour une conférence-débat Christian Maurel, professeur associé à l’Université d’Aix-Marseille et délégué régional des MJC.

La riche intervention de Christian Maurel, et le débat animé entre les participants qui a suivi, apportent quelques éclairages et interrogations. A commencer par le rappel que l’engagement social n’est pas une nouveauté, et sa structuration sous forme associative non plus : c’est là le sens même de la loi de 1901 ! De manière récurrente, au fil du temps, émergent de « nouveaux » mouvements. Pour en demeurer à l’histoire récente, rappelons nous au cours des années 1970 : les cultures alternatives, les radios libres, le planning familial… Puis les années 1990, marquées par la montée de la pauvreté, des exclusions, du chômage. Aujourd’hui, l’effondrement du système communiste, la « victoire » du capitalisme, le développement « incontrôlé » du libéralisme et de la mondialisation ouvrent de nouveaux champs de contestation, et à une échelle plus vaste, internationale.

Les interrogations suscitées sont multiples. Pour certains, l’investissement de militants de plus en plus nombreux au sein de ces mouvements serait la preuve irréfutable que politique et action syndicale auraient perdu toute efficacité. Il conviendrait alors d’inventer d’autres formes d’actions. C’est possible, mais peut-être un peu rapide. Ne doit-on pas en parallèle s’interroger sur les conséquences de ces crises de la représentation politique et syndicale ? Et aussi sur les modalités d’action de ces « nouveaux mouvements » ? Est-ce suffisant, efficace, durable que de prôner des structurations en collectifs à géométrie variable, durant ce que dure l’action ? De refuser toute organisation centralisée et hiérarchisée ? De chercher à mobiliser médias et célébrités avec forces opérations plus ou moins légales (réquisition de logements, démontage d’un fast-food, arrachages de plantes génétiquement modifiées…) ? Quelles conceptions de la démocratie et de la citoyenneté nourrissent ces pratiques quelquefois brutales ?

Le diagnostic est incontestable : les injustices et exclusions sont dramatiques, les écarts de richesses chaque jour plus insupportables. Mais le plus fondamental réside sans doute dans la rupture des liens sociaux et la montée des individualismes qui en résultent. Dès lors, comme le souligne Christian Maurel : « Si chaque homme, chaque tribu, détermine sa propre règle, l’homme redevient un loup pour l’homme. Quelle conception de l’homme et de la vie en société est possible ? ».

L’analyse amène à penser que ces « nouveaux » mouvements sont plus complémentaires que rivaux par rapport aux « anciens ». Ainsi, nos chers « vieux » mouvements d’éducation populaire se caractérisent par une vocation de formation à l’engagement, beaucoup plus que dans l’engagement lui-même. Ils s’inscrivent dans le temps de la réflexion, de la formation des citoyens, de la nécessaire construction patiente et négociée d’un vivre-ensemble, librement approprié par chacun. Diaboliser ou opposer « anciens » et « nouveaux » mouvements serait donc une grave erreur. L’ampleur des défis qui sont devant nous requiert de travailler ensemble, dans des logiques d’alliances constructives. Nous avons - chacun avec nos histoires, nos pratiques et nos compétences - à participer à l’enrichissement de l’intelligence collective, à rendre chaque individu toujours plus acteur de la transformation sociale.



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