DECOUVERTE
Le développement durable : espoirs et illusions d'un concept
fourre-tout...
Le terme de
« développement durable » est en
fait une (pas très bonne) traduction du terme anglo-saxon
« sustainable development », proposé
en 1980 par lUnion Internationale de la Conservation de
la Nature. Son succès a été assuré
en 1992, à Rio-de-Janeiro, lors de la conférence
des Nations Unies sur lenvironnement et le développement.
Il sera le thème central de la prochaine conférence
de lONU à Johannesburg, du 26 août au 4 septembre.
Tentative
de définition...
Il est communément
admis que le « développement durable »
vise à concilier, au sein dun même processus
de développement, lécologie, léconomie
et le social. Certains précisent : « un
développement économiquement efficace, socialement
équitable et écologiquement soutenable ».
Définition la plus commune : « un développement
qui répond aux besoins du présent, sans compromettre
la capacité des générations futures à
répondre aux leurs ».
A partir de là,
plus de 80 acceptions du terme sont aujourdhui recensées.
Chacun y met ce quil a envie dy voir : lagriculture,
lenvironnement urbain, la biodiversité, les transports,
le tourisme
Tous sont devenus « durables »
dautant plus facilement que cest souvent là
une clef pour obtenir des financements publics ! Mais derrière
les déclarations lyriques laissant croire quun « cercle
vertueux » était né, perdure une réalité
bien plus complexe
et bien moins vertueuse...
Vivre et agir
autrement ?
Si la définition
retenue par les instances internationales était appliquée,
le « développement durable » imposerait
de respecter les besoins des générations futures
et de prendre en compte le bien-être de chaque être
humain (quil vive au Nord ou au Sud de la planète,
dans une ville ou dans un secteur rural). Pour résumer
: de placer lhumain au centre de toutes les préoccupations.
A regarder le monde comme il va, on doute que lobjectif
soit atteint dans un proche avenir...
Cette lenteur dans lapplication de ce beau principe na
rien détonnant. Les changements à opérer
sont colossaux. Rien de moins quune nouvelle forme de « gouvernance »,
à la fois locale et planétaire, basée sur
la mobilisation et la participation de tous les acteurs de la
société. Certes, des tentatives existent :
cest - par exemple - pour une large part lesprit
qui préside à la loi « Voynet »
de 1999 (LOADDT - Loi dOrientation pour lAménagement
et le Développement Durable du Territoire) instaurant
les « Pays », et en
leur sein les « Conseils de développement ».
Notre confort
en question !
En 30 ans, nous
avons effectivement pris conscience des redoutables problèmes
écologiques qui se posent à notre Terre. Analyses
scientifiques, sommets internationaux, lois et réglementations
en tous genres nont pas manqué.
Dans le même
temps, comme le montrent les différents bilans écologiques
de la planète, la belle idée du « développement
durable » semble avoir été victime dun
curieux tour de passe-passe : sil y a un gagnant, ce nest
certainement pas lenvironnement. On a sans doute mieux
préservé le développement que lenvironnement !
Illustration parmi bien dautres : le président
des Etats-Unis qui refuse de ratifier le protocole de Kyoto sur
la réduction des émissions de gaz à effet
de serre, et nhésite pas à déclarer
: « Notre niveau de vie nest pas négociable »
La vraie question
est bien là : tel quil est aujourd hui
conçu et appliqué de manière unilatérale
par les pays du Nord, et à leur principal profit, le développement
produit partout des effets pervers et néfastes allant
à lencontre des principes et objectifs affichés
dans le concept de « développement durable ».
Il est clair
que, de par leur ampleur, les remises en causes nécessaires ne
pourront jamais avoir lieu sans une importante prise de conscience,
une adhésion et une mobilisation citoyenne, à tous
les niveaux. Elle seule rendra possible la véritable dynamique
politique qui fait aujourdhui défaut, tout comme
le respect par tous les Etats - y compris par la France -
des nécessaires engagements pris lors des différentes
conférences internationales.
Denis Lebioda
Chargé de mission - Ligue de l'enseignement Alpes du Sud