Associatifs n° 06 - Juin 2002

DECOUVERTE
Le développement durable : espoirs et illusions d'un concept fourre-tout...

Le terme de « développement durable » est en fait une (pas très bonne) traduction du terme anglo-saxon « sustainable development », proposé en 1980 par l’Union Internationale de la Conservation de la Nature. Son succès a été assuré en 1992, à Rio-de-Janeiro, lors de la conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement. Il sera le thème central de la prochaine conférence de l’ONU à Johannesburg, du 26 août au 4 septembre.

Tentative de définition...

Il est communément admis que le « développement durable » vise à concilier, au sein d’un même processus de développement, l’écologie, l’économie et le social. Certains précisent : « un développement économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable ». Définition la plus commune : « un développement qui répond aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

A partir de là, plus de 80 acceptions du terme sont aujourd’hui recensées. Chacun y met ce qu’il a envie d’y voir : l’agriculture, l’environnement urbain, la biodiversité, les transports, le tourisme… Tous sont devenus « durables »… d’autant plus facilement que c’est souvent là une clef pour obtenir des financements publics ! Mais derrière les déclarations lyriques laissant croire qu’un « cercle vertueux » était né, perdure une réalité bien plus complexe… et bien moins vertueuse...

Vivre et agir autrement ?

Si la définition retenue par les instances internationales était appliquée, le « développement durable » imposerait de respecter les besoins des générations futures et de prendre en compte le bien-être de chaque être humain (qu’il vive au Nord ou au Sud de la planète, dans une ville ou dans un secteur rural). Pour résumer : de placer l’humain au centre de toutes les préoccupations. A regarder le monde comme il va, on doute que l’objectif soit atteint dans un proche avenir...


Cette lenteur dans l’application de ce beau principe n’a rien d’étonnant. Les changements à opérer sont colossaux. Rien de moins qu’une nouvelle forme de « gouvernance », à la fois locale et planétaire, basée sur la mobilisation et la participation de tous les acteurs de la société. Certes, des tentatives existent : c’est - par exemple - pour une large part l’esprit qui préside à la loi « Voynet » de 1999 (LOADDT - Loi d’Orientation pour l’Aménagement et le Développement Durable du Territoire) instaurant les « 
Pays », et en leur sein les « Conseils de développement ».

Notre confort en question !

En 30 ans, nous avons effectivement pris conscience des redoutables problèmes écologiques qui se posent à notre Terre. Analyses scientifiques, sommets internationaux, lois et réglementations en tous genres n’ont pas manqué.

Dans le même temps, comme le montrent les différents bilans écologiques de la planète, la belle idée du « développement durable » semble avoir été victime d’un curieux tour de passe-passe : s’il y a un gagnant, ce n’est certainement pas l’environnement. On a sans doute mieux préservé le développement que l’environnement ! Illustration parmi bien d’autres : le président des Etats-Unis qui refuse de ratifier le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et n‘hésite pas à déclarer : « Notre niveau de vie n’est pas négociable »…

La vraie question est bien là : tel qu’il est aujourd ’hui conçu et appliqué de manière unilatérale par les pays du Nord, et à leur principal profit, le développement produit partout des effets pervers et néfastes allant à l’encontre des principes et objectifs affichés dans le concept de « développement durable ».

Il est clair que, de par leur ampleur, les remises en causes nécessaires ne pourront jamais avoir lieu sans une importante prise de conscience, une adhésion et une mobilisation citoyenne, à tous les niveaux. Elle seule rendra possible la véritable dynamique politique qui fait aujourd’hui défaut, tout comme le respect par tous les Etats - y compris par la France - des nécessaires engagements pris lors des différentes conférences internationales.

Denis Lebioda
Chargé de mission - Ligue de l'enseignement Alpes du Sud


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