ACTEURS
La jeunesse au ban des accusés ? Ce n'est pas une fatalité...
par
Jean-Pierre Brioulle, Fédération des Conseils de
Parents d'Elèves des Hautes-Alpes
Lactualité
politique de ces dernières semaines a fait poser à
chacun dentre nous bien des questions. Il me semble indispensable
aujourdhui de revenir sur un aspect en échos à
lintervention faite en introduction de notre congrès
national par Georges Dupont-Lahitte : nous ne laisserons pas
diaboliser la jeunesse au prétexte de nos dysfonctionnements.
Si personne ne
nie l'augmentation des signalements des faits de délinquance
des mineurs, encore qu'il faut s'entendre sur ce que ce terme
recouvre exactement, si personne ne récuse la situation
insupportable dans laquelle se trouvent certains quartiers, certaines
zones rurales, certains établissements scolaires, rien
ne justifie, absolument rien, quau nom de difficultés
soigneusement médiatisées, on mette la jeunesse
au banc de la société.
Dans le département
des Hautes-Alpes aussi, pour reprendre lexpression de notre
président national, nous entendons dire haut et fort que
nous ne crierons pas avec les loups. Exploiter certaines situations
difficiles pour faire l'amalgame entre jeunesse et délinquance,
entre délinquance et immigration est une imposture ! C'est
désigner à bon compte des boucs émissaires
pour occulter des situations bien plus scandaleuses. C'est exacerber
le sentiment d'insécurité pour mieux récupérer
les voix de la peur.
Chaque élève,
nous le savons bien, prend le chemin de l'école avec son
propre bagage, que le poids des difficultés transforme
souvent en fardeau. Dès qu'il franchit le portail du collège,
chaque jeune fait l'apprentissage précoce des instruments
de la sélection. Il suffit que ses outils intellectuels
soient différents de ceux qui sont sollicités par
la norme dominante pour que très vite léchec
scolaire s'installe, provoque le découragement et la fuite
vers d'autres terrains d'études... Souvent s'installe
ainsi peu à peu une forme de violence, voire de délinquance,
qui provoque autrui et le regard d'autrui. Cette violence tend
à combler le vide laissé par l'absence de respect
mutuel qui est d'abord et fondamentalement : la reconnaissance
minimum d'un espace de dignité pour chacun. Cette situation
dérive parfois très vite vers une délinquance
d'oppression, un mode de vie en marge, où l'exigence du
respect devient alors univoque et est imposée par la domination
d'un caïd. Cette soumission au plus fort reste malheureusement
pour ces jeunes trop souvent la seule offre sociale qui leur
soit accessible.
Dans les Hautes-Alpes
nous avons pris position très clairement à la suite
des manifestations du 24 avril pour rappeler ce que nous pensons
de la jeunesse et nous souhaitons ici le rappeler une fois encore :
« Face
au discours du tout sécuritaire qui diabolise la jeunesse
en la chargeant de tous les maux de la société,
les lycéennes et les lycéens, futurs électeurs,
interpellent le monde des adultes pour leur dire quils
nacceptent pas la banalisation du racisme, de la xénophobie,
la stigmatisation des jeunes immigré(e)s et de leurs parents.
En se dressant
spontanément contre la montée de lextrême
droite, les lycéennes et les lycéens font acte
de responsabilité. Ils adressent au pays un avertissement
civique. Ils confirment tout lespoir et toute la confiance
que la FCPE a toujours témoigné à la jeunesse.
Elle invite les parents à rencontrer les jeunes, à
dialoguer avec eux, à être à leurs côtés
pour exprimer leur approbation à cette salutaire réaction,
et pour lui conserver toute son authenticité et toute
sa générosité. Cest aussi demain,
dans chaque établissement, avec lensemble de la
communauté éducative, que doit se poursuivre la
construction dune citoyenneté responsable. »