Associatifs n° 06 - Juin 2002

ACTEURS
La jeunesse au ban des accusés ? Ce n'est pas une fatalité...
par Jean-Pierre Brioulle, Fédération des Conseils de Parents d'Elèves des Hautes-Alpes

L’actualité politique de ces dernières semaines a fait poser à chacun d’entre nous bien des questions. Il me semble indispensable aujourd’hui de revenir sur un aspect en échos à l’intervention faite en introduction de notre congrès national par Georges Dupont-Lahitte : nous ne laisserons pas diaboliser la jeunesse au prétexte de nos dysfonctionnements.

Si personne ne nie l'augmentation des signalements des faits de délinquance des mineurs, encore qu'il faut s'entendre sur ce que ce terme recouvre exactement, si personne ne récuse la situation insupportable dans laquelle se trouvent certains quartiers, certaines zones rurales, certains établissements scolaires, rien ne justifie, absolument rien, qu’au nom de difficultés soigneusement médiatisées, on mette la jeunesse au banc de la société.

Dans le département des Hautes-Alpes aussi, pour reprendre l’expression de notre président national, nous entendons dire haut et fort que nous ne crierons pas avec les loups. Exploiter certaines situations difficiles pour faire l'amalgame entre jeunesse et délinquance, entre délinquance et immigration est une imposture ! C'est désigner à bon compte des boucs émissaires pour occulter des situations bien plus scandaleuses. C'est exacerber le sentiment d'insécurité pour mieux récupérer les voix de la peur.

Chaque élève, nous le savons bien, prend le chemin de l'école avec son propre bagage, que le poids des difficultés transforme souvent en fardeau. Dès qu'il franchit le portail du collège, chaque jeune fait l'apprentissage précoce des instruments de la sélection. Il suffit que ses outils intellectuels soient différents de ceux qui sont sollicités par la norme dominante pour que très vite l’échec scolaire s'installe, provoque le découragement et la fuite vers d'autres terrains d'études... Souvent s'installe ainsi peu à peu une forme de violence, voire de délinquance, qui provoque autrui et le regard d'autrui. Cette violence tend à combler le vide laissé par l'absence de respect mutuel qui est d'abord et fondamentalement : la reconnaissance minimum d'un espace de dignité pour chacun. Cette situation dérive parfois très vite vers une délinquance d'oppression, un mode de vie en marge, où l'exigence du respect devient alors univoque et est imposée par la domination d'un caïd. Cette soumission au plus fort reste malheureusement pour ces jeunes trop souvent la seule offre sociale qui leur soit accessible.

Dans les Hautes-Alpes nous avons pris position très clairement à la suite des manifestations du 24 avril pour rappeler ce que nous pensons de la jeunesse et nous souhaitons ici le rappeler une fois encore :

« Face au discours du tout sécuritaire qui diabolise la jeunesse en la chargeant de tous les maux de la société, les lycéennes et les lycéens, futurs électeurs, interpellent le monde des adultes pour leur dire qu’ils n’acceptent pas la banalisation du racisme, de la xénophobie, la stigmatisation des jeunes immigré(e)s et de leurs parents.

En se dressant spontanément contre la montée de l’extrême droite, les lycéennes et les lycéens font acte de responsabilité. Ils adressent au pays un avertissement civique. Ils confirment tout l’espoir et toute la confiance que la FCPE a toujours témoigné à la jeunesse. Elle invite les parents à rencontrer les jeunes, à dialoguer avec eux, à être à leurs côtés pour exprimer leur approbation à cette salutaire réaction, et pour lui conserver toute son authenticité et toute sa générosité. C’est aussi demain, dans chaque établissement, avec l’ensemble de la communauté éducative, que doit se poursuivre la construction d’une citoyenneté responsable. »

  • En savoir plus :
    > FCPE 05 : 04.92.51.47.95
    > FCPE 04 : 04.92.72.71.98


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