Associatifs n° 06 - Juin 2002

A LA UNE
Alexandre Jardin, soldat civique

A l’origine de « Lire et Faire Lire » Alexandre Jardin vient de publier un ouvrage intitulé « 1 + 1 + 1... ». Rendu célèbre par les ouvrages « Le Zèbre » et « Mademoiselle Liberté », l'écrivain dévoile une autre face de son personnage : celle d'un homme engagé au quotidien dans un combat contre ce qui « détraque la vie de notre pays » et qui s'exclame : « J'ai envie que l'on arrête de faire semblant d'agir ». Il a accepté de répondre à nos questions...

> Vous dénoncez une sclérose de l'appareil d'Etat, décrivez des hommes politiques dans l'incapacité d’agir. Est-ce pour vous la raison de l'abstention et des votes protestataires lors des récentes élections ?

« L’abstention et le vote extrême sont le signe d’une action publique à effet marginal. Si cette action, qui existe, avait des effets puissants, jamais on n’aurait connu ça. Si on veut éviter que ce pays explose, et éviter un chaos qui serait terrifiant, notamment pour les milieux populaires, il faut à tout prix rendre notre Etat efficient. L’important, c’est le « comment ça se passe vraiment », dans notre quartier, dans notre collège, dans notre vie… Ce ne sont pas les cabinets ministériels qui détiennent les réponses, mais les acteurs locaux. »

> Vous écrivez : « Peut-être est-il temps de démarrer une relation adulte avec notre classe politique républicaine ». Qu'entendez-vous par là ?

« Rien n’est pire que de tout attendre de notre classe politique. Il nous faut cesser de croire que ces gens ont un pouvoir magique. Ils n’ont un pouvoir que si nous les aidons très concrètement, par nos engagements citoyens et associatifs, en leur faisant connaître nos savoirs. Nous devons redonner du pouvoir aux politiques. »
 
> Pour vous, la solution réside dans « l'étonnante créativité des Français ». Le monde associatif vous semble-t'il à même de la révéler, de lui permettre de s'exprimer ? 

« Les associations, c’est la zone de créativité sociale par excellence, c’est l’endroit où les Français peuvent se retrouver sur des pratiques. Faire vivre la citoyenneté, ce n’est pas mener une guerre civile larvée. Il y a une urgence à reconnaître et donner une vraie place au tissu associatif. Il est absurde de continuer à ne rien apprendre de ces laboratoires, c’est même ridicule ! Nous devons réapprendre à l’Etat à articuler son action avec celle du tissu associatif. »

> Beaucoup de responsables associatifs ont des difficultés à trouver des bénévoles. Que proposez-vous pour redonner aux citoyens « l'envie de faire » ?

« Il faudrait multiplier des programmes qui sont fondés sur des plaisirs, car la vertu n’a qu’un temps ! « Lire et Faire Lire » est très emblématique à cet égard : les retraités se font plaisir, ils sont très fiers de faire ça. Dans notre société très médiatisée, il est très important que la reconnaissance sociale aille vers les gens qui agissent. On trouve plus facilement de nouveaux bénévoles si les gens bénéficient d’une vraie reconnaissance. Médiatiser sert à faire que les gens qui passent à l’acte y trouvent satisfaction. »

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