A LA UNE
Alexandre Jardin, soldat civique
A lorigine
de « Lire
et Faire Lire »
Alexandre Jardin vient de publier un ouvrage intitulé
« 1 + 1 + 1... ». Rendu célèbre
par les ouvrages « Le Zèbre » et
« Mademoiselle Liberté », l'écrivain
dévoile une autre face de son personnage : celle
d'un homme engagé au quotidien dans un combat contre ce
qui « détraque la vie de notre pays »
et qui s'exclame : « J'ai envie que l'on arrête
de faire semblant d'agir ». Il a accepté
de répondre à nos questions...
> Vous dénoncez une
sclérose de l'appareil d'Etat, décrivez des hommes
politiques dans l'incapacité dagir. Est-ce
pour vous la raison de l'abstention et des votes protestataires lors
des récentes élections ?
« Labstention
et le vote extrême sont le signe dune action publique
à effet marginal. Si cette action, qui existe, avait des
effets puissants, jamais on naurait connu ça. Si
on veut éviter que ce pays explose, et éviter un
chaos qui serait terrifiant, notamment pour les milieux populaires,
il faut à tout prix rendre notre Etat efficient. Limportant,
cest le « comment ça se passe vraiment »,
dans notre quartier, dans notre collège, dans notre vie
Ce ne sont pas les cabinets ministériels qui détiennent
les réponses, mais les acteurs locaux. »
> Vous écrivez
: « Peut-être est-il temps de démarrer
une relation adulte avec notre classe politique républicaine ».
Qu'entendez-vous par là ?
« Rien
nest pire que de tout attendre de notre classe politique.
Il nous faut cesser de croire que ces gens ont un pouvoir magique.
Ils nont un pouvoir que si nous les aidons très
concrètement, par nos engagements citoyens et associatifs,
en leur faisant connaître nos savoirs. Nous devons redonner
du pouvoir aux politiques. »
> Pour vous, la solution réside dans « l'étonnante
créativité des Français ». Le
monde associatif vous semble-t'il à même
de la révéler, de lui permettre de s'exprimer ?
« Les
associations, cest la zone de créativité
sociale par excellence, cest lendroit où les
Français peuvent se retrouver sur des pratiques. Faire
vivre la citoyenneté, ce nest pas mener une guerre
civile larvée. Il y a une urgence à reconnaître
et donner une vraie place au tissu associatif. Il est absurde
de continuer à ne rien apprendre de ces laboratoires,
cest même ridicule ! Nous devons réapprendre
à lEtat à articuler son action avec celle
du tissu associatif. »
> Beaucoup
de responsables associatifs ont des difficultés à
trouver des bénévoles. Que proposez-vous pour redonner
aux citoyens « l'envie de faire » ?
« Il
faudrait multiplier des programmes qui sont fondés sur
des plaisirs, car la vertu na quun temps ! « Lire
et Faire Lire » est très emblématique à
cet égard : les retraités se font plaisir,
ils sont très fiers de faire ça. Dans notre société
très médiatisée, il est très important
que la reconnaissance sociale aille vers les gens qui agissent.
On trouve plus facilement de nouveaux bénévoles
si les gens bénéficient dune vraie reconnaissance.
Médiatiser sert à faire que les gens qui passent
à lacte y trouvent satisfaction. »