Associatifs n° 07 - Septembre 2002

A LA UNE
Rien n’arrête un monde qui danse...

Teknival au col de Larche, Festival de la Décharge à Ancelle, difficultés financières du Psyché Live Café à Gap… L'actualité estivale des « musiques jeunes » s’est avérée bien fournie en évènements et en questions…

Pourquoi tant d'agitation ?
D'accord, les « teufeurs » ont une manière vraiment très bruyante de faire la fête… et généralement sur des terrains qui ne leur appartiennent pas. C'est vrai, leurs rassemblements massifs sont l'occasion d'un vaste défoulement collectif et individuel… Bien sûr, ils ont une manière bizarre de s'habiller… Et pour ne pas faciliter les choses, leurs musiques perturbent gravement nos oreilles habituées aux suaves mélodies de la Star Academy ! Mais est-ce suffisant pour mobiliser des compagnies entières de CRS, faire déborder les pages « faits divers » de nos quotidiens, obliger les responsables politiques à rivaliser dans l'escalade des déclarations sécuritaires ?

Pourquoi tant de bruit ?
Techno, rap, thrash, danse, hard core et bien d'autres sont des expressions musicales ayant pour particularité de faire largement appel à l'amplification sonore électronique. Pourtant, à écouter leurs fans, les concerts sont beaucoup plus que de simples concerts. Ils revendiquent une organisation et une pratique de la fête en toute liberté, en dehors des lieux et circuits commerciaux. Ils parlent de gratuité, de spontanéité, d’autogestion… Nous serions donc face à un véritable phénomène musical et culturel, révélant un choix de vie. De quoi justifier discours et mesures «anti-différences» tous azimuts ?

Pourquoi tant de haine ?
Il n'est pas sérieux de réduire le débat à un affrontement entre fanatiques de musique techno et de liberté, et technocrates assoiffés de réglementation et de sécurité. Evitons le cliché idiot « techno contre technos ». Avons-nous déjà oublié les carnavals d'antan, ou les festivals rocks des années 70 ? Notre monde serait-il devenu tellement « sérieux » qu'il ne tolèrerait plus la fête, le défoulement et le moindre débordement ? Auquel cas, interdisons sans tarder les matches de football et les rallyes automobiles !

Pourquoi tant de myopie ?
Et si la question des « musiques jeunes » n'était pas un épouvantail pratique pour en dissimuler d’autres, bien plus graves ? Et pendant ce temps, partout en France, on ferme ou laisse mourir les lieux dont les jeunes ont besoin pour se rassembler et se construire. Partout en France, on ne leur concède plus, comme espaces d'expression, que des décharges, terrains vagues et autres entrepôts désaffectés. Quel est ce pays devenu incapable de proposer à ses jeunes d’autres territoires que ceux de la marginalité ?

Pourquoi tant d'incompréhension ?
Certains rêvent de faire la fête, de danser et d'écouter des musiques électroniques. C'est leur droit. D'autres souhaitent du calme et des musiques plus « classiques ». C'est aussi leur droit. La vie en société est pleine de ces oppositions. C'est l'une de ses grandes richesses. Sauf à imaginer qu'après le délit de « sale gueule » nous éprouvions le besoin d'inventer celui de « sale musique », avant celui de « sale jeune », la solution existe. Elle passe par le dialogue. Une autre richesse de la vie en société. Il est urgent d’en redécouvrir le sens...

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