A LA UNE
Rien narrête un monde qui danse...
Teknival au
col de Larche, Festival de la Décharge à Ancelle,
difficultés financières du Psyché Live Café
à Gap
L'actualité estivale des « musiques
jeunes » sest avérée bien fournie
en évènements et en questions
Pourquoi tant
d'agitation ?
D'accord, les « teufeurs » ont une manière
vraiment très bruyante de faire la fête
et
généralement sur des terrains qui ne leur appartiennent
pas. C'est vrai, leurs rassemblements massifs sont l'occasion
d'un vaste défoulement collectif et individuel
Bien
sûr, ils ont une manière bizarre de s'habiller
Et pour ne pas faciliter les choses, leurs musiques perturbent
gravement nos oreilles habituées aux suaves mélodies
de la Star Academy ! Mais est-ce suffisant pour mobiliser des
compagnies entières de CRS, faire déborder les
pages « faits divers » de nos quotidiens, obliger
les responsables politiques à rivaliser dans l'escalade
des déclarations sécuritaires ?
Pourquoi tant
de bruit ?
Techno, rap, thrash, danse, hard core et bien d'autres sont des
expressions musicales ayant pour particularité de faire
largement appel à l'amplification sonore électronique.
Pourtant, à écouter leurs fans, les concerts sont
beaucoup plus que de simples concerts. Ils revendiquent une organisation
et une pratique de la fête en toute liberté, en
dehors des lieux et circuits commerciaux. Ils parlent de gratuité,
de spontanéité, dautogestion
Nous serions
donc face à un véritable phénomène
musical et culturel, révélant un choix de vie.
De quoi justifier discours et mesures «anti-différences»
tous azimuts ?
Pourquoi tant
de haine ?
Il n'est pas sérieux de réduire le débat
à un affrontement entre fanatiques de musique techno et
de liberté, et technocrates assoiffés de réglementation
et de sécurité. Evitons le cliché idiot
« techno contre technos ». Avons-nous déjà
oublié les carnavals d'antan, ou les festivals rocks des
années 70 ? Notre monde serait-il devenu tellement «
sérieux » qu'il ne tolèrerait plus la fête,
le défoulement et le moindre débordement ? Auquel
cas, interdisons sans tarder les matches de football et les rallyes
automobiles !
Pourquoi tant
de myopie ?
Et si la question des « musiques jeunes » n'était
pas un épouvantail pratique pour en dissimuler dautres,
bien plus graves ? Et pendant ce temps, partout en France, on
ferme ou laisse mourir les lieux dont les jeunes ont besoin
pour se rassembler et se construire. Partout en France, on ne
leur concède plus, comme espaces d'expression, que des
décharges, terrains vagues et autres entrepôts désaffectés.
Quel est ce pays devenu incapable de proposer à ses jeunes
dautres territoires que ceux de la marginalité ?
Pourquoi tant
d'incompréhension ?
Certains rêvent de faire la fête, de danser et d'écouter
des musiques électroniques. C'est leur droit. D'autres
souhaitent du calme et des musiques plus « classiques ».
C'est aussi leur droit. La vie en société est pleine
de ces oppositions. C'est l'une de ses grandes richesses. Sauf
à imaginer qu'après le délit de «
sale gueule » nous éprouvions le besoin d'inventer
celui de « sale musique », avant celui de «
sale jeune », la solution existe. Elle passe par le dialogue.
Une autre richesse de la vie en société. Il est
urgent den redécouvrir le sens...