Associatifs n° 08 - Octobre 2002

DECOUVERTE
Décentralisation, acte II

Jacques Chirac s'est engagé à conduire, vingt ans après les « Lois Defferre », une deuxième phase de décentralisation. Dès lors, le premier ministre entend s'appuyer sur cette évolution pour promouvoir une réforme de l'Etat et privilégier l'axe Etat – Région.

Selon ses promoteurs, le projet doit permettre de construire une « République des proximités ». Pour consacrer cette « nouvelle donne », le Gouvernement commence par initier une réforme constitutionnelle par laquelle les régions seront formellement reconnues. Elles obtiendront alors le statut de « collectivité territoriale », au même titre que les communes et les départements.

A partir de là, deviendraient possibles de larges transferts de compétences de l'Etat vers les communes, les départements et les régions. Il est question de tourisme, réseaux routiers, enseignement supérieur, aménagement du territoire, jeunesse, environnement... En fait, une forme de décentralisation « à la carte », qui permet à la région Alsace de demander une gestion directe des financements européens, ou au président du Conseil général des Hautes-Alpes de souhaiter une fusion des deux départements des Alpes du Sud.

D'autres dispositions législatives conduiront à une réforme des finances locales, ouvrant aux collectivités la possibilité de percevoir une partie des impôts nationaux. Il est également prévu, dans un souci de démocratie participative, de donner la possibilité aux collectivités d'organiser une consultation des habitants sous forme de référendum, mais uniquement sur des questions locales.

L’ensemble de ces initiatives sont à replacer dans un cadre plus vaste incluant une procédure de concertation (« Les Assises des Libertés Locales »), un projet de réforme des modes de scrutin aux élections européennes et régionales (suppression de la proportionnelle), ainsi que la révision de plusieurs textes régissant l'organisation territoriale et la vie locale : les lois Chevènement (intercommunalité), Voynet (pays), Vaillant (démocratie de proximité) et Besson-Gayssot (aménagement urbain).

Les militants associatifs des Alpes du Sud ne peuvent qu'accueillir avec intérêt toute initiative visant à « rapprocher le pouvoir des citoyens » et à « renforcer la démocratie participative ». A l'instar de la CPCA (Conférence Permanente des Coordinations Associatives) ils savent bien que « le monde associatif est avant tout un acteur local qui a su s'organiser à l'échelle nationale, voire internationale, et plus récemment au niveau des régions. Il a donc l'expérience intime de vingt ans de décentralisation ». Ils reconnaissent que l'Etat et les collectivités intègrent de mieux en mieux le « fait associatif » dans le développement local. Mais ils estiment aussi que beaucoup reste à faire. C'est notamment le cas d’une reconnaissance effective de la légitimité de leurs interventions dans des instances de consultation et de concertation (Conseil Economique et Social, Conseils de développement des Pays...), ou en matière de soutien à la formation et à l'organisation des acteurs associatifs organisés en fédérations et coordinations.

Démocratie locale et citoyenneté participative ne se décrètent pas, ne se réduisent pas non plus à un référendum local (qui plus est, laissé à la seule initiative des collectivités) : elles se construisent avec l'ensemble des acteurs, dans la durée, avec beaucoup de patience et de dialogue, dans un climat de confiance et de reconnaissance mutuelle. Si le but des réformes en cours est effectivement de concilier épanouissement personnel et collectif, de redonner sens aux valeurs républicaines, et d’avancer dans la construction européenne sur des bases solides et durables, une telle conception de l'action est fondamentale.

 

 

 

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