A LA UNE
Vers une démocratie sans citoyens ?
Dans son rapport
« Concurrence : marché unique, acteurs pluriels.
Pour de nouvelles règles du jeu », le MEDEF
lance un véritable pamphlet contre les entreprises publiques,
les collectivités locales, les coopératives, les
mutuelles et les associations.
Sauto-érigeant
en unique représentant de la société civile,
le MEDEF juge que les structures relevant de léconomie
sociale et solidaire ne respectent pas la bonne application des
règles de la concurrence censées gouverner l'économie
de marché. Ce que nous pourrions tenter de comprendre...
si de multiples affaires économiques et financières
ne démontraient pas chaque jour lampleur de limposture.
Les salariés ou petits actionnaires dEron, Vivendi
et bien dautres en témoignent.
Venant de la
composante du MEDEF qui les profère, de telles récriminations
ne nous surprennent pas vraiment. Ce qui inquiète c'est
l'environnement global dans lequel elles s'inscrivent : réduction
des aides publiques aux actions à caractère social,
suppression des emplois-jeunes, désengagement de l'Etat
par rapport aux aides CES-CEC, réduction drastiques des
moyens attribués au Fond National de Développement
de la Vie Associative...
Ainsi, lattitude
du gouvernement apparaît totalement paradoxale. D'un côté,
une avalanche d'initiatives a priori très positives :
décentralisation, libertés locales, démocratie
participative... De l'autre, un démantèlement systématique
et brutal de tout ce qui contribue, d'une manière ou d'une
autre, à favoriser l'organisation, linformation,
la formation, l'expression et la liberté de choix des
citoyens.
Pour éclairer
cette situation, revisitons un instant notre histoire, et particulièrement
lannée 1866 : dans une France en profonde mutation,
de nombreux républicains considèrent que, pour
garantir la démocratie, « l'éducation
au suffrage universel » est indispensable. Ils
répondent alors à l'appel de Jean Macé,
et créent La Ligue de l'Enseignement en affirmant : « La
Ligue poursuit un but essentiellement politique, mais elle ne
s'occupe ni de politique, ni de religion, elle ne s'occupe que
de l'éducation au suffrage universel, non pour faire des
élections, non pour faire des candidats, mais des citoyens ».
Lhistoire
n'en finit jamais de bafouiller...
Aujourdhui,
nous constatons avec tristesse que certains de nos concitoyens
- aveuglés par leurs seuls intérêts personnels
- font table rase des leçons du passé aussi aisément
que de cette belle fraternité qui figure (encore?) au
fronton de nos édifices publics.
Alors répétons
le à nouveau : il ne sert à rien de clamer à
lenvi que l'on veut « restaurer les libertés
locales » et « rapprocher le pouvoir des
citoyens » si, dans le même temps, tout est
fait pour bâillonner les dits citoyens, les enfermer définitivement
dans cette « France den bas » victime
impuissante de toutes les démagogies.
Ou alors, c'est
que l'on poursuit d'autres buts moins avouables. Que l'on rêve
dun « nouveau monde » dans lequel
le terme « citoyen » ne serait plus qu'une
étiquette politiquement correcte dont on affublerait un
consommateur docile, définitivement asservi aux seules
lois du marché et de la mondialisation libérale.
En sommes-nous
vraiment là ?