Associatifs n° 08 - Octobre 2002

A LA UNE
Vers une démocratie sans citoyens ?

Dans son rapport « Concurrence : marché unique, acteurs pluriels. Pour de nouvelles règles du jeu », le MEDEF lance un véritable pamphlet contre les entreprises publiques, les collectivités locales, les coopératives, les mutuelles et les associations.

S’auto-érigeant en unique représentant de la société civile, le MEDEF juge que les structures relevant de l’économie sociale et solidaire ne respectent pas la bonne application des règles de la concurrence censées gouverner l'économie de marché. Ce que nous pourrions tenter de comprendre... si de multiples affaires  économiques et financières ne démontraient pas chaque jour l’ampleur de l’imposture. Les salariés ou petits actionnaires d’Eron, Vivendi et bien d’autres en témoignent.

Venant de la composante du MEDEF qui les profère, de telles récriminations ne nous surprennent pas vraiment. Ce qui inquiète c'est l'environnement global dans lequel elles s'inscrivent : réduction des aides publiques aux actions à caractère social, suppression des emplois-jeunes, désengagement de l'Etat par rapport aux aides CES-CEC, réduction drastiques des moyens attribués au Fond National de Développement de la Vie Associative...

Ainsi, l’attitude du gouvernement apparaît totalement paradoxale. D'un côté, une avalanche d'initiatives a priori très positives : décentralisation, libertés locales, démocratie participative... De l'autre, un démantèlement systématique et brutal de tout ce qui contribue, d'une manière ou d'une autre, à favoriser l'organisation, l’information, la formation, l'expression et la liberté de choix des citoyens.

Pour éclairer cette situation, revisitons un instant notre histoire, et particulièrement l’année 1866 : dans une France en profonde mutation, de nombreux républicains considèrent que, pour garantir la démocratie, « l'éducation au suffrage universel » est indispensable. Ils répondent alors à l'appel de Jean Macé, et créent La Ligue de l'Enseignement en affirmant : « La Ligue poursuit un but essentiellement politique, mais elle ne s'occupe ni de politique, ni de religion, elle ne s'occupe que de l'éducation au suffrage universel, non pour faire des élections, non pour faire des candidats, mais des citoyens ».

L’histoire n'en finit jamais de bafouiller...

Aujourd’hui, nous constatons avec tristesse que certains de nos concitoyens - aveuglés par leurs seuls intérêts personnels - font table rase des leçons du passé aussi aisément que de cette belle fraternité qui figure (encore?) au fronton de nos édifices publics.

Alors répétons le à nouveau : il ne sert à rien de clamer à l’envi que l'on veut « restaurer les libertés locales » et « rapprocher le pouvoir des citoyens » si, dans le même temps, tout est fait pour bâillonner les dits citoyens, les enfermer définitivement dans cette « France d’en bas » victime impuissante de toutes les démagogies.

Ou alors, c'est que l'on poursuit d'autres buts moins avouables. Que l'on rêve d’un « nouveau monde » dans lequel le terme « citoyen » ne serait plus qu'une étiquette politiquement correcte dont on affublerait un consommateur docile, définitivement asservi aux seules lois du marché et de la mondialisation libérale.

En sommes-nous vraiment là ?

 

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