ACTEURS
Imaginer le sport de demain
Sous l'impulsion
du Président de la République, le gouvernement
vient de lancer des « Etats Généraux
du Sport ». Si les motivations et objectifs semblent
assez clairs, la place réservée au sport pour tous
l'est beaucoup moins...
Les documents
officiels de présentation des Etats Généraux
insistent sur les grands succès que rencontre le sport
français, la valeur des sportifs, la qualité de
l'organisation, de la formation et de l'encadrement, ainsi que
sur le dévouement de milliers de bénévoles.
Dans le même temps, le gouvernement affirme être
conscient des difficultés qui risquent de compromettre
lavenir. Il entend donc créer un « véritable
dialogue de tous les acteurs ». Il va même jusqu'à
affirmer : « si les dernières années
ont été celles des lois, des décrets, de
l'imposition de la règle par l'Etat, aujourd'hui s'ouvre
le temps du dialogue, de la concertation, du débat sans
à priori autour de l'ensemble des enjeux du sport français ».
Un comité
de pilotage a été constitué. Il veille à
la cohérence des réflexions des groupes de travail
chargés de traiter 6 thèmes principaux : l'avenir
du modèle fédéral, le rôle de l'Etat,
la place du sport professionnel, la fonction éducative
et sociale du sport, le sport et les territoires, le sport et
la santé. Des rencontres entre lensemble des partenaires
ont été organisées en régions. Tous
sont invités à produire leurs contributions avant
la fin du mois de novembre, une réunion de synthèse
ayant lieu le 8 décembre prochain à Paris.
Dans les Alpes
du Sud, des acteurs associatifs ont été invités
à participer aux travaux. Leur appréciation apparaît
mitigée, oscillant entre satisfactions, regrets et inquiétudes.
Des satisfactions
tout dabord : particulièrement celle de voir le gouvernement
à son plus haut niveau - se saisir de cette importante
question, et de manière globale, abordant l'ensemble des
fonctions du sport par rapport aux individus, à la société
et aux territoires. Satisfaction aussi de voir posées
des questions sensibles : statuts juridiques, service public,
financements, décentralisation, lutte contre le dopage...
Des regrets
ensuite : un
calendrier particulièrement « serré »
pour la consultation. Il est difficile, pour ne pas dire impossible,
de consulter les militants et bénévoles d'associations,
et d'instaurer un réel débat propositionnel dans
les délais impartis. Dans le domaine sportif, comme dans
bien d'autres, il serait temps que les pouvoirs publics reconnaissent
enfin que le rythme de la « machine technocratique »
n'est pas celui de la « démocratie participative ».
Faute de quoi, il ne faut pas s'étonner d'entendre des
sportifs fustiger « une consultation à marche
forcée » et « une parole
confisquée ». Dommage...
Des inquiétudes
enfin :
les évolutions du sport français vers la professionnalisation,
la haute compétition et la marchandisation à tout
crin sont connues. L'urgence serait de chercher à stopper
la folle dérive. Nous constatons que, pour le moment,
ces Etats Généraux du Sport sont « passés
à côté » de questions essentielles.
Comment faire vivre des loisirs multisport dans une société
individualiste qui sur-valorise performances et visibilité
médiatique ? Comment retenir ces dirigeants et animateurs
qui, assommés par les réglementations et contraintes
en tous genres, abandonnent toutes activités bénévoles
? Comment favoriser l'accès des pratiques sportives au
plus grand nombre : jeunes, familles, démunis, handicapés...
? Comment éviter que les collaborations entre sport et
tourisme n'aboutissent à confisquer activités,
infrastructures et territoires au profit de quelques privilégiés
fortunés ?
A la lumière
des débats qui ont eu lieu dans nos deux départements,
il semble que ces inquiétudes demeurent hors-sujet. Les
tenants d'un sport pour tous, d'un sport plaisir ou d'un sport
santé peuvent être légitimement inquiets...
Important
:
il est encore possible de participer au débat par internet
sur le site du ministère www.jeunesse-sports.gouv.fr