Associatifs n° 09 - Novembre 2002

A LA UNE
Quand le MEDEF se trompe de lunettes...

Par ses récentes diatribes, le MEDEF semble vouloir résumer le monde associatif à des volumes d'activités volés aux « véritables » entreprises, à des chiffres d'affaires constitués uniquement de subventions publiques, à des gisements fiscaux inexploités, et à des foyers de concurrences forcément « déloyales »...

Ne perdons pas de temps à chercher si ce genre d’attaque est juste et fondée. Soulignons seulement à quel point elle repose au mieux sur une regrettable erreur d'analyse, au pire sur un travestissement grossier de la réalité. Et commençons donc par rappeler à ce MEDEF qui n'a pas de bons yeux ce qu'il conviendrait de voir si l'on se voulait un analyste sérieux et objectif du monde associatif....

Entrer en « association », c'est donner de son temps, de sa personne, de ses savoir-faire, de ses passions. C'est refuser l'utilitarisme forcené et le rapport commercial à autrui. C'est chercher à construire et habiter - avec toutes les composantes de la société - un monde où les principes moraux et politiques de fraternité et de solidarité ont un sens.

Les « associatifs » sont donc ces êtres bizarres - pas vraiment « OGM » mais presque... - qui pensent que l'on peut faire de la démocratie autre chose qu'un principe de maintenance technique et de gestion froide de la société; qui pensent encore possible de s'engager mutuellement, pour d’autres raisons que la réalisation d'intérêts personnels ou la santé d’un compte bancaire.

Pour qui la cherche vraiment, la vraie nature des associations se trouve ailleurs que dans les grilles d'analyses économiques. La « production » dont elles sont responsables est par nature étrangère aux « sacro-saintes lois du marché ». Les critères pertinents d’analyse sont qualitatifs : ils ont à voir avec les formes non marchandes (et non marchandisables !) du vivre-ensemble, avec la logique du social, plutôt que celle du marché.

L'analyste sérieux et objectif ne chercherait pas à construire le monde selon sa propre réalité. Il prendrait le temps d'écouter les autres, de dialoguer et de construire. Il reconnaîtrait que l'intérêt collectif peut être différent de la juxtaposition des intérêts individuels ou sectoriels. Il refuserait de diaboliser ceux qui pensent que le citoyen ne se réduit pas à un électeur-contribuable-consommateur, qu’il est un être capable d’engagement dans des actions civiques et solidaires. Il ferait un pari sur l'intelligence collective des hommes et des femmes plutôt que sur leur asservissement au sein de relations services-clients à sens unique.

 

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