A LA UNE
Quand le MEDEF se trompe de lunettes...
Par ses récentes
diatribes, le MEDEF semble vouloir résumer le monde associatif
à des volumes d'activités volés aux « véritables »
entreprises, à des chiffres d'affaires constitués
uniquement de subventions publiques, à des gisements fiscaux
inexploités, et à des foyers de concurrences forcément
« déloyales »...
Ne perdons pas
de temps à chercher si ce genre dattaque est juste
et fondée. Soulignons seulement à quel point elle
repose au mieux sur une regrettable erreur d'analyse, au pire
sur un travestissement grossier de la réalité.
Et commençons donc par rappeler à ce MEDEF qui
n'a pas de bons yeux ce qu'il conviendrait de voir si l'on se
voulait un analyste sérieux et objectif du monde associatif....
Entrer en « association »,
c'est donner de son temps, de sa personne, de ses savoir-faire,
de ses passions. C'est refuser l'utilitarisme forcené
et le rapport commercial à autrui. C'est chercher à
construire et habiter - avec toutes les composantes de la société
- un monde où les principes moraux et politiques de fraternité
et de solidarité ont un sens.
Les « associatifs »
sont donc ces êtres bizarres - pas vraiment « OGM »
mais presque... - qui pensent que l'on peut faire de la démocratie
autre chose qu'un principe de maintenance technique et de gestion
froide de la société; qui pensent encore possible
de s'engager mutuellement, pour dautres raisons que la
réalisation d'intérêts personnels ou la santé
dun compte bancaire.
Pour qui la cherche
vraiment, la vraie nature des associations se trouve ailleurs
que dans les grilles d'analyses économiques. La « production »
dont elles sont responsables est par nature étrangère
aux « sacro-saintes lois du marché ».
Les critères pertinents danalyse sont qualitatifs
: ils ont à voir avec les formes non marchandes (et non
marchandisables !) du vivre-ensemble, avec la logique du social,
plutôt que celle du marché.
L'analyste sérieux
et objectif ne chercherait pas à construire le monde selon
sa propre réalité. Il prendrait le temps d'écouter
les autres, de dialoguer et de construire. Il reconnaîtrait
que l'intérêt collectif peut être différent
de la juxtaposition des intérêts individuels ou
sectoriels. Il refuserait de diaboliser ceux qui pensent que
le citoyen ne se réduit pas à un électeur-contribuable-consommateur,
quil est un être capable dengagement dans des
actions civiques et solidaires. Il ferait un pari sur l'intelligence
collective des hommes et des femmes plutôt que sur leur
asservissement au sein de relations services-clients à
sens unique.