DECOUVERTE
Décentralisation et associations :
"Je t'aime, moi non plus" ?
La décentralisation
va s'accompagner d'un vaste mouvement de transfert de compétences
et de financements de l'Etat, vers les Conseils régionaux,
les Conseils généraux, et les structures intercommunales.
La volonté
de rapprocher pouvoirs et décisions du citoyen est séduisante.
Ses éventuels inconvénients ne sont pas rédhibitoires,
dès lors que les parties concernées s'accordent
sur des points essentiels tels que la conception qu'elles
se font du rôle des associations, ou des « règles
du jeu » à appliquer. Et quelles
ont bien compris que rien ne saurait fonctionner sans une confiance
et un respect mutuels, clairement affirmés... et concrètement
mis en pratique !
Aujourdhui,
les associations sont inquiètes. Elles constatent que
leur place dans les débats en cours nest pas à
la mesure de ce quelles « pèsent »
réellement dans la société, et des conceptions
citoyennes et solidaires dont elles sont porteuses. De plus,
les souvenirs ne favorisent pas une confiance béate. Difficile,
par exemple, doublier les municipalisations vécues
dans les années 1980. Les offices municipaux créés
à lépoque avaient contribué à
professionnaliser certaines associations... et à en faire
disparaître beaucoup dautres ! Un tel mouvement
peut à nouveau se reproduire mais, dans la mesure où
il serait conduit simultanément aux niveaux intercommunaux,
départementaux et régionaux, ses conséquences
auraient une toute autre ampleur.
Ces craintes
sont renforcées par le très prégnant contexte
de marchandisation des services, et de mise en concurrence des
opérateurs, dans lequel sont engagés avec ardeur
pouvoirs publics et collectivités. Une situation paradoxale
qui consiste à solliciter lassociation pour ses
qualités d'innovations, dautonomies, de proximités
et, dans le même temps, à lenfermer dans un
carcan rigide l'obligeant à se bureaucratiser, à
se professionnaliser, à « chasser les subventions »...
Cest à dire à perdre tout ce qui fait son
intérêt, à devenir un opérateur « comme
les autres », simple sous-traitant interchangeable
des puissances publiques.
Nous savons bien
que la recherche d'une meilleure « efficacité
technicienne et gestionnaire » se fait généralement
au détriment des dynamiques locales, de la participation
citoyenne, du débat social... Quelle transforme
immanquablement les adhérents en consommateurs, les quelques
animateurs bénévoles qui le peuvent en professionnels...
et tous les autres en déçus et reclus, se repliant
dans leurs petites bulles privées, ne participant plus
à la vie du monde que par écran de télévision
interposé.
Dautres
risques doivent être mesurés. Ainsi, dune
proximité mal maîtrisée qui risquerait daggraver
les dépendances, daugmenter la pression du court
terme. Le « rendement électoral »
pourrait trop souvent devenir un critère de décision,
générant certaines formes bien dangereuses denfermements,
dégoïsmes, de xénophobies, de replis
sur des particularismes.
Persuadées
que la décentralisation est une magnifique occasion de
définir et faire vivre un nouveau « vivre
ensemble » dans le cadre d'un « pacte
républicain de proximité » librement
débattu par tous - et noubliant personne ! - les
associations sont très attentives à ce que la réforme
sappuie réellement sur les notions de reconnaissance,
respect, autonomie, concertation, partenariat, accompagnement.
Bref, lindispensable et non négociable souci du
bien commun.