Associatifs n° 10 - Décembre 2002

DECOUVERTE
Décentralisation et associations :
"Je t'aime, moi non plus" ?

La décentralisation va s'accompagner d'un vaste mouvement de transfert de compétences et de financements de l'Etat, vers les Conseils régionaux, les Conseils généraux, et les structures intercommunales.

La volonté de rapprocher pouvoirs et décisions du citoyen est séduisante. Ses éventuels inconvénients ne sont pas rédhibitoires, dès lors que les parties concernées s'accordent sur des points essentiels tels que la conception qu'elles se font du rôle des associations, ou des « règles du jeu » à appliquer. Et qu’elles ont bien compris que rien ne saurait fonctionner sans une confiance et un respect mutuels, clairement affirmés... et concrètement mis en pratique !

Aujourd’hui, les associations sont inquiètes. Elles constatent que leur place dans les débats en cours n’est pas à la mesure de ce qu’elles « pèsent » réellement dans la société, et des conceptions citoyennes et solidaires dont elles sont porteuses. De plus, les souvenirs ne favorisent pas une confiance béate. Difficile, par exemple, d’oublier les municipalisations vécues dans les années 1980. Les offices municipaux créés à l’époque avaient contribué à professionnaliser certaines associations... et à en faire disparaître beaucoup d’autres ! Un tel mouvement peut à nouveau se reproduire mais, dans la mesure où il serait conduit simultanément aux niveaux intercommunaux, départementaux et régionaux, ses conséquences auraient une toute autre ampleur.

Ces craintes sont renforcées par le très prégnant contexte de marchandisation des services, et de mise en concurrence des opérateurs, dans lequel sont engagés avec ardeur pouvoirs publics et collectivités. Une situation paradoxale qui consiste à solliciter l’association pour ses qualités d'innovations, d’autonomies, de proximités et, dans le même temps, à l’enfermer dans un carcan rigide l'obligeant à se bureaucratiser, à se professionnaliser, à « chasser les subventions »... C’est à dire à perdre tout ce qui fait son intérêt, à devenir un opérateur « comme les autres », simple sous-traitant interchangeable des puissances publiques.

Nous savons bien que la recherche d'une meilleure « efficacité technicienne et gestionnaire » se fait généralement au détriment des dynamiques locales, de la participation citoyenne, du débat social... Qu’elle transforme immanquablement les adhérents en consommateurs, les quelques animateurs bénévoles qui le peuvent en professionnels... et tous les autres en déçus et reclus, se repliant dans leurs petites bulles privées, ne participant plus à la vie du monde que par écran de télévision interposé.

D’autres risques doivent être mesurés. Ainsi, d’une proximité mal maîtrisée qui risquerait d’aggraver les dépendances, d’augmenter la pression du court terme. Le « rendement électoral » pourrait trop souvent devenir un critère de décision, générant certaines formes bien dangereuses d’enfermements, d’égoïsmes, de xénophobies, de replis sur des particularismes.

Persuadées que la décentralisation est une magnifique occasion de définir et faire vivre un nouveau « vivre ensemble » dans le cadre d'un « pacte républicain de proximité » librement débattu par tous - et n’oubliant personne ! - les associations sont très attentives à ce que la réforme s’appuie réellement sur les notions de reconnaissance, respect, autonomie, concertation, partenariat, accompagnement. Bref, l’indispensable et non négociable souci du bien commun.

 

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