Associatifs n° 11 - Janvier 2003

ACTEURS
Afghanistan : le chemin de l'école

Organisée par le réseau de la Ligue de l’Enseignement, la Quinzaine de l’école publique 2002 a permis de soutenir des actions de reconstruction d’un système scolaire Afghan. Benoit Marquaille, chargé de mission de la Ligue, a participé à une mission sur certains des sites concernés. Témoignage...

« Pendant un mois, nous avons emboîté le pas des enfants afghans sur le chemin de leur école. Nous y avons rencontré l’hospitalité afghane, le courage afghan, le temps afghan, la guerre... Nous avons tenté d’attraper un peu de cet insaisissable pays en état d’ébullition... ».

« L’Afghanistan tente de panser ses plaies et elles sont multiples. L’ampleur des destructions est énorme. Des villages entiers, des régions ont été rasés. Dans la plaine de Shamali, au Nord de Kaboul, ce sont un million de mines qui ont été désamorcées. Mais, dans l’ensemble du pays, des zones entières sont encore minées, des routes sont encore fermées et les années qu’il faudra pour tout enlever se comptent par dizaines. Les problèmes sanitaires et alimentaires sont évidemment très importants et la situation s’aggrave encore dans les zones reculées...».

« Nous avons pu rencontrer M. Marastial, vice-ministre de l’éducation. Pour lui, le problème principal reste la question du bâti. Des 4.400 écoles qui existaient en Afghanistan, 80% ont été détruites et le ministère enregistre 400 demandes de reconstruction par semaine... Le nombre d’enfants scolarisés dans le pays est estimé à un million et demi, alors que quatre millions d’entre eux seraient en attente de scolarisation. Prochainement, le gouvernement espère pouvoir accueillir deux millions trois cent mille élèves, dont huit cent mille en lycée. Au regard de ces chiffres, une grande partie des enfants afghans n’a aucun espoir de scolarisation prochaine. Cette injustice touche particulièrement les filles. Pour celles qui n’ont pas été scolarisées depuis cinq ou six ans, il y a urgence... ».

« Les conditions de travail pour les enfants sont évidemment très difficiles. Le plus souvent, ils sont assis par terre sur des tapis pour étudier. Les bâtiments qui n’ont pas été détruits ont fini par s’abimer avec le temps et les travaux de rénovation sont souvent importants. Le plus souvent, les bâtis ne possèdent ni toits, ni fenêtres, ni portes. Pour ceux qui ne disposent plus de bâtiments, l’école a trouvé refuge dans une mosquée, la maison d’une institutrice, un vieux container métallique ou encore dans un champ, un terrain vague, à l’ombre des arbres. L’école continue comme elle peut... ».

« Il faut rendre hommage au courage et à la ténacité du personnel enseignant qui assure sa mission tant bien que mal. Si quelques salaires ont été versés à Kaboul, cet été, dans les provinces, personne n’avait été payé depuis 5 mois... Les personnels enseignants n’ont bien sûr aucun matériel pour faire la classe. Tout manque, bureaux, chaises, tableaux noirs, livres... De jeunes volontaires sont venus dans les écoles pour enseigner mais aucune formation ne leur a été dispensée. Pour les anciens aussi, des remises à niveau générales seraient nécessaires. La pédagogie tourne donc autour de l’assimiliation par la répétition et la reproduction... »

 

> En savoir plus :

  • Version intégrale du rapport de mission disponible auprès de la FOL 04 et ADELHA 05.

 

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