A LA UNE
L'école, le livre, le marché...
Le ministre
délégué à lenseignement scolaire,
Xavier Darcos, vient dannoncer que - bien quapprouvant
linitiative de son prédécesseur sur lintroduction
officielle de la littérature de jeunesse dans les programmes
de lécole primaire - la liste constituée
après des mois de réflexions, pour « aider »
les enseignants dans leurs choix allait être supprimée.
Une énième querelle politique ? Pas si sûr...
Certes, cette
fameuse liste avait suscité bien des critiques : certains
sinquiétaient du manque de liberté dans les
choix, dautres des coûts, dautres de ne pas
être mentionnés... Mais qui a eu raison de la décision
finale du ministère ?
Hélas,
cest le ministre lui-même qui apporte la (triste)
réponse en déclarant quil compte « établir
des critères précis qui seront transmis aux éditeurs,
chacun faisant connaître les livres qui leur correspondent.
Les enseignants [...] pourront consulter ce catalogue sur le
portail de lÉducation nationale ».
Ainsi, sous couvert
de laisser un libre choix aux enseignants, les éditeurs
se voient légitimés pour choisir les ouvrages à
proposer. Ce nest donc plus une liste éditée
par un collectif de professionnels de lenfance, de léducation
et du livre de jeunesse, mais une liste des marchands vers les
consommateurs !
Avec ces nouvelles
dispositions, comment feront les « petits »
éditeurs pour émerger au milieu des « grosses »
maisons déditions, dont certaines possèdent
par ailleurs un département dédition scolaire ?
Ces « gros » éditeurs ne
vont-ils pas commander à leurs auteurs maison les ouvrages
répondant aux « critères »
préconisés pour alimenter le catalogue en ligne
? En excellents gestionnaires quils sont, ne chercheront-ils
pas, dans ce domaine aussi, à « optimiser
des synergies, rationaliser des productions »
?
Dans cette
affaire, est-il vraiment encore question déditeurs
et de littérature jeunesse ?
Noublions
pas que les véritables propriétaires des maisons
dédition sont des entreprises multinationales (Matra-Hachette,
Vivendi-Universal...).
Aujourdhui,
2 ouvrages sur 3 paraissent déjà par le truchement
de lune ou lautre de leurs filiales !
Cette décision
du ministère nest-elle pas un signe supplémentaire
de la transformation insidieuse de lécole de la
République en un gigantesque marché réservé
à quelques industriels bien en cour ?