Associatifs n° 12 - Février 2003

A LA UNE
L'école, le livre, le marché...

Le ministre délégué à l’enseignement scolaire, Xavier Darcos, vient d’annoncer que - bien qu’approuvant l’initiative de son prédécesseur sur l’introduction officielle de la littérature de jeunesse dans les programmes de l’école primaire - la liste constituée après des mois de réflexions, pour « aider » les enseignants dans leurs choix allait être supprimée. Une énième querelle politique ? Pas si sûr...

Certes, cette fameuse liste avait suscité bien des critiques : certains s’inquiétaient du manque de liberté dans les choix, d’autres des coûts, d’autres de ne pas être mentionnés... Mais qui a eu raison de la décision finale du ministère ?

Hélas, c’est le ministre lui-même qui apporte la (triste) réponse en déclarant qu’il compte « établir des critères précis qui seront transmis aux éditeurs, chacun faisant connaître les livres qui leur correspondent. Les enseignants [...] pourront consulter ce catalogue sur le portail de l’Éducation nationale ».

Ainsi, sous couvert de laisser un libre choix aux enseignants, les éditeurs se voient légitimés pour choisir les ouvrages à proposer. Ce n’est donc plus une liste éditée par un collectif de professionnels de l’enfance, de l’éducation et du livre de jeunesse, mais une liste des marchands vers les consommateurs !

Avec ces nouvelles dispositions, comment feront les « petits » éditeurs pour émerger au milieu des « grosses » maisons d’éditions, dont certaines possèdent par ailleurs un département d’édition scolaire ? Ces « gros » éditeurs ne vont-ils pas commander à leurs auteurs maison les ouvrages répondant aux « critères » préconisés pour alimenter le catalogue en ligne ? En excellents gestionnaires qu’ils sont, ne chercheront-ils pas, dans ce domaine aussi, à « optimiser des synergies, rationaliser des productions » ?

Dans cette affaire, est-il vraiment encore question d’éditeurs et de littérature jeunesse ?

N’oublions pas que les véritables propriétaires des maisons d’édition sont des entreprises multinationales (Matra-Hachette, Vivendi-Universal...).

Aujourd’hui, 2 ouvrages sur 3 paraissent déjà par le truchement de l’une ou l’autre de leurs filiales !

Cette décision du ministère n’est-elle pas un signe supplémentaire de la transformation insidieuse de l’école de la République en un gigantesque marché réservé à quelques industriels bien en cour ?

 

 

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