INTERVIEW
Pierre-Léon VITOUX, Association des Paralysés
de France - Délégué pour les Alpes du Sud
>
Que représente pour vous cette année européenne ?
"Cest loccasion de chercher un équilibre
entre une approche de la personne handicapée considérée
comme un citoyen souhaitant participer à la vie de la
cité, et une approche biomédicale qui nécessite
des compensations pour une égalité des chances
dans la vie collective. En France, on nest pas trop mauvais
dans la problématique biomédicale, mais on nest
pas bon du tout sur le volet environnemental qui est indispensable
pour favoriser la participation de la personne. Mais, à
mon sens, le plus important est le changement fondamental de
perspective que tente dimposer lannée européenne :
sappuyant sur la déclaration de Madrid, elle propose
dabandonner la conception de personnes handicapées
comme objets de charité, ou comme simples patients, pour
en venir à des personnes handicapées citoyens
et consommateurs autonomes".
> Quels sujets
spécifiques à nos départements des Alpes
du Sud peuvent être mis en lumière à cette
occasion ?
"Le problème numéro un est le transport.
On bataille depuis de nombreuses années pour faire comprendre
aux pouvoirs publics la nécessité dun transport
pour tous, mais aussi de transports adaptés aux personnes
à mobilité réduite. A Gap, près de
70% des bus urbains sont maintenant équipés de
planchers surbaissés et de palettes de liaison. Cest
un vrai progrès, mais il restera toujours des gens qui
ne peuvent accéder aux arrêts de bus. Et là
il ny a pas de réponses... Cest un vrai désert
en matière de transports inter-urbains et de transports
porte à porte. Parmi les autres points importants
figurent bien sur le logement et laide à la vie
quotidienne".
> Dans quelles
types dactions concrètes peuvent sinvestir
les simples citoyens ?
" Ils peuvent faire des dons, bien sûr, et nous
avons aussi constamment besoin de bénévoles pour
laccompagnement, par exemple durant les temps de vacances.
Mais je crois que le plus important est se poser la question
de la visibilité : est-ce que dans ma vie la personne
handicapée existe ? Trop souvent, les handicapés
sont des citoyens invisibles. Et pourtant ils sont bien là.
Si chacun de nous, dans ses implications professionnelles, éducatives,
associatives... sinterrogeait sur ce qui fait obstacle
à la participation des personnes handicapées ce
serait très intéressant".