A LA UNE
La Laïcité, une construction permanente
La Commission
sur lapplication du principe de laïcité dans
la République a débuté ses travaux. Elle
a notamment reçu Jean-Michel Ducomte, président
de la Ligue de lenseignement, et Pierre Tournemire, secrétaire
général adjoint. Ce dernier répond à
nos questions...
> La Ligue
vient d'être auditionnée par la « Commission
Stasi ». De quel message fort est-elle porteuse ?
« Nous
avons insisté sur la dimension culturelle, sociale et
politique de la question laïque et indiqué que la
laïcité, condition du « vivre ensemble »
devait être autant vécue que théorisée
. A titre exemple, la décentralisation culturelle et les
ciné-clubs en milieu rural, accompagnant l'amélioration
du pouvoir d'achat et le brassage social, ont probablement plus
contribué à faire comprendre et vivre la laïcité
dans notre pays après la deuxième guerre mondiale
que bien de brillants discours prononcés sur sa définition ».
> La Ligue
se prononce contre une loi visant à réglementer
le port de signes ostentatoires à l'école. Pourquoi
?
« Nous
pensons qu'une loi serait, qu'elles que soient les précautions
prises, vécue comme une « mise au pas » des
musulmans et provoquerait plus de situations conflictuelles que
de véritables solutions. L'arsenal juridique actuel est
suffisant pour s'opposer à ceux qui voudraient mettre
en cause la Laïcité de l'Ecole et de l'Etat. Par
contre, il nous semble nécessaire de clarifier et de dépassionner
le débat en réaffirmant le contenu de la laïcité
et des principes autour desquels elle s'est construite dans notre
pays. Cette affirmation pourrait être déclinée
sous trois formes : une charte pour la République, des
circulaires pour les fonctionnaires leur permettant de mieux
comprendre les situations auxquelles ils sont confrontés
et un « texte fort » à destination de
la jeunesse, les appelant à construire, dans le respect
de la diversité, un destin commun fondé sur l'
application réelle des valeurs républicaines explicitées ».
> Ne pensez
vous pas que le débat sur le foulard islamique a tendance
à occulter d'autres atteintes, au moins aussi graves,
à la laïcité à l'école et dans
l'espace public (marchandisation de l'école, formation
des enseignants par le Medef, régimes dérogatoires
en Alsace et Moselle...) ?
« Nous
avons en effet indiqué à la Commission que nous
déplorions que, sous l'effet des emballements médiatiques,
des résonances internationales et des tentatives d'instrumentalisation
politiques, le débat actuel se focalise sur un seul aspect
: la question religieuse, sur une seule religion : l'islam, et
sur un seul problème ou presque : celui du port d'un foulard
par des jeunes filles dans l'enceinte scolaire. Aux questions
que vous soulevez à juste titre, il faudrait en ajouter
bien d'autres, telles que, et la liste n'est pas exhaustive,
la construction européenne respectant la séparation
des cultes et des pouvoirs publics, les sectes, le développement
d'affirmations irrationnelles, le rôle des grands médias
dans la conformation des esprits, etc. De plus, la laïcité
ne peut se cantonner au ciel des idées : notre République
doit être une démocratie laïque parce que sociale
et sociale parce que laïque ».
- En savoir
plus :
Le texte intégral remis par la Ligue de lenseignement
à la « Commission Stasi » est disponible
dans le dossier "Laïcité" de ce site >
www.laligue-alpesdusud.org