Associatifs n° 22 - Mai 2004

TEMOIGNAGE
A Saint-Laurent du Cros "Et si on s'la jouait fraternel ?!" : ça se passe comme ça !


Annie Dominici est enseignante à l'école de Saint-Laurent-du-Cros, un village Champsaurin d’un peu plus de 300 habitants. Avec sa classe de CM1/CM2 elle s’est investie dans l’action « Et si on s’la jouait fraternel ?! »...


> Cette année, votre investissement à pris une forme particulière. Vous pouvez nous en dire plus ?


« On le faisait pour la 3ème année. L’expérience des années précédentes m’a montré que si on ne met que des mots, des jolies phrases et des beaux poèmes, on reste loin de soi, de son propre vécu. Cette année on a voulu toucher les choses du doigt. On s’est dit qu’on allait essayer de porter quelque chose sur soi, de se déguiser, d'entrer dans la peau de... C'est une démarche délicate, compliquée. On a du demander une autorisation écrite des parents. Certains n'ont pas répondu, d'autres ont refusé les photos. Mais nous avons pu défiler avec les enfants déguisés dans les rues du village pour aller déposer nos cartes à la Poste. On a vu les handicaps physiques, un bossu, des victimes des guerres, des enfants trisomiques, plusieurs couleurs de peau. Les enfants portaient aussi des pancartes où ils avaient recopié des textes en lien avec leurs
poèmes : « j'ai peut-être une jambe en moins, mais je suis quand même comme vous », « jaunes ou blancs, nous sommes tous des êtres humains, alors ne faites pas de racisme ».

> Concrètement, comment s'est passé le travail en classe ?

« Ce passage au déguisement, comment on va représenter le handicap, on a vu ça en classe avec les enfants. Les déguisements évitent de rester dans la théorie, ça oblige les enfants à réfléchir, à choisir. Nous avons eu des débats sur les SDF, la misère, l'alcoolisme... On a parlé des droits de l'Homme et des enfants, des guerres, de la traite des esclaves... J'ai apporté des informations techniques et scientifiques. Tout cela permet de dépasser le non-dit, l'intériorisé... En plus des déguisements, on a beaucoup travaillé en poésie. On a fait de très beaux poèmes, on a écrit les cartes et on les a envoyés. On a reçu une vingtaine de réponses, dont une seule peuagréable. »

> Est-ce que ce type d'action a provoqué des réactions, chez les parents, dans le village... ?

« Nous avons eu beaucoup de réactions sympathiques. Mais au moment du dépôt des cartes à la Poste, il y a eu un incident. Un automobiliste s'est arrêté, a parlé très fort : il s'opposait à ce que des enfants se prononcent à cet âge là sur des sujets aussi sérieux... Cela nous a perturbé, et on en a beaucoup reparlé avec les enfants ».

> Que retenez vous de fort, d'enrichissant ?

« Il me semble que les enfants ont fait du chemin dans leurs réactions face aux racismes et discriminations. Ils ont mûri, acquis des connaissances. Je pense qu’ils apprennent à ne pas en rester à la réaction première. Cette démarche n'était pas exemplaire, mais c'était une manière de cheminer. Je pense qu'il faut faire sur ces sujets un travail concret toute l'année, et chaque fois qu'une situation se présente, il faut la saisir et travailler avec. »






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