Associatifs n° 24 - Septembre 2004

DECOUVERTE
Développement rural et réseaux associatifs en Europe : Nouveaux acteurs, nouvelles demandes...

Dans de nombreux pays de l’Union Européenne, les associations interviennent dans les projets de développement rural et apportent leurs revendications, attentes et contributions aux débats publics. Cet article est le premier d’une série visant à mieux connaître les réseaux ruraux chez nos voisins européens...

Les analyses et réflexions qui suivent proviennent en grande partie d’un document récemment diffusé, élaboré dans le cadre du programme « nouveaux acteurs du débat public sur l'agriculture et le développement rural ». Ce programme est coordonné par l'association française « Geyser », qui a son siège à Saint-Michel l’Observatoire (04).

Sur la base d’un travail effectué en liaison avec les associations membres du réseau européen « Prepare », l’association « Geyser » cherche à mieux connaître et faire reconnaître les propositions et les modes d'action des fédérations et des réseaux associatifs qui interviennent dans le débat public, principalement en matière d’évolution des politiques agricoles et de développement rural.

Du local à l'Europe : Quel rôle pour les mouvements ruraux ?

Il est clair que l’efficacité de beaucoup d’actions de terrain est étroitement dépendante des choix politiques effectués au niveau de l'Europe, de chacun des pays membres, des régions et des collectivités locales. Les associations ne constituent qu’un élément dans un ensemble beaucoup plus vaste.

Nombreux sont les individus, structures et organismes qui, pour diverses raisons, tentent de contribuer à une évolution des politiques publiques. Chacun, à sa manière et à son niveau, cherche à favoriser une certaine forme de démocratisation du débat public sur le monde rural en Europe.

Malgré la diversité de leurs histoires et de leurs cultures nationales, force est de constater que les espaces ruraux d'Europe connaissent des évolutions et problèmes assez communs qui, pour « Geyser », peuvent être regroupés comme suit :

  • Les mutations de l’agriculture. Elle perd des emplois, se « déconnecte » des territoires, et s'engage dans des filières (plus ou moins industrielles) qui la coupent des dynamiques locales.

  • Les déplacements de populations. L’impact des dynamiques urbaines est de plus en plus prégnant. Cela modifie profondément les modes d’occupation des territoires, les réseaux de transport, la localisation des activités.

  • L'accroissement des inégalités régionales. Le « marché » met en concurrence partout en Europe, voire au-delà, entreprises et territoires. Les territoires ruraux ne sortent que rarement gagnant de ce vaste affrontement.

  • L'avenir de la politique européenne de développement rural. Celui-ci est pour le moins incertain, et l’élargissement à 25 Etats membres va très certainement contribuer à « tarir » sérieusement, ou pour le moins à réorienter, les financements auxquels nous avions recours jusqu’alors.


Ainsi, ce sont les choix de l'Union Européenne en matière de développement rural qui apparaissent déterminants et conditionnent en profondeur l’évolution présente et l’avenir du paysage européen.

De multiples aspects très concrets sont ainsi concernés, comme l'emploi, les liens entre les ruraux et la société en général, les activités et les services, les dynamiques sociales, les solidarités locales...

De l’Europe au local : Comment (mieux) agir ensemble ?

 « Geyser » estime que, pour agir de façon efficace, les réseaux ruraux doivent se coordonner entre eux et établir des alliances avec les autres fédérations associatives et les groupes professionnels.

A partir de leurs expériences de terrain, ils doivent être en mesure de proposer des stratégies globales et cohérentes pour un développement rural durable.

Pour cela, il convient qu’ils se mettent d’accord sur quelques axes de travail à privilégier, et qui pourraient être :

  • Bâtir des projets de dimension nationale et européenne, à partir d’expériences locales.

  • Construire une vision européenne d'une politique de développement rural, soucieuse de respecter les histoires des mouvements sociaux, et leurs désirs affirmés de définir eux-mêmes un contenu au développement durable.

  • Mettre l'accent sur les processus participatifs qui fondent la légitimité de ces mouvements.

  • Promouvoir la subsidiarité, la démocratie locale et la concertation entre acteurs, afin de définir de nouveaux modes de gouvernance des territoires.

  • Montrer que le développement rural ne concerne pas seulement les ruraux, mais qu'il intervient sur la cohésion sociale, la répartition des activités et les relations villes-campagnes, c'est à dire sur l'ensemble du tissu économique et social des territoires.

  • Passer de la contestation à la proposition, en suivant l'exemple des mouvements ruraux d'Europe du Nord qui ont progressivement construit des partenariats avec les pouvoirs publics.


Il apparaît donc essentiel de partir de l'expérience des mouvements sociaux afin de définir des projets et des modes d'organisations conformes aux attentes des populations - des projets qui puissent être entendus, compris, et appropriées par ces populations.

Etant donné l’extrême diversité des situations, et la lourdeur des questions à traiter, c’est sans doute là l’un des grands défis que doit relever la construction européenne.

Cela doit être possible, à condition de faire circuler les informations, de faciliter les contacts et les échanges, de donner la parole à ces acteurs et militants associatifs dont la contribution constitue un élément indispensable de démocratisation des politiques publiques et de constitution de la citoyenneté européenne.

  • En savoir plus :
    « Le développement rural en Europe : nouveaux acteurs, nouvelles demandes » - Association « Geyser » - Rue Grande 04870 Saint Michel l'Observatoire - www.geyser.asso.fr


 



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