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N° 30 - Avril
2006
DECOUVERTE
"Donner son
temps : les bénévoles dans la vie associative" (2ème
partie)
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Dans le précédent numéro
d'Associatifs, nous avons commencé à rendre compte
d'une étude de l'INSEE parue en 2005 et apportant des
éclairages intéressants sur les pratiques de
bénévolat. Suite de cet article, avec un
approfondissement des motivations du bénévolat...
Les auteurs de cette étude ne le cachent pas : il est
très difficile de cerner avec précision les "vraies"
motivations des bénévoles. Pour autant, à partir
des divers travaux réalisés dans ce domaine depuis un
quart de siècle, trois modèles principaux
semblent pouvoir être distingués :
- Un modèle
de production de biens collectifs.
- Un modèle
de consommation de biens privatifs (ou privés).
- Un modèle
d’investissement (par exemple, améliorer sa formation et
son expérience
- professionnelle...).
> Les motivations
principales
Dans le cadre de leurs travaux, les auteurs ont donc interrogé
des bénévoles à partir d'une série d'items
susceptibles d'éclairer leurs motivations.
Il apparaît, dans plus d'un cas sur trois, que ce sont au moins
quatre motivations qui sont déclarées, à commencer
par "Etre utile à la société, faire quelque chose
pour les autres" qui est l'item le plus utilisé par les
répondants.
Sont également mentionnés des mobiles plus empreints
d'intérêt personnel tels que "Souhaiter rencontrer des
personnes ayant les mêmes préoccupations, se faire des
amis" (invoqués dans près de 6 engagements sur 10). Ici,
se trouve mise en lumière cette essentielle dimension
relationnelle du bénévolat, trop souvent
négligée dans les analyses à dominante
économique.
En troisième place est cité un autre motif, tourné
lui aussi vers les satisfactions intrinsèques :
"S'épanouir, occuper son temps libre" (évoqué dans
presque la moitié des cas).
Viennent ensuite, assez loin derrière et par ordre
décroissant : la "défense d'une cause", le souhait de
"pratiquer une activité sportive ou culturelle", la
volonté de "faire respecter ses droits et/ou ceux des autres",
la "défense des intérêts de ses enfants ou de ses
proches", "l'accès à des renseignements ou des services"
et enfin le désir "d'acquérir ou d'exercer une
compétence".
On le voit, deux sous-ensembles de motivations se signalent à
l'attention : le premier exprime plutôt un intérêt
porté à soi-même et à son bien-être,
le second est davantage tourné vers autrui et l'espace public.
Mais les auteurs soulignent très clairement que les raisons de
devenir bénévoles sont rarement annoncées sur le
mode de l'unicité. Il serait donc très imprudent de
déduire de ces investigations une lecture binaire des
motivations bénévoles sur le mode d'une opposition
égoïsme / altruisme.
> Des
différences selon les activités
Le secteur de l'action sociale, caritative et humanitaire est celui
dans lequel les engagements sont les plus fréquemment
animés du souci d'aider les
autres (6 cas sur 10). Il précède en cela les
associations à vocation religieuse pour lesquelles ce motif est
prioritaire dans 4 cas sur 10.
C'est évidemment dans le domaine de la défense des droits
que le souci de faire respecter des droits et celui de défendre
les intérêts de ses proches sont les plus présents.
Et la détermination à soutenir une cause habite plus
particulièrement ceux qui s'engagent dans le domaine social et
humanitaire ou le bénévolat culturel et de loisirs.
Le désir de se faire des amis et la recherche
d'épanouissement semblent nettement plus marqués dans les
associations culturelles et de loisirs, alors que les associations
sportives recèlent le plus grand nombre de
bénévoles animés par la volonté
prédominante de pratiquer une activité.
> Des influences
socio-démographiques
Les femmes bénévoles apparaissent comme les plus
motivées par la volonté de faire respecter des droits et
de défendre les intérêts de leurs proches.
La volonté d'occuper son temps libre, ainsi que le désir
de pratiquer une activité sportive et culturelle, sont plus
fréquent chez les jeunes.
La catégorie des inactifs est moins disposée à
invoquer le respects des droits et la défense des
intérêts de ses proches.
Les cadres supérieurs, et les professions intermédiaires,
expriment davantage que les autres catégories des mobiles
tournés vers autrui et l'espace public.
Quant aux ouvriers, ils expriment une inclination marquée
à mettre en avant l'aide aux autres et les motifs relationnels.
> Le rôle
incitatif des enfants
Avoir des enfants est nettement associé à une invocation
plus fréquente du motif consistant à faire respecter des
droits et défendre les intérêts de ses proches.
Les résultats des enquêtes montrent que ce rôle
incitatif des enfants sur le bénévolat des adultes joue
plus particulièrement dans le domaine des services de nature
éducative. Et cela est particulièrement net dans le cas
des associations oeuvrant dans ce même domaine.
> Un
bénévolat rural ?
La plus forte participation à la vie associative dans les zones
faiblement peuplées conduit fréquemment à faire
l'hypothèse que l'engagement associatif serait stimulé
par la volonté de compenser une insuffisance d'offre publique et
marchande de
certains services.
Sur la base de la présente étude, on ne constate rien de
tel. Les auteurs montrent que la taille de la commune de
résidence n'a guère d'effet avéré, si ce
n'est sur le motif relationnel. Résider dans une commune rurale,
tout comme dans une ville moyenne, est simplement plus favorable
à l'expression plus fréquente de ce motif.
L'hypothèse d'un bénévolat rural qui serait plus
particulièrement sensible à des motivations "biens
collectifs" n'est donc pas confirmée et appellerait des
investigations complémentaires.
> Source :
- "Le travail
bénévole : un essai de quantification et de valorisation"
Une
étude INSEE de L. Prouteau et F-C Wolff, publiée dans la
revue "Economie et Statistiques"
- A
télécharger gratuitement sur le site www.insee.fr

En savoir plus...
Quelques études récentes sur la vie associative :
> Colloque Addes
Le 7 mars 2006 a eu
lieu le colloque de l’ADDES (Association pour le
développement de la documentation sur l'économie
sociale). A cette occasion divers chercheurs et analystes ont
présenté leurs travaux sur le monde associatif. Certains
rapports ou études apportent des éléments intéressants
de compréhension sur quelques questions associatives telles que
"la mesure et la valorisation du bénévolat" ou "le poids
économique des associations en France".
>
Trajectoires associatives
Des enquêtes
sur les facteurs de fragilité des associations viennent
d'être conduites par deux chercheurs du Centre
d’Économie de la Sorbonne (Université de Paris 1). Le travail permet de
mieux cerner certains paramètres tels que les associations
elles-mêmes les perçoivent, et d’identifier quelques
réponses possibles aux difficultés rencontrées.
>
La France bénévole
Le Cerphi (Centre
d'Etudes et de Recherches sur la Philantrophie) vient de publier sa
dernière étude sur la France bénévole, avec
des données inédites et une préface d'Alexandre
Jardin.

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